Voix Off

891

c’est une chose de dire que l’économie n’est rien d’autre que la circulation de la dette et l’information la circulation du mensonge cela

ne nous enlève pas d’un monde de débilité permanente même si j’ai la lucidité de tous les égoïsmes à l’œuvre suis-je pour autant sur

une voie où la vérité pourrait se dire l’idiotie je la porte aussi ici à l’aise dans cet immeuble à New York où je n’y suis pas égaré mais

certain d’un situation volée ou empruntée pour être moins cynique à des milliers d’autres dont je n’ai aucun souci de ce qui leur arrive

892

suis-je traversé par trois couleurs oui le jaune qui est sans doute la plus abominable qui m’a toujours fait vomir celle du Vatican celle du

soleil cette insulte à la mélancolie sans parler des populistes en mal de gains qui veulent aussi leur morceau de pouvoir puis le gris celle

du cœur apaisé cette éternité fusionnelle avec soi-même la seule qui vaille avec le bleu c’est plus difficile elle a les bras tendus vers vous

vous vous approchez elle fuit le firmament à des lois que nous n’avons pas sans attente du blanc linceul j’expose le bien que vous fuyez

893

je suis blanc et fils de blanc vous devez comprendre que la Terre entière est mon terrain de jeu je compte l’exploiter un maximum réduire le plus possible de gens à l’esclavage pardon mon

père m’a interdit de prononcer ce mot disons procurer un emploi décent aux classes sociales vers un meilleur pouvoir d’achat qui leur permet de continuer de faire tourner notre machine

de guerre jusqu’ à l’extinction de leurs forces aussitôt remplacée par la cohorte de ceux qui n’ont rien je conçois qu’il y a là quelque chose de vertigineux qui n’est pas sans me rappeler le jeu

excitant du hockey sur glace qui est mon sport préféré quand nous gagnons je l’associe à un vrai hold-up sur l’équipe adverse nous confisquons leurs vêtements ils sont obligés de sortir nus

894

comprenez que Dieu m’aime il m’aime d’un amour infini ce qui ne veut pas dire qu’il est ainsi je l’écris Dieu-Même comme la chose même ou le lieu même car son amour est de tout espace

de toute objectivité ainsi si j’emploie une subjectivité impersonnelle pour me définir moi-même c’est pour échapper à toute marchandisation de ma personne le lien que j’essaye d’établir avec

une altérité de transcendance n’a qu’un but devenir et demeurer incalculable c’est ma visée essentielle et mon combat de chaque jour afin d’échapper à toutes emprises du Capitalisme ultra-

libéral d’autre part toutes images que vous ferez de moi ne sera pas mon image l’amour étant absolument résolument invisible il est le monde même dans sa totalité partagée et insaisissable

895

c’est notre quartier depuis notre enfance nous sommes restés ici coincés entre les immeubles murés et la voie express partir où si ce n’est d’aller là où nous nous trouvons déjà dans un cloaque

où la périphérie des abandons sert de clôture pour être calcinés debout ou invisibles ce qui nous convient parfaitement notre niche de liberté n’est convoitée par personne à l’ombre mais à l’abri

sûr nous avons divisé notre avenir en journée chaque jour procède d’une forme close ce qui nous évite les grands desseins d’idéaux qui n’ont aucune chance ici les murs nous servent de carnets

intimes à la pluie aux vents d’usures pérennité pour personne perfidies pour les touristes qu’ils viennent ses égarés des services impurs se frotter au bitume des insolents aux rires lents des dents

896

pas de monde sans condition d’esclavage dictature et démocratie s’entendent pour perpétuer le tourbillon de ceux qui d’une manière ou d’une autre restent attachés assignés aux labeurs qui

les saignent leurs nombres ne comptent pas seules les masses de produits ou de services sont empilées pour être distribuées en d’autres lieux où le partage est outrage d’un âge qui ne viendra

pas sur ce point le ciel de silence est la règle d’or le gilet de sécurité est une sorte de peau supplémentaire coiffée sur les corps asservis afin de les distinguer et d’émettre à leur sujet un racisme

de condition dont on ne soupçonne pas l’ampleur il fut un temps où le mauvais sujet était coiffé d’un bonnet d’âne il est aujourd’hui remplacé par le gilet jaune l’accessoire idéal des continuités

897

l’illisible infini a t-il eu lieu ou l’éternité n’est-elle pas qu’une localité faite à nos mesures certes nous avons besoin d’être rassurés pour avancer chaque jour avec ce corps qui ne connaît rien des

sidérales vitesses des ondes célestes trop occupé à se garnir de victuailles épaisses pour se sentir apaisé d’être qu’une poignée d’atomes assemblés dans un sac de peau précaire où la seconde

est comptée pas un siècle où des milliards d’humains sont réduits à néant pour une continuité dont personne ne saisit le sens opportun il faut à cette terre un broyeur constant pour liquéfier ces

chairs oxyder des montagnes d’os pour que poussière et eau fassent une argile saine d’où naîtra le globe vidé de toutes les forfaitures trahisons circulaires qui font de nous des toupies de nerfs

898

brutes en souillures baskets souples pour dévaler dans les escalators pour avoir commis du tort aux vitrines toutes blanches au passage une montre bracelet tout en or le vrai risque c’est d’être

dehors jamais d’entrée avec leurs lustres éclatants les bonjours monsieur c’est pour demain ici on brise la glace épaisse des bijoutiers sans peur puisque le désastre seul fidèle à nos côtés servile

nous donne le style c’est une astreinte vous savez d’être toujours sur le buisson aux épines de flammes jamais de repas servi à l’heure sans heurt alors quand la fringale nous laisse tranquille on fait

les agiles gratuit c’est pour le cirque aux passantes jolies qui laissent dans le sillon des fleurs alors on siffle la romance pour faire écho aux signes avant qu’elles viennent nous écerveler le cœur à vif

899

le voyage commence dans un tourbillon d’ondes indécises où le corps vacille s’arracher à la paille coutumière même si le logis est précaire demande une agitation conjuguée des muscles

et des nerfs en désaccord avec les ossements qui n’ont pas d’attache particulière ainsi sommes nous dissociés dès le départ il faudra attendre maints tremblements secousses diverses pour

pour rassembler assez de cohésions qui maintiendront la volonté de franchir le pont passer le fleuve sans se retourner oublier la pente du toit où nous aimions entendre la pluie glisser puis

dévaler prête à bondir dans la liberté de se perdre dans le bas du monde défaite des forces attractives terrestres ainsi partons nous pour quitter les aimants de fer cloués à nos jambes frêles

900

glisser sur les chemins de boue voilà une occupation qui ravit mon pantalon crotté comme un nid d’hirondelle je suis plus près d’elle voyez

la séduction telle une crasse sans odeur de fiel perclus de mauvaises volontés à quoi bon devenir meilleurs pour qui mon aise me convient

défait de toutes tâches aux vertus fécondes je ne vois pas au-delà du jour qui vient à Dieu les forces du ciel limpides aux banquiers les coffres

lustrés je suis sans souci entendez que j’ai la clef du lieu et de la formule le mot de passe raccourcit la peine vous espérez suivez le vent fervent

901

j’ai cherché un peu partout dans les viscères thoraciques espérant que ce lieu de respiration pourrait jouer son rôle  dans les viscères abdominales là où les nourritures auraient pu être un

secours dans les viscères crâniennes rien je n’ai rien trouvé de morale ainsi je vis sans elle léger le crime ne m’effraie pas je vole sans regret j’use des avantages sans compter j’ai épargné

les pauvres là je fus troublé y aurai-t-il quelques morceaux de morale cachés que je porte tels des boulets invisibles un Dieu secret non des Maîtres je n’ai jamais obéi sous le ciel libre c’est

votre erreur d’y voir des chaînes qui vous relient aux célestes horizons le travail est la loi vous le dites sans travail c’est mieux aux labeurs des croyants je leur dis merci grâce à vous j’ai la paix

 

881

la légèreté de l’être s’exerce lorsque les gains et les pertes sont dans un presque équilibre ainsi vit-on une grande partie de son existence sans conscience de la fragile embarcation sur laquelle nous

sommes des souverains innocents d’être ici ou là sans se lasser de ce bal dansant mais l’usure des pas sur le parquet brillant finit par échauffer la surface ainsi telle une neige sur un toit nous glissons

lentement sans nous soucier de la vertigineuse chute qui nous attend au soleil venu nous nous exposons comme des croyants aveuglés persuadés qu’il nous est bénéfique alors qu’il précipite sans

délai l’échéance la chaleur est notre perte paradoxale d’atteindre encore plus vite le froid du néant ainsi notre ennemi premier est la lumière or sans elle nous sommes des ombres creusées d’insolence

882

chacun ouvre son épicerie selon sa mesure ou selon son hystérie dont il est nécessaire d’apprécier les pertinences ainsi dit-il excité tel un accélérateur de particules élémentaires l’argent

n’existe pas il n’existe que des soumissions chacune étant nullement dénuées de jouissances les Maîtres que l’on fuit on ne cesse de les chercher en toutes démarches jusqu’aux maisons

peu recommandables des banques de toutes substances illicites du bel argent au sperme seule la phalloïde pestilence des postures se conjugue pêle-mêle dans le fouillis des gesticulations

primesautières des imbéciles ou du premier de cordée la brillance des sots publics pullule entendez les gérants auto-proclamés des biens sauveurs des peuples qui se couchent sans honte

883

une doublure fleurie de violettes en satin gris pour un manteau de deuil  elle prit sa voilette pour cacher le velours nacré de ses joues pâlies par un séjour prolongé dans la chambre aux

rideaux tirés assise les jambes croisées elle appuie sur la sonnette pour les voir venir l’un après l’autre pour leur dire à quel degré elle ne supporte pas la solitude qu’elle est prête à suivre

le premier venu sans regret laissons le ici étendu sur son lit de mort fuyons ce silence absolu qui émane de lui qu’on brûle ses effets vendons la maison ses vases et ses cuillères la glace

du salon avec le mot écrit dessus pardon il faut la briser avant la nuit avant que ne viennent rôder les ombres voici la hache pour fendre son lit afin que l’on puisse dire ce fut un carnage

884

l’échec ici ne sera pas exhaussé ailleurs les nourritures journalières iront en diminuant les pourritures s’installeront sans espérance ce qui est déjà préférable aux restes aux soupçons d’espoir

qui pourraient subsister le penchant naturel ne freinera pas sa course vers la bassesse toujours plus large et profonde mais les sursauts de refaire surface sont redoutables il n’est pas impossible

de pourrir en espérant les abîmes réservent aussi des aménagements domestiques des conforts subtils élaborés en face du miroir tenir le visage impassible feindre la sérénité sauver l’image

ultime dos au mur tant que la balle n’est pas tirée l’impossibilité de tout peut produire un saut sans destinée mais un saut de la dernière humeur puisque la raison est abandonnée sans service5

885

chaque jour passant la représentation du monde fuit en d’autres lieux ainsi devons-nous constamment faire acte de présence à l’orée du bois afin d’apercevoir les signes annonciateurs de son déplacement

ses valeurs induites ne cessent de modifier le flux tel un tissu moiré à la lumière changeante il peut brutalement ou par indices superficiels affecter l’ensemble ou les parties et nous donner des informations

vraies ou fausses sur son état probable il s’agit alors de parier sur une justesse ou une approximation interprétative qui n’est pas sans risque de perte ainsi nous devons conclure l’analyse par un semblant de

discours nécessairement précaire pour que le pari soit possible pour ne pas porter la lourde épreuve de son risque même si après coup nous nous élevons à des responsabilités qui en fait n’existent jamais

886

qu’attendez-vous pour lâcher vos chiens bande de lâches nous ici peinards dans la merde enchaînés et sages avec la gêne au cou mais

sans genoux pliés on décide de tout des songes et des mensonges mendiants si peu que l’or coule dans nos mains prêtes aux crimes

la tôle rouille elle est pour vous la trouille demain serein sans peine vous demain au turbin engloutis au bain volontaire salutaire nous

sans âme on cloue la pierre avec le lierre vous au trépas avec Saint Père nous l’Enfer sans faire les fiers on vous prend la terre entière

887

un lac simple avec pour ceinture une bordure d’écume sans doute des limons agités venaient là échouer leur mousse légèrement blanche un peu jaunie par des pollens de fleurs le printemps

ouvrait un jour neuf sous un ciel en attente de cerner avec sa lumière insolente un corps cadavérique remonté du fond d’une étrange beauté sa blancheur mêlée à l’écume telle une nappe de

lin écru recouvrait le longue chevelure laissant la poitrine et les seins dans un satin de nacre figés tel un marbre antique sous le soleil levant le reste du corps invisible sous une robe de fleurs

accrochées par un fil d’argent donnait au lieu une exigence saine on eut dit un rêve glacé dans le temps qui respire le vent frais chargé effluve citron vert et jasmin que je caresse encore le lien

888

les gueules-de-dents ouvertes avec leur mâchoire de rouille vont encore soulever l’immonde ces vacarmes de signes pour exalter les solides haines que l’on croyait enfouies dans la suie

des camps reviennent en bandes pour joindre à l’horreur des vertus d’honneur qu’ils vont chercher dans les bouillies de l’histoire peuples ne soyez pas imbéciles à les suivre ne méprenez

pas la souillure de la protestation vos dirigeants savent si bien s'y prendre pour masquer leurs adhésions qu’ils vont feindre de condamner en poussant du coude ces groupes scélérats sceller

aux ordres des puissances qui veulent conquérir ou garder le pouvoir à n’importe quel prix les vigilances de l’esprit sont les armes pour remettre sous terre ces fiels d’ivresses rouges de sang

889

comprenez bien le capitalisme à deux pôles comme le globe terrestre un public l’autre privé qui prennent en tenaille plus de deux tiers de

de la population la dite classe moyenne et pauvre c’est à la fois leur commune topographie d’exploitation et leur terrain de jeux économique

de prédation ils s’entendent très bien ils sont concurrentiels c’est à celui qui en fera le meilleur profit en s’accordant mutuellement des chasses

gardées si les gouvernements ont une majorité elle est uniquement parlementaire du point de vue des électeurs ils sont perdants vous saisissez

890

bande d’hirsutes je ne cherche pas à élaborer des postures tout en faisant semblant d’être naturelle pour deux bonnes raisons je suis

authentique ce n’est pas mon jardin qui vous dira le contraire je mange des légumes frais ma soupe est claire d’autre part je n’ai pas

besoin de votre pognon gardez votre fric et vos boursouflures ma brouette me suffit ce n’est pas moi qui bousille la planète je n’ai pas

de bourrèlement de conscience je n’ai pas le feu aux brancards carpette jamais vous êtes des serviteurs de girouettes en mal de scène

871

de la connaissance du réel nous n’en avons que des parcelles éparses souvent disjointes ainsi sommes nous éloignés de toute cohérence pouvant à l’occasion se saisir dans un ensemble un peu

ordonné il arrive que certaines journée donnent des éclaircies mais l’opacité revient vite il reste un petit goût amer sur la langue c’est inutile de cracher sa salive au flanc du rocher ainsi chacun

porte le trouble de son insuffisance au point que les inquiétudes souvent supportables deviennent intolérables il est urgent d’éteindre l’incendie avec quoi au juste des chansons de l’alcool des

poisons de toutes sortes le commerce en est florissant il faut pouvoir se casser les dents sur quelque chose qui en vaille la peine un silence de plomb s’installe lent telle une couverture de neige

872

un soir sombre parmi les ombres je vis le banal séjour ici venu pour déjouer l’ennui ce fut un échec aussi dur qu’une piqûre infectée laissant un mal diffus atteindre les chairs le mal n’est pas d’ici

il est dans l’implacable forfaiture des communes sensations toutes égales rien sur quoi l’on puisse s’égratigner si au moins une éraflure venait en fuyant dans les ronces mais rien seule une douce

acceptation du lieu le corps n’y trouve aucun obstacle autant plonger dans une mer froide pour être saisi brutalement d’effroi pour se remettre une nouvelle fois au bord du gouffre pour hésiter puis

se lancer et enfin voir la peur ce trou qui change la perception donne au paysage le plus commun une féerie gigantesque capable de tordre le cou au pas lent d’un idéal séjour perclus de servitudes

873

il aurait pu choisir d’orienter sa vie vers au moins un acte de vérité or celle-ci est devenue ridicule d’ailleurs ses contemporains se gardent bien d’en faire leur ultime repli la vérité est sotte voilà ce

que le siècle nous a laissé un seul exemple la vérité en économie est devenue la source de toutes les plaisanteries seuls les humoristes peuvent encore s’en réclamer il aurait pu faire de sa vie un

acte de rencontre pour cela il n’avait pas assez d’innocence pas assez d’amour partant plus de joie possible non il voulait faire de sa vie un acte de mélancolie ce qui en aucune façon le disposait

à la tristesse les tristes sont des gens insupportables pire que le mauvais goût qui ne sait pas choisir un motif de fleur pour une ombrelle d’été il voulait cultiver sa mélancolie en plein soleil à midi

874

à force de se persuader que la haine est le mobile de toutes initiatives il avait fini de faire de son canapé un lieu de vie d’ailleurs celui-ci se métamorphosait en berceau puis en cercueil selon des

rythmes dûs aux variations de lumières ou des humidités car parfois pris de peine de se lever il urinait dans ce canapé qui lui servait aussi de cuvette que la haine fût sa décision première il l’avait

admise mais au fil des jours il s’était pris d’affection pour ce velours côtelé de couleur marron clair on ne pouvait plus dire beige l’un comme l’autre était un état de couleur absolument horrible qu’il

lui semblait convenir parfaitement aux sensations qui avaient motivé sa religion en fin de compte ce canapé était aussi son Christ élu compagnon d’incertitude la foi ne l’avait jamais ému

875

quand je serai englouti en terre sous la dalle de pierre je suis persuadé que j’aurai encore des sensations d’ascensions ne croyez pas que

je vais rester éternellement allongé immobile comme une sardine dans son huile je compte remuer un maximum les osselets pour les

choquer à les briser pour finir en fine poussière j’irai dans vos poumons élire ma demeure pour vous ronger de l’intérieur jusqu’à vous tordre

de douleur soyez rassurés je vous laisserai en vie la douleur sera sans fin pour calmer ma faim c’est ainsi que vivants les hommes respirent

876

elle est un peu sale placée dans un mauvais quartier je n’ai rien dit quand nous sommes passés devant l’école de l’enfance donne un lieu qui sera quitté mais pas pour d’autres lieux il sera laissé pour

aller partout sauf dans un lieu que l’on pourrait faire sien par fidélité au premier à la petite colline des bois de bouleaux une dizaine tout au plus pourtant immense avec sa clarté insultante qu’elle

semble encore vibrer de son cri oublié perdu avec cet écho troublé d’innocence oui j’ai été pur et joyeux aussi vif qu’une gifle peu être perçue comme acte de tendresse oui les billes ont roulées dans

le sable clair de cela de ce lieu jamais effacé je suis gardez vos seuils vos maisons vos cités de prudence je ne veux pas entendre vos courtoisies vous ne lèverez pas en moi l’esclave que vous attendez

877

le monde a une force centrifuge absolument déconcertante aucun écœurement même à vous tordre l’estomac ne semble le perturber ce qui arrive à chacun d’entre-nous ne vaut pas plus qu’une

goutte d’eau de pluie absorbée par une boue indifférente ainsi croit-on faire du bruit avec un tambour même prodigieusement mis en scène n’aura d’autres conséquences qu’une approximative

sensation de vibration dans les muscles des bras un peu sur le ventre si le tambour est porté en ceinture les vitraux des cathédrales resteront en place le ciel n’en parlons pas il ne nous connaît pas

et n’a nulle intention de le faire ainsi suis-je constamment obligé de m’en remettre à mon épreuve intérieure pour déceler si des nerfs affolés ou fidèles peuvent servir encore d’excitation opportune

878

dans la nuit des ciels limpides chargés de cristal avancent avec des bruits d’orchestres mêlés de cris ciselés à même la pierre dure si

au-devant comme des éclaireurs des corps funestes lisses de beauté abrupte munis d’ailes approximatives prenaient des poses  de

géants tels des albatros venus d’un lieu de destruction effective je pris pour une main tendue la pointe d’un glaive brûlant qui d’un

élan incompréhensible arrache à ma vue le seul espoir qui me reste d’aller feindre des passions pour anéantir l’ennui qui me saigne

879

auto-portrait à la théière il valait mieux faire le plan principal sur la théière le visage sombrait chaque jour un plus dans l’abîme qui s’était ouverte depuis son renoncement mais au juste à quoi

avait-il renoncé certainement pas à la foi ce n’était pour lui qu’une sensation étrange un peu veloutée mais pas un appel est-ce regrettable sans doute la foi est un confort que l’on vienne pas me

dire que le commerce avec Dieu est difficile étant nul part et partout il suffit de parler aux oiseaux Il viendra manger dans votre main sa solitude est immense sa sollicitude en récompense rien

n’est gratuit sa richesse est infinie Dieu de la descente aux enfers je ne peux rien faire pour Toi laisse moi me servir moi-même puisque Tu n’es plus là mon Hôte invisible ma fortune de consolation

880

là où j’étais ils sont venus à plusieurs ainsi me suis-je trouvé multiple en un seul corps ils sont venus par intervalles inégaux et à des

vitesses différentes ainsi me suis-je éprouvé avec des temps différents dans tout le corps je n’ai pas pour autant perdu mon unité si

par mégarde ou confiance j’ai laissé mes hôtes libres d’avoir leur propre mémoire leurs propres souvenirs ils en ont fait ce qui était le

plus probable une turbulence une bouillie inadéquate à l’intégrité d’un savoir de se tenir rassemblé devant l’épreuve de les congédier

861

le vent est venu avec sa plainte elle réveille ce qui dormait supportable une absence contraire à tout être dans ce monde il pouvait dire ai-je vraiment existé suis-je comme mes semblables vivant

persuadé de la solidité des épreuves qui conduisent aux affirmations ici dans ce brouillard qui avance qui installe sa loi je ne veux pas de l’emprise du sombre cette ceinture de limon aux reflets si

proches si lointains des anneaux de Saturne venus avec ce vent et sa poussière de nacre aveugler tromper ma vue d’un corps que je distingue à peine qui disparaît lâche comme un fuyard devant

la flamme crier frapper sur la muraille une laque opaque souple se déploie épouse chaque chose envahit la respiration d’une liqueur lisse Dieu de la tourmente tu peux lâcher les chiens d’ivresse

862

après la pluie le ciel aussi regarde son reflet dans les flaques d’eau on y voit aussi des maisons des antennes de télévision en remontant vers son logis il décide de descendre dans une cave tenue

par des pauvres ces gens qui n’ont jamais su ou appris où se baignent les beaux poissons d’argent que l’on saisit à même la main se servir goulûment dans le trésor qui passe sans se jeter dans la

rivière l’habit doit rester convenable les pauvres ont simplement oublié de voler les richesses des autres ainsi vivent-ils dans des trous sans air avec des boissons pas chères achetées ou données

parfois par l’offrande publique ils ne sont pas heureux ils le savent leur sexe est tout petit ils s’en servent pour uriner le mauvais vin c’est tout puis ils s’endorment les fesses tournées au ciel glacé

863

pour maintenir les privilèges ils seront prêts à tout toutes les forces seront doublées triplées s’il le faut du Moyen-Âge à nos jours les mêmes révoltes les mêmes colères la même répression les

costumes ont à peine changé les mêmes gestes à l’affût les positions de tir identiques la quincaillerie s’est modifiée elle va de paire avec la canaillerie plus élaborée plus fine l’apprentissage a

ses vertus les écoles ont fait leurs chemins la violence est devenue une épreuve d’ingénierie avec certificat et diplôme si le zèle s’en mêle il y a des récompenses des promotions des promesses

d’honneur le théâtre des opérations  est partout même chez soi personne est à l’abri ils ont des outils pour enfoncer les portes au cœur de la nuit s’il le faut l’ordre doit saigner le point de mire

864

le brun de terre la feuille d’automne mes deux compagnons de survie j’ai gardé ici dans le sommeil de la nuit le seuil de vos palais d’hiver

vous demeurez tel un secret entre mes ossements l’apaisement le calme établi chez lui nul trouble tant que jaillit le souvenir intact d’un

pas pour vous rejoindre soyez la consolation que me viennent les serments pour vous garder toujours dans le tumulte des partages bruts

les indécents en veulent toujours plus jamais assez de soie dans la demeure avec mon logis éphémère soyez ma litière jolie dernière aussi

865

les révoltés qui réagissent parce qu’ils subissent l’oppression constante de la pauvreté ne veulent pas la richesse des riches ils veulent savoir qui

est en droit de dire la vérité qui est légitime pour fonder un discours vrai ainsi il désignent ou plutôt il assignent à celui qui prétend parler au nom

de la vérité de se prononcer sur la plus essentielle chose toujours occultée par les pouvoirs à savoir le partage des richesses le pouvoir sait qu’il ne

peut pas tenir un langage de vérité sur ce point précis les révoltes seront toujours opprimées à sang à vouloir faire dire cette vérité inadmissible

886

ma scène saigne de toute part j’ai quitté l’inerrance des cathédrales pour le trottoir des villes j’y suis bien assis le dos contre la brique à tendre la main les bourgeois sont assez sots pour me

donner le manger et le boire je ne souhaite qu’une chose que ce monde s’enlise en laissant dépasser les cervelles des petites bulles au-dessus d’une boue visqueuse comme un œuf de poule

les chiens aussi crèveront avec leurs os coincés aux gorges aboyantes je ne regrette pas Dieu il n’a jamais été je déplore l’arrogance des volontaires ainsi ai-je choisi d’être cogné plutôt que

de cogner les fraternels humains avec leurs politesses de baves vraie colle à charbon qui sent la suie des calcinés cadavres qui se bousculent sexes contre fesses dans les aéroports liturgiques

867

pour être venu sur la Terre j’y suis pour danser mais vous dansez seul absolument à mi-hauteur de la montagne jamais au sommet là-haut

avec les nuages il y a trop de confusion et l’oxygène manque en bas jamais la trahison a pignon sur rue la nuit parfois pour respirer le purin

des ruelles des tripots l’obscur pardonne mais j’y vais de moins en moins à cause du brouhaha le pas dansé se mesure précis tel l’équinoxe

équestre ou scansion du galop à l’oreille son or le riche intervalle à l’opposé des luxures de foule chauffée à blanc sous les lampions des bals

868

quel savoir faut-il préférer celui de la rencontre avec tous ses aléas ses circonstances de lieux ou celui de la vérité sans localisation sans coordonnée à courir sur les océans les terres ingrates

qui n’ont que faire de pareils soucis c’est tout juste si l’on parvient à nommer la sphère intelligible où les objet pourront être saisissables pour les rencontres il faut faire le pas premier la main

ouverte pour recevoir le plus souvent qu’une volée de sable sec le savoir a sans doute d’autres adresses lancer des billes de verres sur le plat d’un chemin observer leurs diverses chutes leurs

courses leurs points d’arrêt définir une géométrie astrale avec des conséquences des échos dans l’univers pour apprivoiser se donner à soi un cosmos vrai pour accueillir ou admettre sa mort

869

le gibier invisible puisque c’est ainsi qu’il faut les nommer n’est pas pourchassé pour une nourriture qu’il pourrait nous apporter en les dépeçant de leur chair nous les pourchassons pour ne

plus les voir se dresser tels des animaux royaux dans une chasse à cour où la noblesse des proies se déploie comme une flèche lancée en dernier souffle avant l’instant de succomber de rouler

à terre nos chiens excités les arrosant de bave nous font oublier que nous avons été la cible pour recevoir un ultime choc de celui qui meurt sans crier de celui qui ne prend plus la peine de fuir le

monde change dit-on non il ne change pas la chasse est ouverte comme aux premiers âges des groupes humains mais de cet archaïsme nous ne voulons rien savoir ni voir pourtant ils sont là

870

le ciel parfois est menaçant des glacis de mercure aux reflets outremer se saisissent de noir obscur et laisse échapper des cris venus de colères légitimes les souffrances endurées ont leurs échos

en haut alors qu’à l’horizon des filets de lumière laissent deviner des ors anciens qui sommeillent sur des contrées paisibles là où la richesse se lie avec le plaisir de goûter des accords généreux

ainsi suffit-il de lever les yeux pour apercevoir que le riche et la misère ne sont pas lassés de faire chacun son monde l’un accablant l’autre pour des jouissances secrètes ils ne sont nullement

étrangers ils entretiennent des connivences perfides qui donnent aux désirs une indécence folle où le viol et la violence font bon ménage Dieu de l’insensé n’y retrouverait pas ses dés sphériques

 

851

le monde de la flaque survient après l’effondrement total du religieux qui avait anéanti toutes les possibilités des liens restant lorsque la dictature du Capital avait enfin fait ses preuves de son

incapacité à répartir les flux sur l’ensemble du globe terrestre la partition de l’humanité avait atteint un tel degré de coupure qu’il était impossible à un être humain de rentrer en communication

avec un autre de ses semblables s’il n’appartenait pas à la même catégorie économique chaque être était évalué en fonction de ce qu’il possédait de fortune et devait impérativement afficher le

chiffre exact de ses biens par une écriture fluorescente en constant ajustement tout manquement signifiait sa mort immédiate on était encore loin du Chaos Libre qui allait sauver l’humanité

852

tendre les mains pour approcher un vaisseau s’accrocher aux lanières se laisser porter dans un flux de ouate blanche liquide une rosée de givre sur les lèvres puis quitter l’amarre scellée au crochet

de cuivre d’un solide rivage pour oublier les sols labourés les prairies fleuries ne pas attendre l’infernal soleil de l’été se couvrir d’un manteau géométrique pour gravir la pente raide qui mène aux

portes d’un gouffre océanique mes frères mes sœurs je quitte ce monde où je n’ai rien trouvé que des nuées au loin là bas aux lisières des bois sombres sans abri je suis pris sans méprise apprise

dans un tourment qui me glace les membres laissez moi errer emporté par le vent d’avril au-dessus de la ville loin des splendides vitrines où des passantes magnifiques cherchent un éclat de rubis

853

ôtes-toi de mon chemin veut quand même dire qu’il s’y trouve quelqu’un d’autre ce chemin qui serait le mien n’en est rien des pas ont déjà marqué ce lieu ainsi chemine-t-on toujours sur les

pas d’un autre cet hôte que l’on feint de ne pas apercevoir afin de se persuader que ce chemin est neuf nul n’a frayé ce sol c’est dire qu’il est nulle part à ces mots le ciel semble se voiler moins

de lumière de transparence la clairière attendue s’éloigne pourtant de cet hôte autant improbable que certain je crains l’ombre qui pourtant a vocation de donner à la clarté sa vigueur ainsi

s’il manque je le cherche aussitôt perçu j’esquive sa silhouette et tel un funambule les bras portés en avant je traverse son corps sans en éprouver une quelconque gêne maintenant il me suit

854

sans Dieu certes mais pas sans Cosmos ordonné imaginaire même construit à la hâte cela suffit sous condition qu’il soit complexe énergique

que l’on ressente ses atomes nous traverser tels des bruyants orchestres enchanter nos pérégrinations terrestres sonores et incompréhensibles

une cosmologie ovoïde tel un anneau étiré où nous pourrions élaborer des courses des chances des signes opportuns aux jours anniversaires

prendre des rendez-vous pour un au delà sans protocole sans ces interminables fouilles au corps pour y débusquer une abominable tromperie

855

parce que les humains tous aussi vils les uns que les autres empêtrés dans le crime et l’abjection avaient anéanti le ciel et le sol de la Terre il a fallu tout reprendre effacer à partir du seul solide

constant sans souillure ni purin le soleil brillant violenté qui ne tolère aucun compromis a bien voulu pour une dernière fois aidé par d’autres astres compatissants reformer les éléments vrais

nécessaires à la vie aux rochers aux océans cela fut fait et redit pour une dernière fois envoyer sur cette loque de Terre informe telle une chair pourrissante pendue à des graviers de cendre au

seuil des béances infirmes de ciels profonds je leur donne assez pour reprendre un souffle aux collections infinies des diversités qu’ils en fassent un usage pour effacer le brasier des cœurs punis

856

pour n’avoir jamais rien su de lui celui qui aurait pu être mon hôte je l’ai cherché en dehors de ce monde dans l’atelier du peintre il en existe encore j’ai parlé à ceux qui étaient là assis ou debout sur

ce lieu de scène d’une toile peinte où ils se montrent lieu chargé d’une multitude de voix j’ai écouté leur éloquence privée de gestes pour ne rien y comprendre je suis resté là sans secours les mains

serrées dans l’attente depuis toujours qu’un signe vienne que je puisse franchir le seuil il n’en fut rien sauf qu’un phare seul dans l’azur aussi sombre qu’un puits profond de son œil englouti me fit un

signe j’ai su depuis comprendre la sagesse des attitudes des geste simples pour percevoir le sonore langage de ceux qui n’ont nullement besoin d’apprendre pour savoir l’essentiel commencement

857

à l’intérieur d’une maison il y a des choses utiles qu’elle fut celle de son enfance ne change rien à sa destinée immobile les objets fussent-ils des jouets fragiles ou des outils solides entre des

mains malhabiles gardent leur silence dans des cartons dans des lieux fermés aux lumières hostiles pour y parvenir il faut se souvenir et cesser de dire qu’ils sont perdus avec l’ombre qui les

suivait avec les bruits accrochés si près qu’ils semblent sonner encore au lointain ensevelis sous l’oreiller quand se défait la durée du jour pour se tapir dans l’alcôve de la nuit enfance jolie si

loin revient j’ai besoin de ton regard qui voyait en toutes choses le splendide les brillantes promesses qui naissent si vite où tout respire le frais en plein été la clarté du propre la sincère envie

858

les arbres aussi ont leurs cathédrales leurs hymnes leurs chansons d’hiver c’est nous qui les voyons ce sont eux qui nous entendent avec nos

bruits stupides nos vacarmes nos idées de propagande pour dresser chacun semblable à des piquets électriques pour clôturer cerner l’ordre

des espaces afin de tenir obéissantes nos volontés la basse soumission toujours la crainte et pour finir la compromission aux démesures sans

nom des folies sur Terre agitées pour atteindre le radieux avenir des crétins et des égoïstes fidèles au ciel bel arbre infini sauves-moi de cet ici

859

des coïncidences il y en a certainement souvent mêlées aux embarras quotidiens nous savons à peine reconnaître les signes dans ce bric à brac de sensations perpétuelles où les décisions sont

prises comme si en fin de compte elles ne servaient à rien l’appréhension de l’espace et des significations internes qui lui donne tel aspect ou un autre se fait irrémédiablement sur un mode abstrait

de manière volontaire ou à notre insu nous construisons des représentations  elles font écran et loin de nous éclairer nous éloignent des simples réalités car nous ne voulons pas les voir trop simples

pour être vues nous préférons nous engager sur les controverses interminables ainsi tout peut être nié et reconstruit selon nos performances de langage la seule résistance à nos propos la mort

860

qui garde la richesse la sagesse ou la malice des malicieux le siècle a choisi le trésor est devenu une dette et pour faire oublier les échéances les médias en font une vedette à la une tous les jours

on en discute pour mieux la passer à la trappe toujours pour demain et demain recommence marché de dupes pas du tout chacun sait en quoi s’en tenir le cirque roule sa mesure tambour battant

si l’on cherche quelques pièces d’or elles ne sont plus au Trésor Public le fond est vide à la place des créances interminables la démocratie tourne autour elle tourne autour d’un gouffre comme

chacun sait la profondeur attire donne le vertige bientôt les têtes affolées danseront au-dessus du gouffre accrochées à des cordes elles glisseront jusqu’au cou les langues vont tomber en pluie

841

de toutes les idées que nous puissions avoir celle de sa disparition est la plus surprenante car elle met en négation toutes les autres une idée est plus ou moins un objet extérieur celle-ci a un

assemblage curieux elle se glisse à l’intérieur du corps et lui fait corps mais sans accord nous la rejetons le plus possible dans l’impossibilité qu’elle vienne opérer son œuvre l’accomplir en

toute franchise comme s’il s’agissait d’un acte sans conséquence elle n’hésite pas à être déloyale elle a une fonction scélératesse elle vous prend par la main gentiment puis le bras et tout le

reste suit dans le trépas écrasé au bas d’un balcon le corps est obéissant il se penche se laisse choir le vertige d’une fin peut vous prendre au milieu de votre vie en tout lieu sans saisir l’origine

842

seul le néant est sans manque tel un dragon sans origine il glisse ses doigts de feu sur les blessures ouvertes pour en extraire la puissance éternelle jamais les vivants ne cesseront de manquer

ainsi leur sérénité individuelle sera toujours une impasse l’illusion de l’individuel a fait son œuvre laissant chacun dans le désarroi aux demeures des abysses chacune des religions ont laissé

faire trop occupées à servir l’ordre par crainte et par intérêt du Capital-Gagnant ainsi le néant s’avance qu’il soit compté les jours où il tordra le cou à cette funeste chape de plomb pour libérer

le Chaos-Libre où la numérisation de tous les vecteurs de liaisons rendra toutes les verticalités obsolètes pour faire naître un monde de nouvelles richesses à portée de chaque doigt sans élection

843

une nef si vaste qu’elle contenait sur son pont un océan large où des atomes solides émergeaient avec des géométries émérites sous de hautes voiles sombres tels des noirs du firmament

lointain obscur et profond émerveillées d’être sous cette voilure protégées ainsi pouvaient-elles croître resplendir émettre des scintillements on eut dit un champ d’étoiles une ville où rien

n’est laissé à l’abandon ni chose ni être tous trouvent une place aux soleils présents qu’ils portent en eux les respirations seules s’inclinent à la baisse du jour pour accéder au rythme calme

des soirs apaisés où la mesure des forces se forge avec prudence pour projeter assez d’utopie pour passer le cap de la nuit pour vaincre les rondes maléfiques qui cernent l’espace assombri

844

au jour happé par la mort venue le corps libéré des outils serviles viendra-t-il mon hôte habile retirer de mes entrailles inutiles les fiels

qui ont drainé ma souillure dans l’usure des chairs pour me laver de toutes les bassesses commises je fus impur le serai-je encore dans

le ciel frais d’azur pour avoir cédé aux penchants absurdes emportés par le délire des passions jouées serai-je englouti dans le noir sali

des nuits sans rêve ai-je ainsi vécu sans souci de la suie du lourd trépas non j’ai arraché à la pierre sa beauté ensevelie pour être ébloui

845

dans les provinces ils ne cachent rien de leurs constructions hideuses elles sont proches des habitations elles sont sales et elles salissent laissant des poussières recouvrir les abords le paysage

souvent quelconque n’en est pas affecté le banal qu’il soit propre ou sale ne change rien à sa banalité il imprègne les habitants d’une couche de renoncement aux vertus des beautés libres ils

ne s’en rendent plus compte ici le pas n’est jamais dansé le ciel laisse faire ces étendues de silos à grains tours à ciment parfois abandonnés laissés ouverts ainsi on peut les approcher les toucher

ce sont des cadavres endormis sans odeur par beau temps mais froid il y a du carmin dans les ombres violacées du jaune dans les gris au-dessus des bardages de tôle qui recouvrent des sacs

846

à l’orée d’un bois funèbre s’élève un temple de plastique éclairé par des ampoules électriques fermé par des rideaux de fer à l’intérieur on sert de la soupe chaude où flottent des rondelles

de boudin noir les convives qui n’ont pas reçu d’éducation font des clapotis avec leurs cuillères pour couvrir les derniers souffles d’une agonisante étendue sur le milieu de table puis morte

ils plantent des bougies dans les orifices afin que des liquides ne viennent pas souiller la nappe d’autres plus habiles percent des trous dans la chair avec des tire-bouchons pour en extirper

des lambeaux qu’ils étalent sur des tranches de pain de seigle graissées d’une crème de lait parfois l’esprit se disjoint de toutes mesures il ne reste au ciel que des branches de fer sulfuriques

847

les humains sur la Terre déposent des objets ni vraiment beaux ni laids sur des espaces verts mal entretenus en face d’immeubles où des gens

s’entassent dans des cages ni vraiment belles ni laides mais ils y sont habitués ils savent pour les courageux qu’en continuant ainsi ils sauteront

dans le vide laissé entre l’immeuble et ces objets qui ne leur sont d’aucun secours d’ailleurs si leur corps ne partait pas en bouillie liquide il serait

exposé au milieu des prairies qui font semblant de donner un espace supportable au bonheur des chiens tenus en laisse avec au bout un Maître

848

les arbres poussent n’importe où ils ne choisissent pas les hauts d’une cime le bord d’un ruisseau la roche difficile parfois l’un deux naît entre deux tombes de dur ciment recouvert d’une couche

de marbre sur lesquelles la même inscription est écrite ‘ici gît’ auront-il-des tombes pour eux seuls ils l’ignorent et continuent de donner leur confiance au genre humain qui en feront des copeaux

de chauffe des bois de lit des manches de pelle rares sont ceux qui finiront polis et vernis comme des notaires en bois de cercueil avec sur les côtés des poignées d’argent pour enfin rester à l’abri

longtemps dans une sépulture fleurie régulièrement entretenue parmi d’autres semblables où la conversation est presque possible si le vent du Nord ne sifflait pas si fort entre les croix dressées

849

il porte une plaque de fer qu’il dissimule sous ses vêtements placée au dos pour éviter les coups de couteaux de toutes les traîtrises fomentées dans les ornières des passions des vanités

policières de tous les lieux peuvent venir les faiblesses pour commettre le meurtre des mains expertes aux novices apprentis le savoir de l’indécent s’apprend vite il prend garde aussi aux

conditions de vie l’organisation de la pauvreté est le fait majeur de nos sociétés coordonnées à une dictature du capitalisme ultra-libéral qui ne donne jamais son nom mais dont les savoirs

faire sont à l’épreuve de sa réussite de son omniprésence que soient honnis les obéissants à l’aptitude des viles besognes les luttes intestines sont le fait de l’histoire sans secours sans esquive

850

une nouvelle fortune émergera du Chaos-Libre elle ne sera pas une digitaline de plus pour activer la sérotonine afin d’amoindrir l’effet

de la glaive qui torpille tous les esclaves ensorcelés aux signes extérieurs de richesse domptés pour couvrir l’arrogance des puissants

qui siègent impunis aux commandes des démocraties obéissantes devenues des chasses gardées pour les requins lisses polis comme

des girouettes éduquées aux bannières du mépris que viennent les temps de la disjonction numérique aux liens multiples horizontaux

831

dans les villes les gens sont dociles ils ont pleins de mobiles pour transporter leurs bibelots fragiles parfois ils les exposent on peut les apercevoir du dehors depuis les vitrines propres lisses

sur lesquelles ils marquent leur nom en gros caractères sans doute pour retrouver sans confusion ces lieux presque tous identiques éclairés par un soleil oblique indifférent à ces usages de

civilités admises où chacun lance des invitations pour grossir les curieux venus voir ces objets inutiles ils repartent heureux d’avoir pu approcher un original une authenticité garantie par le

prix élevé comme s’il s’agissait d’une rareté alors qu’ils sont produits par milliers il en est aussi de la monnaie que l’on couche sur des rouleaux infinis de papier joli que l’on serre dans sa main

832

en Europe les dictatures sont bruyantes elles déclarent leurs haines pour que les imbéciles puissent y adhérer comme s’il s’agissait d’une grande fête foraine dans la Chine d’aujourd’hui

la dictature ne donne pas son nom elle avance au rythme lent d’une machine à écraser tout sur son passage chacun adopte le semblant nécessaire pour ne rien voir venir elle sera d’autant

plus efficace qu’elle aura pris tout son temps pour passer inaperçue les visages impassibles et posés sont là pour tromper ils miment une Chine millénaire que nous admirons parce que nous

avons dans notre imaginaire des œuvres d’excellence qui font écran au présent qui vient il sera impitoyable à l’intérieur comme à l’extérieur l’intérêt immédiat à ses lois d’aveuglement

833

est-il possible de dire nous en parlant de soi où j’ai tant de mal à situer un sujet qui pourrait dire je suis là dans une topique empruntée presque volée car elle ne m’a pas été donnée je l’ai trouvée ici

sans que je sache si cet ici a un lieu sur la Terre défini le sujet je n’y crois plus je dis qu'il n’est pas là ici ou la-bas qu’il se cache pour me surprendre je veux bien jouer encore n’ayant rien à perdre

que d’être renversé par un moi-je qui n’est rien d’autre qu’une farce un déguisement pour chahuter les jours de carnaval ou sur une scène devant un public qui est venu pour tromper son ennui alors

avec un peu de connivence nous pourrons nous baigner dans un jouissons-ensemble pendant ce temps personne ne pensera au suicide ou à la mort celle qui vient seule avec ses mains si habiles

834

la partition de l’humanité qui est déjà à l’œuvre se fait par couches horizontales ce ne sont plus des populations l’une à côté de l’autre mais l’une en dessous de l’autre la couche supérieure qui

pense encore avoir assez de verticalité pour faire régner l’ordre et retirer les richesses fabriquées par les couches inférieures jusqu’à la plus basse ne se rend pas compte que depuis qu’elle a

décidé pour préserver ses biens de supprimer un à un les ascenseurs qui donnaient une possible respiration aux couches inférieures elle se prive d’y faire régner l’ordre correctement ainsi et

par voies de conséquences elles aura de plus en plus de difficultés à récupérer les valeurs des basses couches dont elle capitalisait les valeurs par excès de domination elle finira par tout perdre

835

sur un drap de lit blanchi par la violence éphémère d’une clarté inconnue un corps étendu gisait des dentelles de fleurs accrochées à sa chevelure

donnaient une illusion permise d’être invité pour une alliance nocturne quand se retournant laissant voir ses seins sa main glisse sur un reflet mat

de peau bleuie maculée d’outremer comme des coups portés à la chair le regard détourné par pudeur de montrer ici une peine émoussée par la

tiédeur du lieu elle se lève telle une nuée blanchie de gel par un ciel d’hiver ses mains se joignent une source jaillit écarlate d’une ivresse apprise

836

la voie lactée trouve des refuges impromptus dans la clarté du jour elle avait pris naissance sur ses avant-bras puis avait glissé sur la surface de la chair pour s’étendre se reposer sous les habits

usés presque abandonnés sur un corps qui peu à peu renonçait à s’agiter pour le bien de soi ce qui paraissait une déchéance en apparence était une délivrance qu’il fallait conquérir de haute lutte

les désapprobations fusaient de toutes parts la préservation de soi est tenace il ne faut en rien compter sur les aides extérieures qui très vite vont feindre l’indifférence sachant qu’une partie d’eux-

même est en accord avec la déchéance mais à condition de ne jamais en accepter l’aveu ainsi tel un Christ involontaire il se laissait prendre par la jouissance de l’abandon lente purification du soi

837

dans un monde lointain et propre de toutes particules à effet de serre où le ciel ne déposait plus de poussières sur les océans où il suffisait d’aller chercher provision de soleil avec des navettes qui

les acheminaient sur Terre l’énergie était abondante suffisante sans nuisance aucune à condition que ces masses de soleil transportées fussent convenablement stockées dans des cylindres fermés

d’une matière faite de céramique et d’informations car la chimie avait pu conjuguer en un seul élément cette enveloppe qui restait stable malgré les températures impressionnantes de ces blocs

de soleil maintenant disponibles à notre portée de main sauf qu’une distraction avait laissé échappé une quantité suffisante qui avait formée immédiatement une première flaque d’ombre liquide

838

les humains sur la Terre deviennent des épaves nous leur donnons de l’alcool afin de les enivrer le plus possible parfois ce sont des coups de pieds qui les repoussent dans des coins où d’autres urinent

sans prendre garde qu’ils sont là écroulés de stupeur de faiblesses acquisses telles des poules dans les élevages industriels qui ne cessent de trembler dans leurs excréments qui se mélangent

doucement à leurs congénères déjà morts qui pourrissent dans la chaleur et l’humidité ces ramassis d’humains nous les laissons dans le froid en espérant qu’il fasse son œuvre  le corps est tenace

l’été suivant nous les croisons encore en faisant un écart la puanteur effraie la voirie de fait rien elle ramasse les poubelles pas les humains nous n’avons qu’une idée approximative de la propreté

839

ce n’est pas parce que nous ne voyons pas les odeurs qu’elles ne peuvent pas avoir des formes concrètes ainsi certaines ont des géométries particulières suivies de lanières diverses qui semblent

transporter les volumes tels des initiés sur un tapis volant se concertant pour errer à l’insu des vues humaines d’autres mondes existent que nous ne pouvons percevoir ils nous frôlent si proches

que nous pouvons ressentir leurs vibrations elles émettent des pressions sur notre peau et perturbent les directions des liquides dans nos vaisseaux sanguins l’œil est ainsi privé de leur perception

notre attention est trop mobilisée par la vue au point que le langage est sous la dictature excessive de l’œil il ne cesse de nous leurrer sur la proximité la vraisemblance du champ des possibles

840

Jésus tapette Christ carpette tripier des pirouettes tu aurais eu plus d’idées si tu avais dansé avec tes congénères dans les sous-sols des parkings comme Mick-la-Blancheur savait remuer les

fesses au lieu de trébucher sur la pierre devant les fillettes à moins que tu n’aies trébuché sur Pierre maintenant tu te caresses dans les beaux salons des collectionneurs aux parfums des ruisseaux

où coule l’argent à flottaison sur la complexité nouvelle des océans digitalisés ils te regardent comme une épave ancienne remuer les membres couverts de cellophane toi qui fut si diaphane

avec tes bouclettes tombant sur tes épaules musclées pour avoir transbahuté cette Croix de malheur alors qu’aujourd’hui un simple clic à ma zone et le colis s’envole aux quatre coins du Monde

821

la ville prise dans un lacis de voies laissait entrevoir l’ancien fleuve transformé en égout où les ponts avaient peu de chance de créer des jeux d’ombres sur ces eaux huileuses cendrées tels des

velours graissés de sueur froide en remontant la voie proche du pont jaune il fut pris de frayeur sans doute le lieu y était pour quelque chose mais il ressentait poindre une peur qui venait de

l’intérieur une crainte non pas d’être ici dans ce lieu bruyant mais une sensation trouble qu’exister en ce monde ce n’est rien d’autre que d’être tenu par un fil mince au-dessus d’un abîme sans

mesure la frayeur avait pris naissance en lui-même épouvanté par le seul fait de se retrouver au sein d’un chaos où nul appui n’est possible un vertige de soi au bord d’un fleuve gris indifférent

822

dans une fosse circulaire des bêtes se dévoraient mutuellement autour des hommes debout pressés les uns contre les autres criaient éclairés

par une seule lampe pendue au milieu du cercle de sang ici sonne le sort de la condition humaine pas un pour arrêter la tuerie et chacun de crier

plus fort que les murs au loin tremblant de honte firent un pas en avant pour s’approcher de ce massacre puis l’idée vient de serrer tel un étau de

forge cette bouillie de muscles agités de hurlements pour les réduire à un dé de jeu qui aussitôt rebondit pour recommencer en d’autres lieux

823

sans nous la Terre entière serait un immense cloaque sans vos cliques politiques qui vous tiennent au-dessus des liquides vous ne seriez que des têtards d’eau sale trop tard pour prendre vos

cliques et vos claques pour sauver l’acajou des banquettes sur lesquelles vous êtes assis culs de fosses têtes de choux gras faussaires en vérité vous qui haïssez la racaille on vous fera danser

dans des cages montées sur des toupies de bois dans vos casinos de néons l’étincelle est là prête à brûler ce qui vous reste de cervelle nous les opaques des océans les brindilles du ciel amer

nous faisons le pacte de faire trembler vos refuges de secouer vos entrailles jusqu’à la dernière goutte de fiel pour débarrasser la Terre de l’idée sotte que la force doit gouverner la détresse

824

plusieurs fois immobile et sans voix je fus surpris de voir apparaître dans l’allée des rosiers un ombre une peu rosée avec en son centre

un œil mêlé d’un halo de cendre ainsi était-il à mesure que j’avançais parfois disparaissant puis précis pour enfin se placer tel qu’il est

dans un corps vif plein de vie qu’il semble sonore au point que je me penche afin de l’approcher peut-être faut-il l’apprivoiser avec des

caresses dociles ma main en s’approchant se perd dans l’ombre mes doigts grésillent colorent l’ombre d’un voile orange je fuis surpris

825

être haï une bonne fois pour toutes voilà ce qu’il recherchait mais pas de manière directe à la sournoise le plus mesquin possible il pouvait

compter sur les prouesses des humains imbattables quand il s’agit d’exécrer une personne sans en donner une manifestation ostensible il

les laissait venir pour qu’ils accomplissent leurs méfaits pas pour les prendre au piège mais pour qu’ils aillent jusqu’au bout de leurs forces

pour les voir en pleine lumière s’agiter comme des lubriques aux mains douces caressantes prêtes à la torture déguisée la denture aisée

826

sur le chemin du retour en sortant de l’allée couverte par des bardages de protection il fut dérangé par cette lumière sèche de l’été ici

dans cette ville droite de verticales ponctuées de réverbérations changeantes rendant impossible le regard tourné vers les hauteurs

pour chercher un havre où l’apaisement fut possible entré chez lui il se penche dangereusement sur la barre d’inox qui surplombe les

croisements de rues surpris par cette audace involontaire il se laisse choir au bas sur la chaussée cimentée avec ses tâches d’huile noire

827

un loup pris dans un lacis de chaînes tel un ouvrier lié au rythme de la chaîne surpris par un ennui de nuit au milieu d’un seau de suie

pour être livré aux services répétés d’un Maître il lui vint l’idée d’un sévices monstrueux qu’il eut de la peine en mettre en scène il feint

l’innocence d’un pelage blanc les yeux mi-clos pour cacher sa diabolique fureur il prit une lame fine entre ses dents telle une toupie

tourne sur lui-même si vite qu’il cisaille le thorax de son hôte qu’un sang voltige en nuage rosé et lui prend son envol d’un hurlement

828

il retrouvait son quartier enfin non un quartier qu’il aimait proche de l’océan longeant les quais du moins ce qu’il en restaient ici jadis

ils furent animés aujourd’hui délaissés bordés de hangars fermés  il marchait avec raison en suivant ses pas réguliers tel un mécano-

automate en passant devant des rideaux de fer peints grossièrement de noir il murmure  y a t-il un lieu où je peux dire j’y suis à cela

rien qu’une phrase perdue sans écho sur les grandes surfaces lisses des entrepôts le ciel blanc aussi est resté accroché là-haut servile

829

je ne suis pas là pas ici chaque jour je prie pour demeurer en un autre lieu mais où sur cette Terre l’accueil serein serait le logis choisi

les années vont passer sans trouver l’alcôve bleuie le doux velours gris les liqueurs alcaloïdes qui donnent aux lustres milles bougies

tels des feux surgissant d’un noirci sombre aux portes de la nuit les humains n’ont pas compris la main tendue que j’ai donnée avec

dessins seulement survivre avec un peu de folie pour rester poli canaille sans poiscaille pour faire la jolie caille sur la branche fleurie

830

à travers la ville docile des jolis camions tous neufs transportent des masses de pognons bien rondes lavées en machines disposées en rondes elles blanchissent des circuits magiques elliptiques

qui valsent faisant des tours au dessus du monde qui grouille dans les ruelles ils sont nombreux pour creuser des trous profonds munis de truelles afin d'être encore plus cruels pour voir tomber

les passantes magnifiques sans maléfice elles choient au fond avec les égouts moribonds pour un repas de bêtes qui pataugent dans cette soupe urbaine ici c'est la fête le bas du ciel ne vient plus

de ses dernières lueurs sauver ces monstruosités crapuleuses qui glapissent de fièvres chaudes à l'arrivée d'une nouvelle hôte chacun de s'occuper de tous les membres dans une agitation de fiel

811

seuls les oiseaux sont faibles dans ce ciel vertical ils meurent par centaines confondant les nuées avec les reflets brillants des hautes tours

de verre à l’intérieur personne ne prend garde aux choques de leurs membres fragiles contre les parois recouvertes par les souffles des trous

d’aération assainis par des alcools volatils seuls sur le sol des fosses qui servent d’avenues ils gisent secs au soleil d’été où un passant veule

furtif les écarte en leur donnant le dernier mouvement pour choir dans l’égout noir qui serpente silencieux sous les essieux des taxis rapides

 

812

il marchait depuis longtemps sur un chemin de gravier près du fleuve sous ses pas glissants comme des billes ces pierres lavées semblaient ne pas tenir en place chacune d’elle pouvant remplacer

d’autres le chemin serait le même il constatait qu’il n’avait guère plus d’autonomie que l’un de ces cailloux qui ne cessaient de rouler les uns sur les autres suis-je indifférencié aux autres au point de

perdre toute saisie de soi qui serait un peu distincte pour que je puisse m’adresser à elle sans la confondre à tous ces autres qui ne cessent de m’enrôler dans leurs soucis dont je n’ai que faire et dont

je ne peux me détacher par crainte d’être perdu à mes semblables perdu dans ce monde où les chemins ne mènent nulle part sauf de nous laisser ivre à la dérive tel un galet de fleuve qui se divise seul

 

813

assis sur le haut d’un escalier donnant sur une esplanade un humain contemple l’horizon sous lequel une ville circulaire se repose dans un bruissement de feuilles sèches chahutées par une brise

lente en son centre une statue d’un penseur célèbre sur son socle est écrit gravé dans le marbre ‘je pense donc je suis’ le soleil à cet endroit précis donne un éclat particulier au point de rendre l’air

sec et vibrant un écho se produit vole jusqu’au haut de l’escalier mais se heurte à la dernière marche l’homme assis plongé dans un songe intérieur entendit ‘je respire donc je parle’ ainsi la pleutre

humanité se berce d’illusions faciles pour se persuader trop vite que penser veux dire ‘je’ il n’en est rien la hâte vous trompe contentez-vous de respirer de maintenir votre souffle sur un pas de dame

 

814

la chance circule sur la Terre comme un fluide elle enrobe sans toucher les choses les êtres qui cherchent à exister ou simplement à vivre espèrent secrètement son approche afin qu’elle

les touche qu’elle enfonce ses doigts dans la chair le bois ou la pierre de ceux qui attendent d’être élus choisis souvent elle passe tout près mais se pose un peu plus loin la peine n’est pas

au rendez-vous car elle fuirait encore plus loin alors tous se placent sous le bon angle espèrent sans donner de signes d’attente fébrile qu’elle vienne se poser sur le cœur offert à sa libre

gourmandise tous prêts à tout donner pour l’accueillir elle passe se pose sur un rocher indifférent lassé d’être triomphant se transforme en monstre piétine les perdants qui rêvent la nuit

 

815

ils connaissent leur fin mais leur marche vers un monde de rigueur juste reste intacte ils marchent pour s’épuiser afin d’atteindre la frontière à bout de force ainsi la barrière paraîtra sans contestation

infranchissable nous connaissons les obstacles nous savons que le dernier sera notre perte pourtant nous continuons comme si en dernier ressort il y avait encore une issue possible plausible l’évacuation

des forces importe plus que de réussir l’acte final il ne s’agit pas de bâcler le dernier instant puisque nous savons qu’il est impossible il s’agit de feindre son accès possible en anéantissant toutes les forces

ainsi débarrassés de l’ultime acte nous nous esquivons dans la crainte qu’il puisse être sublime de cela nous n’en voulons pas la peur a ses raisons que l’audace n’a pas sauf à se murer les yeux d’un ciel d’azur

 

816

la ville avait été abandonnée comme on laisse un mouchoir de papier au bord d’un quai au premier souffle de vent il ira rejoindre les fonds limoneux du fleuve pourtant chaque chose était restée rangée

proprement comme s’ils allaient revenir le silence avait quelque chose de supportable de doux une veille de printemps tout allait éclore renaître en mouvements nombreux et sûrs telle la sève revient

après le rude hiver pourtant ici rien ne bouge vers cinq heures le jour baissant les lampes des rues des bars des boutiques se sont éclairées sans le moindre changement sauf ce vide lumineux ainsi qu’une

épée sortie de son fourreau de cuir lance en tous lieux sans compter ses atomes clairs qui rebondissent sur les parures d’inox mais rien ne bouge sauf une odeur insolente de poussière huilée d’organes

 

817

avant que son pied ne trébuche sur une pierre il voit un voile de blancheur nacrée dans le vent trébuche sur la pierre et dit ‘pardon’

pour avoir été absent à son chemin distrait mais aussi séduit par un halo de tissu de soie où il lui a semblé voir un corps de femme

dont la nudité lui a parue proche troublé il se ravise dans une autre scène une jeune femme en robe blanche trébuche sur rien son

pied se tord sur une lame de parquet et dit ‘pardon’ toute trajectoire a l’élégance de la flèche l’arrêt même infime est sans pardon

 

818

dans un temps de saccage des orchestres de cristal cassaient les crânes joyeux d’être des marionnettes agitées par des tringles de fer le vacarme fendait les astres au ciel livide qui abreuvaient

la foule hystérique prise de vertige dansait dans des buissons de flammes des cris horrifiques traversaient l’espace tels des bolides fluides qui s’engouffraient dans les veines étroites pour les

tordre en serpents glissants sur les muscles afin d’épandre un fiel rougissant aux contacts des nerfs les yeux exorbités finissaient par pendre telles des clochettes de givre sur les visages pris dans

une beauté subite que chacun épousait l’autre dans des battements sourds de membres désordonnés où les chairs volaient en éclats pour être happées par des brutes volontaires ordonnées

 

819

étourdi il avançait à grands pas aidé par des forces naturelles sans se rendre compte qu’il se dirigeait vers une gare de triage pour prendre un wagon sans se soucier de la direction joyeux de

grimper sur des machines persuadé qu’il suffit d’avoir le sentiment énergique la volonté aveuglée par la croyance certaine d’être accueilli il se hisse à la tête d’un convoi prend la manœuvre

et s’engage sur une voie qui mène au fond d’une mine ainsi plongé dans un noir de suie il traverse la nuit j’ai rêvé dit-il qu’au matin des portes s’ouvraient sur un pont de bois solide au-dessus

d’un torrent limpide je m’avance au loin l’aurore vient heurter ma poitrine qui soudain respire le soleil serein d’un été commençant je suis sans crainte de brûlures je sais qu’un brasier m’attend

820

ainsi un corps aurait une âme pour lui tout seul une âme à lui quelle curieuse idée pour faire ‘Un’ qui plus est sujet à part entière c’est selon son dire une ‘tragimodie’ que l’on peut écrire aussi

une ‘tragimaudite’ en être atteint est détestable en plus d’être une maladie elle serait maudite par Dieu honteuse inavouable un sida de l’esprit inguérissable c’est ce qui arrive quand la tragédie

et la comédie se rencontrent et elles se rencontrent toujours des amies de longues dates pas un malheur sans sa farce pas une face sans son ridicule venue ici pour le compte de qui ou venue en

ce monde pour quelles opérations soustractives ou additionnelles est-ce que le monde est plus lourd plus grand aux nombres des humains qui ne cessent de croître en pleurer ici ou rire là-bas

801

les souvenirs d’enfance avaient été perdus mais cela était devenu sans importance d’autres souvenirs lui étaient plus chers ceux de cette ville fracassante de métal et de bruits c’était de cela qu’il craignait

le plus la disparition pourtant ses mâchoires de fer ne donnaient que peu d’espoir pour une vie digne elle ne cessait de broyer les humains il y avait échappé certes mais c’était en quittant la ville pas

pour y avoir réussi cela lui laissait une mal indéfini qui peu à peu se transformait en tristesse retourner à la ville il n’en était plus question l’impossibilité de rejouer les cartes devenait insupportable ici dans

ce lieu échoué comme s’il avait été une pierre que l’on jette au loin sur un terrain vague informe où seul parmi des bois morts le ciel avait cette insulte de briller encore telle une plaque de mica brûlante

802

avec qui avait-il rendez-vous à moins que ce fut-elle qui lui avait donné rendez-vous ni l’un ni l’autre se souvient sauf qu’ils se sont rencontrés à l’heure précise au pied de l’horloge du grand hall

un jour d’hiver où la lumière avait une insolence particulière c’était suffisant pour qu’ils se reconnaissent ainsi ils ont convenu de rester l’un pour l’autre des amants définitifs sous condition d’un

serment faisant outrage aux bonnes mœurs de changer de genre à tour de rôle à chaque saison ainsi elle voulut être masculin au printemps ainsi la suite jusqu’au jour où l’épuisement des corps

viendra poser son fermoir à l’aide de brins de ficelles nouées de manières si confuses que le temps de les défaire les passions lassées laisseront choir les artifices de soie brodée de lisières ivoire

803

rester proche d’un mur proche d’un petit pan de mur jaune surtout le soir surtout quand vient le sombre obscur à défaut laisser naître une lumière jaune au niveau des poumons la retenir le

plus longtemps possible sous le treillis des ossements veiller au souffle court pour la garder telle une lueur apprivoisée amie la nourrir d’un alcool lent tiédi dans un verre lourd serré au creux

d’une main sûre résister au froid partiel qui serpente dans les alcôves toi qui fut ma ferveur mon luxe aides moi à combattre le venin de sang noir qui submerge mes veines si dociles qui ne

cessent de confondre l’ami du désastre pour me plonger dans ce chaos noble d’un corps qui se délite où restent logées des pensées neuves qui dansent au bal dernier des signes brûlants

804

es-tu resté dans la huée pour ne pas m’entendre sourd aux serments que nous avons établis de ces lieux propices tu comptes te défaire des liens qui t’attachent aux règles de la cause anoblie

as-tu pris pour guide la girouette de fer elle confond le serpent qui enlace aux ordres qui lassent pour entendre un récit pas plus haut que les mottes des ornières où se vautrent les sots habiles

qui dansent sur des fils pour distraire le parterre des abrutis qui somnolent assommés tels des gravats de pierre sans espoir de vol pareils aux assis les genoux rivés sur des dalles d’églises vaines

sans percée de lumière qui puisse surgir en ce moment de détresse où aucun pas ne résonne ni ne sonne pour stopper la marche des populistes aux visages masqués pour briser tous nos idéaux

805

à ne pas savoir ce que l’on veut autant le demander à n’importe qui de surcroît il est fort possible que cela convienne la recherche de ce je ne sais quoi de plus ou moins désiré est suspendue pour

un temps suffisamment étiré pour pouvoir se dire en toute quiétude nous voilà reposés sur une assise confortable n’ayant pas eu à définir le choix nous sommes dédouanés de toutes les charges ou

dégrisés d’une attente que l’on aurait pu placer bien au-dessus de son objet de plus nous sortons d’un cul-de-sac toujours embarrassant quand il s’agit de clarifier des choix qui peuvent fort bien être

remplacés par d’autres tout à fait acceptables ainsi s’en remettre à l’autre ou au premier venu demeure une solution qu’il n’hésite pas à franchir c’est ainsi qu’il justifiera son suicide manqué de si peu

806

à vouloir trop faire l’âne ou le pitre il en perd la face de ses facéties incongrues pour finir en place d’une tombe profonde avec sur sa tête moribonde la maison d’en face celle qui fut sa convoitise

encombré d’un pareil édifice il eut la malice dernière d’ignorer l’ouvrage en cachant sa rage d’en découdre avec ses voisins qu’il bouscule avec ses coudes pour faire dans ce lieu de terre un bruit

d’enfer si bien que la décision fut prise de lui rompre les membres avec une hache de fer sonore qu’il en vient une plainte si profonde que chacun de pleurer son sort d’être voué au silence serein

des tombes résigné de n’être jamais le clown de ses compères il lui vint l’idée saugrenue de se mettre à nu et d’exhiber ses ossements luisants comme des fers de lance pour crever ce ciel ignorant

807

le mal reconnu il fallait continuer à vivre je suis ce que je hais lancé comme un pari pour amuser la galerie il convenait d’être bien celui-là convulsé par des forces contradictoires comment

peut-on se découvrir astreint à naître ainsi superposable aux objets de ce qui l’horrifiait je suis ce que je est pour ce malentendu fallait-il rester cloîtré comme un proscrit éviter la lumière

du jour il haïssait le mensonge donc il était un menteur mais se souvient-il d’avoir dit un jour je hais la vérité car celle-ci avec son arrogance prive de toutes les alternatives la pensée qui suit

les chemins divers de l’imagination des sensations cependant il ne pouvait pas conclure par je suis la vérité sans l’hilarité immédiate son pari lancé creusait sa peine d’un sang au velours riche

808

de toutes les incertitudes il y en a-t-il une qui soit primordiale est-on sûr d’avoir un partenaire ou non qu’il soit visible ou invisible est secondaire certes je est un hôte mais l’ai-je invité pour qu’il

m’apparaisse pour qu’il soit là et devienne une adresse sur laquelle je puisse compter ou conter ce qui déborde du flot des discours incessants qui à notre insu envahissent toutes nos perspectives

défaillantes pour le plus souvent et parviennent parfois dans leurs répétitions à nous convaincre qu’elles obtiennent ce quelque chose qui nous rassure de n’être pas constamment acculé au fond

d’un puits sans accès à la moindre lumière verticale cette compagne qui nous aide à respirer à éprouver que l’éternité est notre seul désir sachant qu’il est impossible ainsi il ne cessera jamais

809

un ange sous la lampe voyant qu’il était sans demeure ni Temple éprouvait de l’ennui d’être sans logis sans lieu fallait-il descendre plus bas que l’auge des truies lui qui n’avait en aucun cas quitté

la fange gardien des cochons rustiques il avait le devoir d’être auprès de ceux qu’on égorge qu’on assassine pour fabriquer des saucisses qui se balancent à l’étal du charcutier pour grossir les plus

humains que lui qui forgent des anneaux de chaîne pour encercler les vagabonds les mendiants les placer au trou derrière des carreaux de verre flou de buée malsaine pour porter sur eux des loques

sans enjeu c’est pour eux  d’ici que je témoigne bravant l’interdit du je puisque sans corps je ne peux être en je et parler comme lui en souverain sujet sans lieu ni jeu sans vœu qu’il soit dit à Dieu

810

on ne mesure que ses propres mesures s’aperçoivent-ils de la mesure de ma perte puis-je m’effondrer loin de tout visiteur puis-je aussi m’aveugler sur cet effondrement faire en sorte qu’il

s’accomplisse loin de l’œil qui observe l’épreuve n’est pas de disparaître aux regards de l’autre mais de dresser une comédie suffisante afin de le détourner du lent désordre qui commence

avant que ne cèdent les armatures les poutrelles qui structurent ce qui n’a été peut-être qu’un semblant de cohésion un édifice construit à la hâte cimenté d’ignorance une bouillie de forces

contradictoires muées par des organes gorgés de sang une chaudière en somme pour tout viatique un vaisseau sur un ouragan de pluie diluvienne dans la brassée des tourments indicibles

791

le sang du père est resté sur l’habit de labeur il a suffoqué sans suer roulé avec lenteur au bas de l’escalier vert comme une pomme de printemps l’ambulancier a remonté le linceul sur son

visage émeraude chloré cireux tel un vestige de cierge rongé par un oxyde de cuivre afin d’atermoyer la distance du cadavre offert à la vue de l’adolescent un jour d’hiver froid dans l’étroit

hall qui mène aux remises ils l’ont installé là avec les outils du jardin sa bêche son râteau de bois en attente de sa mise en bière puis l’installation dans la chambre avec les visites durant un

jour la lumière atténuée des rideaux de tergal donnaient un peu de cérémonie sans convaincre le lieu disparaissait avec les gênes la promiscuité d’inconnus venus pour les gestes d’adieux

792

les molosses sont revenus cette nuit ils ont dévoré le bas du lit les draps étaient mouillés de leur bave tels des colosses enragés ils ont détruit une partie du parquet quand ils ont ouvert la porte avec

leurs mains aux bouts des pattes ils s’en sont munis comme des clefs qu’ils ont introduit dans la fente huilée ainsi je n’ai rien entendu sauf halètement saccadé comme si eux-mêmes étaient poursuivis

que sont-ils devenus au bas du lit déchiqueté avais-je encore mes jambes je suis resté longtemps avant d’ouvrir les yeux pour constater la débâcle la fenêtre était grande ouverte ont-ils pris leur envol

pour fuir ces loups ailés qui n’ont laissé dans l’air que des lignes bleutées toutes dirigées vers le pivot où mes jambes étaient suspendues sans pouvoir atteindre le sol telles des aiguilles de fer blanchies``

793

le feu couve sous la soie de velours soyez à l’heure dite au rendez-vous ce soir au cirque noir préparez vos chemises de lin sous vos vestes de daim sous la doublure placez assez d’avance

numéraire pour passer le gué sans gruger les gardiens aveugles pour pénétrer le sous-sol dites ‘assez d’injures’ puis masquez vos ailes pour paraître civil ici le lieu ne distingue rien des vils

aux prudents honnêtes en fait protégez vos membres d’une fine couche de cellophane argenté puis entre-vous soyez dociles pour louvoyer avec les lumières qui se dirigent vers vous afin

de vous désigner élu sur le champ acceptez l’offrande elle ne reviendra plus sauf sous la violence maître d’un discours de vérité qui laisse plus de mort que de gaîté à vos encéphales sensés

794

le chaos c’est les autres jamais l’autre le pluriel est indispensable pour appartenir au chaos c’est supposer qu’il est toujours circonscrit aux multitudes que l’on peut s’en soustraire échapper aux

laborieuses conditions le chaotique a ses limites il suffit d’y croire ainsi au fond d’un bois sombre loin des lumières électriques j’ai choisi l’exil assis au pied d’un haut sapin j’ai attendu si des

vibrations désordonnées pouvaient m’atteindre rien qu’un long silence de sève qui menait son ascension vers les cimes rien de plus aisé que de quitter ce monde de fourmis en peine de survie

il suffit de se laisser aller à l’abrupt de l’abrutissement cet ensevelissement progressif qui consiste à se détruire de l’intérieur acculé au pied d’un arbre et voir le chaos sortir de sa bouche éblouie

795

les oiseaux hauts dans le ciel ont-ils une connaissance de la condition humaine ou nous perçoivent-ils comme des animaux parmi d’autres ainsi des morts proches des oiseaux perçoivent-ils

encore notre souffle nos respirations ressentent-ils encore un peu de chaleur monter de la Terre sommes nous persuadés qu’il y a d’un seul côté les vivants et d’un autre les morts détachés de

l’espace absents à toutes particules minérales sont-ils proches de nous nos mains peuvent-elles encore se frôler pour se frayer un chemin dans la conduite du bien ou du mal afin de distinguer

le pur de l’impur Seigneur du jour radieux et du sombre obscur accepte notre humilité d’être encore à ce jour inapte aux partages des richesses élémentaires mais prompts aux disputes vaines

796

un jeune garçon ou une jeune fille voulant se faire désirer décide d’aller cueillir des cerises mûres dans le verger du voisin d’à côté réputé pour être honnête et gourmand ainsi l’enfant muni d’un panier

d’osier au lieu de saisir les fruits fait le geste mais sans les prendre fait semblant de les déposer dans le panier le voisin surpris puis amusé regarde la scène avec délectation l’enfant repart sans avoir pris

un seul fruit pendant plusieurs jours la scène se reproduit maintenant l’honnête homme confortablement assis savoure cette danse enfantine sous l’ombrage du cerisier depuis sa chambre silencieuse

paisible la nuit venue il ne peut s’interdire de voir les bras graciles du jeune enfant si fragile rêve qu’il tombe du haut de l’arbre reste au sol inerte d’un saut le rejoint surpris d’étreindre le velours de la nuit

797

il n’y a pas plus de point d’intersection dans l’espace qu’il n’y a d’horizon au ciel ce sont des idées abstraites d’un personnage qui s’ennuyait fermement dans l’attente d’un hôte sur un quai de

gare un jour gris sans pluie lorsqu’il eut la perception exacte des parallèles des voies sous la masse effroyable du train qui s’avançait lentement troublé par cette géométrie qu’il n’attendait pas

il manque son hôte dans la volée descendante des passagers pressés de rejoindre leurs destinations respectives le pas hésitant il ne sait rien des directions qu’il faut prendre tourne à droite à

gauche décrivant un drôle de cercle fait rire les passants qui lui indiquent le hall des pas perdus dans l’espoir d’y retrouver son hôte il se hâte trébuche pour finir au pied d’une colonne de fonte

798

la vérité est impossible à dire ce qui ne veut pas dire qu’elle est indicible la déploration mystique ne pourra rien changer elle est impossible parce qu’elle se heurte constamment à la rivalité de

l’hôte que nous accueillons pour lui en donner un écho parcellaire il en est ainsi l’écho résonne perd une partie de son contenu ce qui nous parvient d’intelligible ne sont que des bribes à peine

audibles l’hôte sera déçu de cette déception la rivalité effacera la courtoisie de l’accueil pourtant l’invitation se renouvellera inépuisable dans sa réitération à chaque fois les mêmes écueils sur

les corps qui se briseront telles des vagues inlassables sur la grève chacun enfermé dans son acte congédié parviendra à maintenir son renouvellement jusqu’aux abords de la demeure fermée

799

un monde crispé sur ses richesses laisse le bas de ses rues se transformer en torrents de violences qui creusent chaque jour la profondeur de ses tranchées où se côtoient la vitrine de luxe l’épave

brûlée l’innocent tremblant de ses breloques d’or pâle la classe laborieuse accrochée à ses machines l’errant soigneux de sa parcelle libre tous complices de la gente musclée prête à en découdre

à la moindre étincelle qu’elle soit d’un bord ordonné ou dans les marges abandonnées elles viendront en temps voulu abattre des siècles de soins précis prescrits pour atteindre élaborer un défi

la dure épreuve de l’excellence tant cherchée en un jour mettre à terre la paix et les œuvres dans l’entonnoir du gouffre où les limons vomissent les visages des morts des vivants en une seule lie

800

des liquides voyageaient dans l’espace sans heurter les planètes transportant des organismes vivants telles des bulles de savon volatiles disparaissaient dans des trous d’apparence noire si

éloignés que personne n’avait pu voir ce qu’il en était de ces cavités obscures imaginant pouvoir introduire un membre pour déceler une chose une odeur en vain l’énigme restait close sans

définition précise ces outres noires finissaient par prendre des dimensions de géantes leur peau s’étirait à devenir poreuse des gouttes suintaient pour former des nuages de pluie fine qui

inondait l’espace depuis que l’air était devenu rare chacun croyait au devenir aquatique de sa respiration jouant avec les éléments célestes les corps fluides se chevauchaient sans réserve

781

un temps meilleur viendra avec son ciel joyeux ses cris d’enfance mêlés retrouvés simplement en marchant un jour ordinaire sur une allée prise dans la clarté d’un soleil neuf si ce jour ne vient

pas il est possible qu’il ne vienne jamais je le porterai quand même caché invisible afin que nulle rancœur envahisse le projet d’atteindre un accord parfait un seul pour ne pas rire de l’éternité

moqueur jamais le riche dévouement ne perd pas son temps aux ressentiments même si la flèche rouille sa pointe dans les chairs je ne veux pas connaître l’auteur du crime le délit est partagé

ils ont des lames ils s’en servent ou ils ignorent c’est pareil sur ce chemin il y a les ombres la lumière un monde complet cela suffit les échos seront pour demain après-demain venus sans effort

782

l’échec est ma demeure j’y suis chez moi alors que le toit est ailleurs j’ai vu venir la lame d’airain fendre mon visage sans bouger j’ai laissé aux loups mon manteau de laine les vauriens ont juré

de revenir avec des complices ils sont nombreux pour mettre au bas celui qui ose dénoncer les infamies ruisselantes d’orgueil trop de soldats de serviteurs prêts à obéir à la première odeur de

soupe je ne tournerai pas le dos aux portes qui se ferment je passe je vais suivre le chemin sans compter les pièges de ferrailles des bijoutiers installés férus ils empilent je sème un ordre neuf

ils le savent je ramasse l’or des ruelles ils asservissent les masses qu’ils piétinent dans des poubelles une flèche me guide dans ce cloaque de vitrines sa pointe diffuse un sillon de cristaux habiles

783

chaque pas est une hésitation cependant une chose semblait se confirmer ce qu’il désirait le plus se transformait en un désir a priori inconcevable le désir de pierre pas le Pierre des Évangiles

un désir dans une durée infinie telle une pierre qui demeure en elle-même égale à elle-même dans un temps géologique si lent que l’éternité tient lieu d’horloge un désir qui n’en finirait pas

avec sa rencontre une pierre que l’on peut aisément imaginer lascive prendre tout son temps de laisser les rayons du soleil réchauffer ses atomes justement tels les lézards de pierres constants

dans leurs positions de prendre la chaleur sans peine gratuite un désir comblé sans effort ni performance le contraire de l’acte sexuel qui demande tant de séductions et d’épreuves élaborées

784

un bruit sur la vitre un pivert confondait le reflet d’un arbre sur le verre dur cherchant un refuge pour fuir les turpitudes perce d’un trou cette matière qui se brise sous le choc cassant son bec il

tombe se reprend devine qu’il se méprend à confondre ainsi les matières son œil ne verrait-il que des images égales à l’aventure humaine qui lassée de porter le poids du Monde ne cesse pas de

s’entourer de miroirs virtuels les oiseaux aussi viennent à nos portes pleurer un double du monde lassés par le pénible labeur de trouver le logis pour l’hiver quand viendra-t-il le temps où le souci

de se préserver ne sera plus une fatale obligation où les êtres n’auront plus ce corps fragile cette prison de chair ou de plumes le bruit vient d’une meutes d’archanges d’avoir scellé notre mort ici

785

non je ne serai pas un maillon de la chaîne je ne veux pas être cet anneau de fer entrelacé à d’autres semblables indémaillables tel des fils de jersey noués indéchirables je ne veux pas de cette

étoffe sans déchirure pour être sans issue dans un tissu défait je préfère l’user seul nouer les fils selon les circonstances sans hâte de reconnaissance pour être maillon il faut être martelé battu

entre la masse et l’enclume comment puis-je chercher votre accord alors que vous avez accepté l’humiliation horrifique d’être frappé pour une alliance de chaînons sans chair exposés à la brune

rouille familière qui corrode lentement vos serments vos dires au point où la parole n’est qu’un tourniquet pour égrener vos liens un à un et les disperser dans la bouillie terrestre tel un limon vil

786

un arbre penché sur une butte abîmé par le temps ne donnait plus que des fruits âcres ses jours étaient comptés puis vint la scie il sèche maintenant le long d’un muret en tronçons inégaux

sur son emplacement un cône vide demeure ne laissant aucun rayon de soleil passer sans être noir de nuit il est une ombre qu’aucun objet induit un oiseau seul comprend et se pose sur une

branche imaginaire en attente d’un mouvement circulaire qui fera de ce cône un pointeau d’acier et tel un balancier prend de l’élan pour franchir d’un saut ce seuil absent où sa demeure est

perdue les actes sont irréversibles la scène ne reprendra pas son rythme des saisons en ce lieu devenu inutile c’est sans raison que les floraisons donnent sans compter au ciel esseulé sanguin

787

au bord de la rivière j’ai laissé mes habits ainsi assis au fond de l’eau je ne perçois rien de beau la beauté je ne l’ai pas vue en haut alors des poissons ou des ragondins je verse mon sang dans

leurs gueules émaillées tels des cols de jarres huilées je verse entier le corps les organes je reste assis sans corps à côté de ce vase taillé dans le jaspe qui s’incline puis à son tour verse dans

un creux de vase pour ne laisser apparaître qu’une poche sphérique remplie d’étincelles emportée par le courant elle se heurte à un rocher saillant se brise enflamme l’océan où des navires

tranquilles charrient des marchandises inutiles pour distraire les vivants avec des jouets solides pour passer l’an ici assis dans l’abysse qui me sert de loupe je vois l’univers collé à ma bouche

788

il reste des jours à vivre ces mots indiquent un espace plutôt encourageant il en reste encore mais cet encore laisse traîner une coupure diffuse encore assez ou juste un peu plus pour quel

rendez-vous si celui-ci existe la durée peut s’étaler comme un brouillard sans clôture une fois à l’intérieur l’obstacle peut surgir d’un seul coup frapper de son immobilité puisque le sujet est

toujours en chemin du moins croît-il devoir avancer conduit par sa hantise du sur place ainsi il évite toutes stations prolongées constamment aux abois poursuivi par l’illusion d’être chassé

par des tireurs connus invisibles qui n’ont jamais existé alors vous ressentez une pression dans le dos des mains vous poussent vers un abattoir situé au fond d’une impasse il est l’éternité

789

il y avait une épaisseur dans ce monde c’est une sensation qui vient de l’intérieur de l’os du crâne tel un dôme les bruissements résonnent s’entrecroisent tracent des lignes qui se frôlent

parfois se télescopent émettent des particules de couleurs paradoxales elles sont à la fois noires mais présentent des éclats clairs semblables aux lignes percutées d’un diamant tombé

sur un sol de marbre il ne se brise pas mais ses brillances provoquent une saillie dans le sol qui s’ouvre pour quelques infimes secondes laissant entrevoir un feu rugissant d’âcreté soufflée

par un substance dont on ne sait pas si elle provient des résidus des corps putrides ou simplement de tous leurs désirs échoués qui se précipitent par la fente pour atteindre un ciel réussi

790

sommes nous dans le même monde puisque nous sommes plongés dans des lumières différentes un vert gris n’est pas comparable à un ocre rose les parentés sont superficielles car la lumière

pénètre profondément dans les chairs elle induit notre lien à la démence qui progresse sournoisement dans les tissus pour envahir aux moments des faiblesses ou des passions excessives les

couches de sédiments accumulées dans nos mémoires respectives pour les démettre de leurs raisons ou pour les faire sombrer dans des imaginaires comiques qui feront de nous des risibles

au point d’être moqués où nos discours n’auront plus qu’un poids de plume de moineau ainsi gardons pour cap une différence brutale afin de n’être à jamais des comparses sur le même parquet

771

sans lieu depuis qu’il avait bénéficié d’un non-lieu dans une affaire souterraine et sombre il priait Dieu assis aux toilettes Dames afin qu’on le condamne cette fois-ci pour des outrances exagérées

d’outrecuidances confuses à l’égard des magistrats épris d’embarras pour des affaires simples qu’ils compliquent aux pas dansés vites expédiées aux fonds des armoires de fer toutes peintes de

gris pour se confondre aux portes des tôles des cellules où se recueillent les repentis bavards d’avoir écrit sur des buvards le nom du coupable avec son cygne noir gravé sur le haut de son épaule

ici absorbé tout entier dans ce papier rosé taché qui boit sans cesse pour ne laisser que des signes qu’il faudra interpréter afin de connaître un peu de vérité sans qu’un jugement n’y soit impliqué

772

par saccades des basses denses d’un bal finissant viennent se briser sur le grand mur de l’usine fermée on est dimanche chaque sonorité prend des ampleurs exagérées induit des

couleurs plus charnelles les corps se libèrent des libertés semblent possibles mais dès la tombée du soir elles s’esquivent pour des motifs inconnus comme si chacun avait lancé de folles

invitations sans y croire des sentiments diffus contradictoires laissaient un goût amer dans la bouche pour avoir manqué un bonheur possible une jouissance aperçue vite le raisonnable

prend le dessus il ne reste qu’une nuit avant la reprise il faut être disponible avant l’heure par servilité au rendez-vous des machines des claviers et feindre d’avoir commis des imprudences

773

les humains sur la Terre remuent la terre avec des pelles des engins mécaniques jour et nuit parfois ils creusent des trous profonds ils ne cessent d’agiter ce qui devrait rester immobile ils ont

de bonnes raisons pour cela car leur but est de manger la terre peu à peu l’ingurgiter par bouches pleines sans la mastiquer pour la faire disparaître au fond de leur estomac afin de la rétrécir

tel un mouchoir de poche et pouvoir dire maintenant qu’elle tient toute entière dans nos mains jouons au ballon afin qu’elle voltige au gré de nos forces d’un lancer à l’autre rebondisse d’un

mur à l’autre pour la rendre saoule d’ivresse et comme nous se heurter au plafond de verre que nos tristesses cimentent chaque heure elle aussi doit connaître le désastre de finir en poussière

774

dans une maison haute un homme se cachait sous une table sur laquelle étaient déposés des alcoolats de menthe de citron vert sans doute ivre il avait fini par rouler au sol et prenant les quatre

pieds de la table pour un édifice antique avait trouvé là une demeure digne d’y reposer selon son aise ainsi allongé les yeux perdus dans les nervures du bois de la table il distinguait un lustre d’or

aux bougies éteintes éclairé par un astre lunaire projetant une confusion de gris approximatifs mêlés de mauves laissant figurer des brouillons de fleurs à peine écloses se croyait-il au printemps

que des oiseaux prirent pour cibles ses yeux ils en firent un repas de gel sucré en prenant soin de ne pas les tacher de sang afin de goûter le miel pur de cette liqueur parfumée de fruits macérés

775

là quand ce désastre cérébral est-il arrivé une fois de plus enfermé dans ce fond de cave où des humains n’ont qu’un trou pour apercevoir le ciel quand le volet n’est pas fermé l’expérience porte sur

la disparition progressive de la lumière bleue ainsi le volet noir s’ouvre par temps couvert afin de réduire l’arrogance du ciel azur dans ce lieu voué à la contrition où chacun est privé de geste enchaîné

aux murs de plomb pour que tout sentiment d’espérance disparaisse et creuse sous les voûtes crâniennes suffisamment de place afin d’y injecter toutes les scories nécessaires à la production des idées

nobles ainsi une classe de privilégiés avaient construit la condition d’un prolétariat moderne pour se défaire de leurs déjections cérébrales le monde ne cesse de s’agiter pour accroître l’excellence

776

il savait que vivre sans désir était d’une façon ou d’une autre renoncer à vivre il en éprouvait une aversion certaine mais de quel désir pouvait-il se prévaloir ou du moins se forger l’idée qu’il

valait la peine d’un effort d’une quête possible alors qu’il ne s’était approché d’un désir que pour le perdre juste avant son ouverture ses méprises ne cessaient jamais qu’à la fin il soupçonnait

qu’en fait de désir il n’en avait aucun face à cet abîme car ce n’était rien d’autre qu’une chute dans une béance informe où l’absence de durée nourrissait une mélancolie qu’il ne voulait pas

désigner comme une angoisse de proximité une sorte d’être équivoque dont le sexe était indéterminé importait peu où était-ce ceci dans cette topographie affective l’origine de son trouble

777

il ne suffisait pas de sauter au milieu des flaques d’eau fallait-il encore par surprise éclabousser ses camarades pour les voir embarrassés de rentrer chez eux les habits couverts de boue c’était

un jeu d’adresse où il fallait feindre de n’y être pour rien un véritable apprentissage pour les années à venir commettre la supercherie en toute irresponsabilité ne jamais avouer sa culpabilité

l’innocence affichée dans les gestes dans le discours et la victime passait pour avoir fomentée la stratégie de sa perte ainsi après avoir décidé de provoquer le maximum de victimes en plaçant

des cailloux de plus en plus gros sur les rails du chemin de fer je me suis surpris dans le miroir d’avoir le teint pâle un air léger qui donnait au visage une transparence prête pour une joie rapide

778

de l’enclos à la parcelle dentée le féroce commence dans la mâchoire ceinture sa roue de crocs d’ivoire aiguise les pointes puis d’un mouvement giratoire réplique son arène telles des roues

crantées auréolées d’une graisse liquide au goût de sel entraînent les autres mouvements du corps en premier les bras qui se déploient tels des leviers pour conduire les forces dans les membrures

des mains qui serviront de serres afin de saisir la proie pour en faire gicler le sang et tracer avec ses jets des cercles imaginaires tourbillons du vermillon à l’écarlate brunie jusqu’au cramoisi d’un

vin pourpre lancé aux gueules des puissants afin qu’ils condescendent à admettre l’horreur qu’ils déploient à faire danser les peuples au bout de leurs bâtons pour sceller l’agonie de leurs séjours

779

il est déconcertant d’entendre à quel point de vertige des hommes veulent par l’oralité expliquer le monde dans sa totalité autant celui qui nous fait face et sur lequel notre séjour est

compté que celui qui appartient aux aventures de l’esprit élaboré dans des langues particulières ils veulent nous conter ce que nous sommes des doigts de pieds à la cervelle avec tout le

fatras des organes et nous dire ce que cet organisme peut énoncer de vérité pour lui-même et pour des principes qui seraient reconnaissables pour tous ces hommes ne pourront jamais

dresser un miroir d’eux-même et de leurs psychés car leur genre n’est en aucun cas une totalité il leur manquera toujours une clef pour ouvrir la dernière chance celle de se priver de la voix`

780

un ciel laiteux envahissait la ville éclairant les intérieurs d’une lumière rosée qui se posait sur les bords des objets telles des gouttes d’eau glissant les unes après les autres pour s’accumuler vers

le bas des sols s’étaler en surfaces moirées envahir le monde d’une peau visqueuse hérissée de pointes acides ainsi naissait un animal dont l’ossature de béton enflait laissait apparaître ces courtes

écailles de cuivre cernées de zinc pour se mouvoir des bruits d’organes caverneux faisaient tressaillir les nerfs qui se convulsaient en boules puis éclataient aspergeant l’espace de jets d’urine qui

jaunissaient le granit des monuments qui peu à peu s’amollissaient au point de fondre dans l’eau du fleuve où des vestiges attendaient l’heure de remonter à la surface pour briser l’infernal risque

761

sur un échafaudage un seau de ciment bascule éclaboussant les étages d’une traînée grise sur le rosé du mur à l’aide d’un balai au manche

long un ouvrier consciencieux essaie d’enlever la salissure n’y parvenant pas se penche et tombe sur les poutrelles de fer en laissant échapper

un cri son corps repose à côté du seau tels deux frères qui se disputent sur un lit de dortoir finissent par trouver un accord pour feindre une

mort jouée le soir venu un chien errant vient renifler ce couple étrange immobile urine l’un sur l’autre pour les marquer d’une odeur commune

762

ils en sont venus à la liberté conditionnelle généralisée le camp jadis circonscrit à une zone définie était en tout lieu en toutes circonstances

il était inutile de s’échapper cette transformation fut si lente que personne n’en a éprouvé une gêne quand il fut avéré que les libertés étaient

toutes surveillées encadrées c’était trop tard pour agir les corps étaient connectés à leur insu par un dispositif invisible relié à une tentaculaire

administration dont personne n’osait évoquer le nom puis ce fut ce terrible sourire que chacun affichait sans pouvoir s’en défaire d’où venait-il

763

un soir perdu j’avais placé mes mains dans un chaudron de goudron chaud en espérant que la chaleur parviendrait à saisir les veines d’une onde

brûlante pour se hisser jusqu’au cœur refroidi par une tristesse survenue en longeant la rivière à la croisée du pont de pierre j’aimais cette lente

lumière de la pierre dans l’eau plongeant profond jusqu'aux racines des saules gourmands d’eau telle fut ma frayeur de voir ici dans ce puits frais

un brasier de couleurs monter des profondeurs pour surgir à la surface envahir les voûtes de pierre les rendre incandescentes d’un rouge de suie

764

des étoffes coutumières d’habiller le monde se lassaient d’être usées jusqu’à la guenille traînées au bout d’un manche en guise de

serpillière voulaient convaincre les nations pour devenir des étoffes de cimes brandies tels des étendards sur des lances appointées

de bronze en forme d’aigle afin de s’approcher des cieux c’était sans compter sur la vilenie des humains qu’on les vêtisse d’habits

neufs ils deviennent des dragons de fer clinquants comme des clairons massacrer les fortunes accomplies de rudes peines gagnées

765

où se trouver lavé de toute complicité dans ce cauchemar de cendre qui me colle au mollet prêt à mordre le muscle la jambe pour accélérer la cadence du pas vers la largeur du gouffre qui attend

les bras ouverts tel un ami fidèle qui sait attendre prendre patience le fardeau est inutile puisqu’il faudra se jeter nu sans aile dans cet océan où le néant demeure chez lui dans les profondeurs sans

fond où des épaves hésitent à se fondre dans les limons d’argile puis-je encore agir agile d’un saut franchir le point de mire où je ne serai plus la cible de ce cercle infernal qui danse sans cesse fait la

roue au-dessus du fleuve suis-je sans navire pour que mes mains s’agrippent en vain aux rames faut-il me donner l’ivresse d’un jour seul pour découdre ce linceul qui me sert de masque et m’ignore

766

chacun essayant de cacher sa contrition laïque dans ce labyrinthe de ciment et de poutrelles de ferraille glisse dans l’ombre déglutissant la rouille âpre qui s’accroche aux parois de la gorge

finit par produire des bouchons qu’il faut extirper cracher sous peine d’étouffer de suffoquer secoués de hoquets comme des tringles de fer qui tombent d’un crochet de grue le labeur accompli

se vautre dans la cage de ciment qui l’attend agglutinée dans des barres hautes alignées le long des autoroutes qui ceinturent d’un lacet rigide l’ancien estuaire recouvert de roche arrachée à

la montagne devenue plaine devenue sans nom envahie de bestioles qui infiltrent la peau tendre des enfants pour les transformer en épais ballons de cuir bosselé de ganglions orange ou bleu

767

le vent ramasse les poussières et les emporte au ciel mais les hommes avec leurs idées de machines toutes plus sophistiquées chaque jour émettent des substances toxiques ces nuages

ainsi chargés à outrance s’enflamment provoquent de gigantesques incendies que l’on ne peut atteindre ni éteindre l’air chargé de feu brûle les oiseaux qui tombent comme des pierres

ils font un bruit de choc sec sur les toits et rebondissent dans les prairies pour se mélanger aux herbes qui ignorent de quel massacre elles sont les témoins impuissantes elles voudraient

crier mais on leur marche dessus avec des semelles qui écrasent les plus frêles dans ce vacarme de bottes la plainte qui monte de la plaine est inaudible elle restera une diction sans nom

768

il est des insultes qui n’ont pas besoin d’être dites pour arriver sur leurs cibles elles sont celles que l’on adresse à son propre corps on devrait pourvoir le ruer de coups l’injurier quand celui-ci sans

avertissement de la manière la plus déloyale fait défaut et nous oblige à regarder toutes choses à travers un rideau de douleurs sans que nous sachions d’où elles surgissent nous assaillent nous

convulsent sans prendre la peine d’aucune précaution nous perdons toutes maîtrises devenus un clown aux services de la blessure du mal souvent roulés dans l’ignorance nous accordons à notre

corps des soins des gentillesses alors qu’il prend ses libertés de se défaire de se disloquer nous mettre à genoux rit-il à notre insu de nous voir défait rampant d’humilité pour une goutte de silence

769

parfois on imitait les habitudes des gens d’ici avec leurs voix discordantes nos gestes aussi avaient changé certains d’entre-nous se donnaient la mort dans les passages souterrains au-delà du

périphérique dans une attitude dénuée de toute tragédie c’était plutôt un apaisement un assouplissement des muscles ils donnaient les derniers ordres l’obéissance était au rendez-vous le ciel

blanc laissait la scène s’accomplir sans porter d’ombre sur cet acte qui n’était déjà plus qu’un souvenir éteint en fin d’après-midi nous éprouvions un peu de peine mais limitée à notre nonchalance

certains d’entre-nous ressentaient leurs membres inutiles souhaitaient être sans corps suspendus dans un vide tel un crochet de grue au-dessus de la ville avec dans l’œil un éclat de soleil orangé

770

les oiseaux aussi contournent l’étang ils ne se regroupent plus au-dessus de cette nappe lustrée lisse telle une patinoire de glace fine où

l’ivresse des courses découpe des cercles de nuées de givre ici lieu jadis des voltiges des acrobaties à tire-d’aile laissant dans l’air vif des

traînées bleuies règne un silence équivoque suspendu à la décision d’un juge qui hésite le coupable ayant si habilement enfoui la preuve

de son acte qu’il dissimule sous des nécessités imaginaires oubliant que ce délit d’eau empoisonnée hypothèque la durée du ciel serein

751

rejoindre la nuit au fond du monde dans l’épaisseur de la suie de là creuser une sphère tapissée de rubis voir le ciel rouge cerner de rose le lac gelé puis descendre dans l’eau profonde chercher le

livre perdu dans le navire échoué ses voiles blanches claquer aux vents conquérir les océans encore des cordages à démêler dans des lacis d’un autre âge soyez debout au bord du quai voir naître

l’aurore dans un ciel délavé par tant de pluie qu’il faudra imaginer des soleils d’aciéries où s’embrasent les torrents pour chasser les brouillards de confusions se laisser surprendre par les claires

décisions si vite venues que le rythme brisera le fer de tous ceux qui ont dit non ouvrez le fol espoir dans cette prison ici j’ai grandi j’y suis la clef est sur la porte mais je reste assis sur le banc noirci

752

admettre que dans l’acte d’entreprendre et plus généralement dans le travail il y a de la jouissance native qui est immédiatement captée par le capital pour les bernés dans ce jeu sans

équivoque qu’ils soient volontaires ou pas ne change rien ils resteront assujettis aux mesures du lieu pour s’y confondre afin que rien ne paraisse et que le recommencement du travail

puisse être indéterminé ou sans fin ils seront noyés plutôt bercés dans un flot de discours une bouillie d’émancipation qui sera toujours au dernier instant ajournée sempiternellement

toute entreprise est un rapt un vol où les aliénés ne posséderont jamais cet objet de jouissance dense qui n’est rien d’autre qu’une cavité trouée fente du capital par où passe la clef

753

sur un pont avec des camarades on lançait des petits cailloux pour voir se briser les pare-brise certains de réussir on visait sur les deux axes afin de parvenir au plus grand fracas d’un pêle-mêle

de fer et d’os mélangés une bouillie urbaine torturée par les clac sons restés tonitruants un vacarme d’orchestre pour danser sur le pont emportés par l’ivresse nous qui n’avions que nos sifflets

pour tromper notre ennui si fort si grand partis au loin on voyait encore des fumées des étincelles monter au ciel on applaudissait des mains si vite qu’il en jaillissait des gerbes de sang si jolies

qu’on les prenait pour des anges rougis par la honte d’être descendus si proches de nous pour vouloir le meurtre sans arme ni haine simplement pour imiter les hommes qui tuent si facilement

754

on aurait dit un animal pris dans un piège puis il a arrêté de trembler assis dans une cuisine sur une caisse de plastique nous sommes entrés il n’a pas levé la tête enfoncée dans un tissu

blanc tâché de sang puis une voix a dit il ne faut pas qu’il se lève il est assis sur un explosif au moindre mouvement nous nous transformerons en miettes de chair dans du ciment alors

nous avons attendu la nuit et d’un geste brutal nous l’avons poussé lui et sa caisse dans le vide l’immeuble a tremblé puis nous avons enlevé avec des linges la poussière sur nos yeux salis

chaque jour le ciel étire ses bras pour arracher des vies aux humains épris d’au-delà tous haïssent l’ici de cette Terre qui ne demande qu’une chose se débarrasser de l’espèce humaine vite

755

ceinturé par des sangles de plomb au fond d’un abîme un être parvenait à ouvrir les yeux dans ce liquide laiteux peuplé d’une faune agile nacrée d’argent aux brillances blanches donnant

des lumières par point luisants sur un fond de roches noircies par la proximité de laves tumultueuses prêtes à bondir pour ensevelir corps et âme cet être sensible qui n’avait fait que suivre

son trouble devant la beauté passagère d’une candide frêle un jour de clarté dans une alcôve tapissée de velours cendre faut-il être ainsi enseveli vivant par les meutes habiles serviles aux

Maîtres des bonnes tenues alors que la fange souille leurs membres savent-ils qu’il n’est point de liberté sans la passion des actes infinis qui ne mesurent rien sinon l’extravagance du don

756

personne ne pouvait dire qui avait donné les coups les polices sans doute ils se tenaient maintenant à distance pour éviter d’accroître la colère des manifestants certains venaient près du

corps puis la main sur la bouche restaient figés de stupeur d’un simple regard chacun pouvait mesurer qu’il n’y avait plus d’urgence il valait mieux que le corps reste ici exposé aux témoins

aux photographes le placer dans un véhicule de secours aurait été d’une lâcheté insupportable capable d’apporter une violence secondaire inutile une lumière hésitante tantôt bleue puis d’un

jaune insultant donnait au corps étendu une volatilité prête à la moindre étincelle d’enflammer l’espace de vitrifier la scène tel un bloc de cristal pénétrant chaque chose chaque veine sans bruit

757

pour oublier le flot des informations il se dirige vers les hangars de Red Hook ici toutes les publicités ont disparu personne arpente ces lieux déserts les murs unis sans marque précise les

rares ouvertures sont recouvertes de contre-plaqué ou peintes afin que l’on ne puisse pas voir les marchandises déposées de dissuader les convoitises il marche sur le blanc du trottoir qui

reste étrangement propre parfois aveuglé par les réverbérations de ces grandes surfaces peintes claires une vision survient brusquement à lui couper le souffle elle entre par la gorge avec

vigueur s’enfonce dans ses poumons avec un air glacé transportant des cristaux de neige qui raidit le corps il devient pour un instant une lame froide plantée dans un chaudron de lie lisse

758

penchée sur le marbre d’une table j’ai cherché dans les veinures ocre des traces de sa présence sur un bord un éclat une brisure faite avec

sa hache de fer sonnante telle une cloche d’église c’est ici qu’il fut retrouvé avec ses mains liées aux pieds tournés de la table la poitrine

ouverte laissait voir le cœur rosé suintant une liqueur blanche légèrement transparente tel le lait d’un sein à recueillir j’ai goûté la plaie

saisi l’organe encore agité par des souvenirs où pour la première fois nous nous sommes baignés nus dans la rivière aux clairs reflets jaunis

759

le soir venu le monde de la cage s’abattait sur les derniers passants qui avaient eu l’imprudence de flâner devant les vitrines oubliant l’heure tardive l’oxygène était devenu si rare qu’il

n’était plus possible d’alimenter les villes de cette précieuse substance ainsi les retardataires finissaient par tituber tels de vils ivrognes en zigzagant d’un trottoir à l’autre heurtant les

parc-mètres certains tombaient laissant choir leur tête contre les bouches d’égout qui éclataient comme des fruits mûrs le matin les nettoyeurs avaient fait tout disparaître l’oxygène

libre revenait avec la montée du soleil il n’y a là rien de cruel les humains savent se meurtrir pour continuer à survivre même dans les pires conditions ils inventent des chansons douces

760

au milieu du jour déchirant ses nuages le ciel laissait voir une étrange forme veloutée de noir s’engageant par une ouverture choisit une boue terreuse de sable rude afin de rapper sa surface

pour lui donner des brillances de nacre en vain elle se retirait furieuse éjectant un liquide puissant cherchant d’autres orifices pour parfaire sa besogne d’atteindre au mieux un luisant grainé

de soupe chaude ne trouvant rien d’autre qu’un puits profond et sec racle sa peau jusqu’au sang brûlant ses veines elle se redresse surprise de retrouver dans le ciel la fraîcheur vive d’une anse

de brume soutenant une vaste étendue d’agiles particules grésillantes d’électricité elle trouve là les secousses à son usage pour limer sa surface devenue dure perce le firmament impassible

741

des tulipes dans un jardin inondé on ne voyait que les fleurs et leurs reflets dans l’eau plus loin un visage à-demi recouvert paraissant transporter une charge lourde une silhouette vacillait

sous le poids le pas glissant la charge fit un bruit de mollesse feutrée pour s’enfoncer dans la boue puis disparaît pour resurgir un peu plus loin seule telle une embarcation funeste hésitante

à prendre de la distance avec son attache un vent se lève et donne assez d’aisance pour qu’un sillon d’eau se creuse laissant sur ses bords des étincelles de cuivre la charge se redresse pour

un envol au-dessus de la futaie d’ormes arrachant aux feuilles dentelées de la verdure nacrée ainsi costumée traverse le ciel c’est mon voyage dit-il je veux sombrer un jour de déluge calme

742

d’ici cela certainement pas au juste c’est encore cela qui fera l’essentiel du discours à moins qu'il se trompe lui-même ce qui est fort peu probable toute fois faut-il en venir aux faits le temps

a assez duré des atermoiements qui au mieux ont provoqué les tourments que vous savez il y est pour quelque chose certes mais on a exagéré les faits les accusations étaient pour le moins

que l’on puisse dire très orientées fallacieuses à son égard il a assumé tant bien que mal mais le mal ici absent ronge ailleurs des responsabilités il y en aura toujours il a su en temps approprié

savoir ce qui fallait en dire du discours de l'âne supposé savoir justement la leçon d’avance c’est Lui il suffit d’apprendre en le suivant un pas ici un pas dans la tombe le jour se lève avec sa mort

743

ce n’est pas un hasard si une fois le héros disparu elle communique avec le narrateur l’unique personne à avoir goûté la saveur de l’exil parce que le mensonge est dans la ville tous vils en péril

nous nous réunissons pour former des cercles pour l’écouter prononcer ce qui fut notre plus grande déception je n’ai pas de clarté acquise mes mains dans l’obscur saignent des flots d’âpres

liquides que des innocents dans la méprise prennent pour des breuvages aux délices hallucinogènes j’ai perdu mon visage dans des gouffres amers de certitudes élaborées par la convoitise

d’obtenir un répit aux tornades souterraines qui affolent mon sang troublent ma vision des monstres aquatiques squelettiques aussi sots que des averses d’aiguilles percent mon cœur assiégé

744

en passant par les collines de bruyère nous avons longé la forêt parvenus sur la hauteur l’herbe est devenue fine telle la fourrure d’un animal soyeuse et sèche puis les discussions ont repris

pour couvrir le silence des lieux les humains dans la nature ne savent que faire de toutes ces étendues inutiles au mieux ce sont des réserves d’air sain des oxygènes libres qui tôt ou tard seront

un jour prisonnières des chaos infâmes des villes qui pourtant sont les seuls lieux de l’excellence transmise ou retrouvée ainsi le créateur de ce monde tient à distance la nature et la condition

humaine en tout point sur ce globe nous sommes des exilés permanents chassés sans lieu d’élection sans solution d’attente contraints d’imaginer un soi intime seul exil intérieur et loué

745

destin pourquoi m’as-tu abandonné le plus grand péril pour les humains c’est d’éprouver la perte d’une trajectoire particulière être laissé à la malédiction du banal ce non-lieu où l’empire

du grégaire fait sa loi réduit chacun à l’insignifiance où le seul échappatoire est de s’en remettre à la chaleur du troupeau une condition d’étable les pieds dans le purin la paille et la canaille

les cliquetis des chaînes l’abattoir au bout du couloir sans jamais le vouloir le pressoir visse prend la chair en étau les épaules se rejoignent pour ne faire qu’un tronc de nerfs gluants d’un

jus salé amer collant de la poiscaille empoisonnée à la liqueur commune Dieu du magma et des hirondelles arrache mes veines de ces lacets putrides pour les fleurir de lacis de soie dorée

746

le système économique est orienté vers le capital parce que la puissance partagée par un petit nombre de personnes est indispensable vitale ne pas admettre cela c’est décider qu’une

boussole ne puisse indiquer les pôles il faut une attraction forte pour propulser l’ensemble des humains que serait un voyage terrestre si il y avait une multiplicité d’attractions polaires

certes la géolocalisation peut se passer des pôles mais pour mettre en place les satellites ceux-ci restent utiles de toute façon notre décision est qu’une force doit enjoindre l’humanité

à suivre et prendre pour modèle l’accumulation de capital et nous en sommes les gardiens afin que cette force ne puisse s’affaiblir par la partition de ce rôle évidemment c’est une farce

747

le principal objectif de cette existence est de sauver sa peau par l’application stricte d’une règle permanente l’égoïsme doublée d’excitations toujours plus fortes pour échapper à l’ennui

qu’elles viennent de soi ou de son entourage pourvu qu’elles ne cessent pas c’est le bonheur assuré les jours où rien ne vient perturber la journée il suffit de lire les médias ils égrènent un

cimetière de catastrophes suffisant pour rendre la vie urgente et précieuse si vous croyez une seconde aux chansonniers du fameux vivre ensemble vous sombrerez dans la torture le mal

de vivre et vous ferez le bonheurs des pharmaciens tous ces pleutres ont fait ma fortune voyez comme je suis gras et bon reprenez encore un peu de mon absinthe avec un doigt d’acide

748

chercher un refuge pour n’avoir jamais trouvé un accueil nul part toujours hors dimensions jamais à l’heure dite dépourvu d’objets de convoitises les mains nues abîmées pour avoir traîné sur

le goudron à ramasser des cartons jetés des morceaux de fer puis à la hâte les assembler pour construire une impossible demeure que l’on charrie tel un boulet de fonte hérissé de crocs les

veines gonflées par la peine éprouvée avec en place de cerveau un cirque de clowns aux bras de fer aux manches de plumes riants par éclats d’une solitude brisés par la voltiges des tambours par

la voyance claire de l’éphémère trajectoire de la flèche avec à sa pointe de poison attendu le cyanure idéal aux seins nus de paradis des gouttes de sang aux perles d’azur je veux oublier le séjour

749

j’ai gardé en secret un ruban de soie rouge bordé d’un fil carmin trouvé au bas d’un escalier en ville sans doute détaché d’un paquet précieux qu’une heureuse bénéficiaire avait laissé choir

il a fallu du temps pour revenir sur les lieux le ruban avait laissé sur la pierre une tâche de sang depuis je guette les passants pour deviner si l’un d’eux pourrait durant quelques secondes être

intrigués par le probable indice d’une affaire de jalousie de chantage ou de meurtre seul un chat est venu sur la pierre son ombre sur le sang assombrit la couleur qui vire au brun tel un morceau

de chocolat tombé d’un goûté d’enfant revenant de l’école elle s’est assise là pour avoir oublié la clef puis ouvrant son cartable elle plonge ses mains fines pour en sortir un couteau large tâché

750

chaque naissance ouvre un monde d’informations complet jusqu’à la mort tous les éléments sont déterminés sans pour autant être accessibles telles les pièces d’un puzzle éparpillées dans un ciel

conceptuel dont nous n’avons pas la formule ni la maîtrise du lieu parfois sans chercher nous découvrons un élément qui s’emboîte parfaitement au déjà vécu et prolonge notre existence d’un

pas de plus cela peut être un objet ou une idée qui tout d’un coup s’offre à nous et nous surprend par la justesse de l’imbrication de la jointure avec l’histoire temporaire de notre récit qui est la

singularité du soi qui s’expose ainsi au jour sans qu’un acte délibéré ou volontaire puisse en être l’origine notre vie est une constellation dont il faut rassembler les étoiles invisibles et certaines

731

l’homme qu’il fallait là n’est plus puni par l’insolence des arrogants tous plus ignorants les uns que les autres ont vu sa peau pâlir vite

qu’ils ont roulé autour d’un cylindre afin de la tendre fine pour servir d’abat jour un soir de tendresse dans la chambre opaque tamisée

de taches brunes j’ai gardé de lui la véhémence claire de ses à-propos lucides et convaincants je maintiendrai le silence auprès de sa

tombe vermeille au lieu dit charmoie près de la rivière laissant les clapotis couvrir les haines puis sombrer au puits profond du vol libre

732

dans les pentes herbeuses des sillons creusés laissaient apparaître des filets d’eau qui allaient alimenter un chemin d’ornières gorgées de boue où des aliénés privés de leur droit d’errance

creusaient des tombes sur les bas-côtés afin de laisser assez de place au passage des vivants dans cette marche volontaire la mort foudroyante faisait des ravages incessants à tel rythme

que le cortège finissait par s’amincir pour se perdre dans l’épaisseur de cette terre mouillée pénétrante et froide personne ne savait si l’effort conduisait aux terres décrites par les passeurs

des sourires vite transformés en grimaces pouvaient laisser supposer un désastre en d’autres lieux on s’agitait pour affiner des règles que tous savaient inutiles les hordes n’ont pas de sol 

733

je n’ai rien appris de la tristesse autant que je m’en souvienne elle fut avare à ne donner que des miettes distribuées dans le vent qui sèche les sanglots pour vous rendre idiot au saut du lit après

la nuit perdue à retourner sans dessus ni dessous des rêves qui ne valent pas un clou le matin étourdi il faut du temps avant d’arriver sur cette Terre qui paraît étrangère et sommaire comme s’il

lui manquait de l’aplomb tout semble de travers dans cet univers de lumière solaire insolente sans prudence elle vous aveugle avec sa vérité débordante d’arrogance et pleine de manigances pour

n’y comprendre rien je préfère les canulars et les pétards rester toutes la journée assis caché au fond d’un vieux placard à dentelles à regarder des livres d’images où parfois il manque une page

734

pour avoir été drôles ils n’en étaient pas pour autant moins immondes des commerces illicites ils en connaissaient une bible entière tous savaient s’enrichir sans conclure aux moindres efforts de

la souplesse disaient-ils rien que de la souplesse dans le butin extorqué une bande d’intrépides grugeaient toutes les confiances allant d’une forfaiture à une cruauté organisée dans le velours ce

fut une aventure véloce où chacun ressortait gagnant silencieux comme des papes sachant convertir les bavards aux sacrifices des mensonges sinon la frappe pouvait sévir telle une trappe de fer

couper net les muscles et les os ainsi le cumul de la somme gagnée renforçait les stratégies ahurissantes échapper à la besogne voler un maximum fut leur enseigne que les puissances disposent

735

le ciel parfois se glace telle une pierre dure et vient vers nous nous presser contre terre comme des fruits alors un jus coule dans les creux pour former des entonnoirs qui s’enfoncent au

fond de la terre ce jus bouillonnant resurgit sur les marbres des fontaines laisse des traces brunes qui font penser à des pièces d’or étincelantes à travers l’eau brillante au soleil d’hivers

ainsi une chance nouvelle se donne offre la multiplication des possibles nous sommes là presque éberlués d’être aussi sûr de soi franc et dur comme l’ébénier chaque chose est à sa place

dévolue l’œil découvre la complicité des formes et des espaces liés ensemble pour nous montrer progressivement le dévoilement des cœurs de la pierre de la cruche de terre du fol esprit

736

les enfers n’ont pas tous des chaudrons bouillants et des tonneaux de sang celui-ci se glisse dans le banal séjour épuisant où rien ne figure à l’ordonnance du jour ici rien n’est médiocre tout est

suspendu au rien d’une langueur interminable qui s’étire sans mot dire le mauvais n’existe pas c’est seulement supportable si l’on éprouve le très peu qui telles des fumerolles évanescentes traversent

la brume légère qui remplit de ouate cotonneuse les tympans indifférents distinguer quelque chose cela vaut-il encore la peine de se pencher de ce qui reste de sol ferme d’assise sur lesquels un

piquet pourrait tenir debout on cherche l’appui un organe moins fluide que les autres puis vient la sérénité par défaut ce n’est pas un renoncement à quelque chose un vide sous les cieux silencieux

737

les hommes souvent dociles élevés dans la peur prennent des poses droites alignés comme des bougeoirs près des murs chauffés par un soleil distant ils se distinguent des lézards verts

si sensibles aux moindres bruits furtifs ils ne supportent pas d’être observés par des intrus qu’ils soupçonnent à juste titre de malveillance car ils sont vulnérables fragiles mais les humains

dociles se savent indestructibles il leur  importe peu d’être pris pour des clowns ou des pantins de chiffons que l’on agite aux bouts de ficelles célestes dont personne ne connaît l’origine

la nuit des temps est en eux ils n’hésitent pas à instrumentaliser l’histoire pour se forger des convictions supérieures afin d’imposer leurs sentiments d’éternité exclusive donc absurde et vile

738

il pleut dans la nuit comme il pleut en plein jour sans bord défini la chaussée décline sa pente il marche sans pas pressé sans but il marche les bras fermés sur une brassée de lilas qu’il porte

contre lui afin de comprimer ses poumons essoufflés épuisés par une si longue marche espérant qu’un cri sorte de sa gorge et déchire une fois de plus l’espace cette nasse qui se referme

constamment sur lui qui l’isole au point de n’être plus de ce monde cette condition 'ambulance' où les images défilent telles des leurres au rendez-vous précis d’une chance plausible mais

tournée vers un lointain inachevé combien de jour mettra la perte à enfoncer sa lame afin d’atteindre le cœur qui supplie d’en finir avec cette lumière exagérée d’un bateau ivre étincelant

739

l’apparaître ce qui vient vers nous en images n’est pas réel ce sont des fantaisies récréatives pour nous distraire de l’âpreté d’un sentiment obscur qui ne veut rien savoir de la perception

immédiate nous soupçonnons que l’apparence à son revers une face cachée comme sont les visages qui ne donnent que partiellement des informations sur la personne et qui le plus souvent

nous trompent de cette méprise nous avons appris à nous défaire des illusions des croyances qui de surcroît veulent nous montrer ce qui tout simplement n’existe pas des leurres purs et

simples des mirages qui comblent notre désir de voir vite une vérité à portée des mains c’est admettre la solidité du sable constitué de pierres dures mais dans sa nudité il ne cesse de fuir

740

des audacieux malicieux obséquieux cachaient leur justesse par des manières outrancières provocantes dans le but d’être pris pour des détestables jalousés afin de séduire un monde replié sur les

conventions mais qui les accueillait avec gourmandise ses énergumènes excités par tant de protocole se conduisaient comme des prolétaires à qui la chance s’ouvrait sans méfiance et voyaient pour

la première fois un monde riche occupé à des savoirs vivre laborieux précis afin de mettre chacun dans la règle et l’ordre des Maîtres ici l’obéissance tenait pour être un acte de religion certes vidé

de toute transcendance mais érigé verticalement par un chef élu démocratiquement puis vint la salle des miroirs tous surpris par leur reflet brisent les glaces de verre par jeu des courants d’air lents

721

des girandoles de liquides stridents blancs comme des laits chauds au dessus de tissus soyeux dansaient en laissant des spirales de

nacre envahir l’espace telles des giclées de laves bondir formant un manteau de givre sur les bouches mouillées avec des senteurs

d’écumes de sel où les chairs présentées prenaient des poses droites voulant par leurs arrogances parfaire leurs désirs somptueux

d’être invincibles devant l’étroite porte qui conduit au gouffre sur lequel des créatures diaphanes se frôlent en provocant l’éclair nu

722

des anges à Wall Street combattaient sur un ring étincelant encerclés de cordes sèches les gestes rapides accrochés les uns aux autres pour ne former qu’une chaîne lascive qui se déploie

tels des noeux de serpents sur des dalles de marbre blanc bordées d’un joint d’inox pour préciser la splendeur du lieu les reflets avaient des flèches qui traversaient les corps rendus agités ils

ils cherchaient à remplir leurs sacs avec l’oseille des autres en dehors de ces lieux qui jouaient leur vie pour un morceau de sucre industriel indispensable à leur durée de vie écourtée par

l’obstination de demeurer obéissants comme des loups de cave qui ne connaissent de la forêt que le bois des tonneaux de chênes viendra le jour suivant pour recommencer le manège sans fin

723

elle avait mis des violettes dans ses cheveux pour être comme elle le disait souvent prête pour le voyage puis pieds nus elle descendait l’allée jusqu’aux rives incertaines du lac où l’on pouvait

si l’eau était assez haute nager au-dessus de la vase pour se hisser sur le promontoire de bois une embarcation accrochée permettait de traverser cette étendue close de joncs et de là arriver

aux quais rougis par les dernières lueurs du bal dansant pour se mêler à cette jeunesse éprise de tourments effrénés avec pour seule attente provoquer l’autre de telle manière que la violence

surgissait comme agrippée aux corps en les projetant comme des aimants sur une tôle lisse le jeu était si joyeux que l’on pouvait à peine éprouver le fracas des chairs bleuies par les chocs secs

724

dans l’immédiat la peur avait peu d’effet à l’intérieur du corps il en était tout autrement un chevauchement d’organes convulsés par des secousses provoquées par les pressions des fluides

augmentait considérablement les tremblements tous contenus au point qu’à la surface de la peau rien ne pouvait être décelé elle restait douce au toucher et l’on ne ressentait aucun des

battements du cœur qui continuait à amortir les chocs sanguins les craquements de la colonne vertébrale induisaient des troubles de la vision confusions saccadées du lointain et du proche

qui s’inversaient rendant la perception de l’espace homogène sans profondeur ni immédiateté dans un tourbillon d’immensité formée de spirales qui ne cessaient de revenir sur elles-mêmes

725

lorsque un deuxième soleil est arrivé dans notre ciel tant aimé personne a voulu considérer cette apparition comme une vraisemblance chacun continuait ses activités c’est à peine si de temps

à autres les yeux cherchaient une quelconque anomalie ils ne semblaient rien trouver un deuxième soleil n’avait aucune chance d’être pris pour un surgissement cosmique acceptable pour les

humains qui ont toutes les peines à supporter les changements dans les techniques qu’ils provoquent eux-même alors une modification d’une telle ampleur ne pouvait qu’être ignorée sauf qu’un

homme seul sur le bord de la route voyant son jet d’urine briller comme une rivière de diamants s’aperçut que la vérité ainsi observée donnait assez de preuves pour cette doublure vive et dorée

726

l’ici gît était recouvert de givre dessous on ne lisait pas le nom la rouille de la croix avait taché le marbre qui penchait un peu vers le sud du cimetière en donnant un angle idéal pour tracer une

ligne droite qui se dirigeait vers le tas d’immondices amas de fleurs de fil de fer et de bouts de céramique rose et verte ainsi du fond de sa tombe pouvait-il  imaginer l’inclinaison tracée de la

pointe de la croix au tas de compost pour être moins seul dans l’état de pourriture où malgré lui il se trouvait placé par ses amis qui l’avaient accompagné ici sur ce territoire parsemé de blocs

chus blancs sur lesquels on écrivait des messages d’amour parfaits maintenant l’ici gît était recouvert de perles d’eau claire qui glissaient une à une telle une procession vers le centre de la Terre

727

des cossus voyageaient dans des carrosses de tôles peintes sur des autoroutes plates avec de chaque côté des paysages parsemés de trous d’eau donnant des brillances exagérées à la

monotonie du parcours parfois ils s’arrêtaient pour les toilettes ou le pain chaud beurré qu’ils trempaient obstinément dans des jus de fruits rendant le liquide graisseux laissant de fins

liserés moirés autour des bouches puis urinaient cachés par les gros camions sur l’herbe sèche assis de retour dans leurs limousines douces ils regardaient leur visage dans le rétro-viseur

incertains d’être les premiers dans la course à la fortune les muscles crispés par cette volonté mordante comme s’ils avalaient constamment un fiel sucré amolli tel un velours satin Sali

728

le sensationnel le formidable voilà deux choses absolument exécrables certes cela porte généralement ses fruits des corbeilles pleines à craquer de surcroît accessibles à tous c’est la fin du fin

pourquoi veulent-ils être abreuvés à la louche que le commerce gagne son pain il faut bien que la misère se dépasse arrondir le sac du capital c’est entendu delà les déversoirs de scènes toujours

plus inondant es tels des tsunamis je préfère la clairière dans un bois de forêt grande comme une coupe d’eau fraîche de quoi étancher la soif d’un oiseau ou deux c’est suffisant sous condition que

la clairière soit introuvable ou seulement après de longs parcours sans peine le labeur n’autorise en rien la découverte la gratuité de l’épreuve sonne le glas des obéissants aux cadences des foules

729

le temps passé dans la lumière est-il le mien pourtant il n’existe que parce que j’y suis quand je ne serai plus là mort le temps qui fut le mien aura-t-il encore une consistance quelque chose

de palpable une sensation qui resterait accrochée à un bout de n’importe quoi un os un moulin à café à moins qu’une vie soit simplement qu’une durée qui n’est pas découpée en unité de

nombre ni seconde ni année je peux fort bien éprouver ma vie sans la considérer comme un objet sécable après tout cette partition du temps est surtout une affaire de comptabilité pour

décrire des accumulations ou des répartitions toutes liées à la notion de capital n’ayant nul souci en la matière la durée est mon entrée dans l’espace non pas du temps mais de la lumière

730

curieuse approche d’un côté on considère l’indifférence comme une violence d’autrui qui suscite un sentiment d’injustice et de l’autre on passe sa vie à fuir à se cacher pour peu le bois noir 

de la forêt serait le lieu idéal blotti sur les épines de sapin on s’endormirait en sachant que les cimes tout la haut s’agitent dans la clarté du ciel serein ainsi le songe serait parfait le bois sec d’en

bas fournit un refuge sain une assise pour édifier la construction du rêve tandis que graduellement la montée des désirs hallucinés par le vertige des hautes cimes la tension presque électrique

entre ces deux phases laisseraient toute l’amplitude aux nécessaires évasions de soi pour accéder à l’étrange inconnu libéré de la carapace du corps pour gravir l’espérance d’être hors lieu ici

711

j’ai vécu dans la forêt dans le creux d’un rocher après avoir subi cet oubli cette ignorance si marqués dans la chair que je n’avais plus aucun souci pour rester un être parlant j’étais devenu

l'égal d’une poutre de fer le marteau n’avait aucune chance de me former aux civilités je suis resté proscrit dans l’humidité des moisissures des végétaux qui se décomposent lentement

avant leur transformation ici dans l’ombre l’idée d’être autrement avait disparu sans pour autant faire naître une douleur une mélancolie j’ai vécu comme un incarcéré qui s’étonne d’être

encore vivant pourquoi n’ont-ils pas fracassé ce crâne devenu docile je n’aurai pas protesté je suis las sans larme j’ai oublié de suivre les croyants du siècle c’est sans pardon sans mérite

712

le trépas d’autrui en quoi peut-il me concerner ici dans ce très bas bal de fine aventure près de la rivière où le goujon sert de repas frit la haute forêt pourrait me servir d’appui elle majestueuse

qui ne danse pas clouée au sol par la sombre racine quelques agitations dans les cimes seule la cognée fait valser le bois sec et hop à la vogue foraine tourner vite les roues multiples avec leurs

lampes de couleurs sans souci du lendemain dès l’aube la sentence attend enfournés dans les usines ces caches misères des sots qui préfèrent brûler leur vie près des hauts fourneaux comme

s’il n’y avait pas de sots métiers à la pelle les trois quarts sont stupides mais rien n’y fait la propagande le joujou des riches tord l’esprit et le corps qui tel le troupeau ne sait plus goûter l’ivresse

713

sur un sol gelé une abeille loin de sa demeure songeait à la répétition des cycles saisonniers qui ne s’inscrivent pas dans une flèche du temps mais dans un éternel recommencement les

hommes devraient prendre l’image de la Terre qui roule sur elle-même pour imaginer le temps car celui-ci tourne sur-lui-même et n’a pas de flèche ainsi pour les hautes cathédrales leurs

flèches ne représentent rien d’autre qu’une espérance de temps au delà du vivant faute du partage commun le temps tournoie sur un point qui n’est autre qu’un abîme une béance noire

et cristalline cette boule du temps croît et décroît selon les vicissitudes aventureuses des hommes faut-il admettre le perpétuel recommencement sans axe ni vertige du manège à la dérive

714

l’argent n’existe pas mais l’exploitation existe elle livre sa sévérité sur tous ceux qui sont persuadés du contraire parce qu’à tout moment nous avons la possibilité de vider vos coffres forts

il suffit que nous le décidions pour l’instant on vous laisse tranquille l’enjeu n’en vaut pas la chandelle vous y croyez ou pas c’est la même chose nous connaissons vos faiblesses et vos utiles

opportunités on ne vous laissera pas sans savoir ce que nous pensons vous devez comprendre que le monde a changé de mains les vôtres même si depuis longtemps vous ne vous en servez

plus ne retiennent plus le sable fin celui ci se répand sous vos pieds tel un paysage de dunes il suffira d’un seul soleil pour que votre disparition soit définitive les astres brûlants arrivent vite

715

le pan de mur jaune a disparu pour laisser place à la construction d’un immeuble de bureaux ils ont gardé l’idée du mur jaune sur une partie aveugle ils ont peint un jaune moins somptueux que

celui décrit par l’écrivain de la recherche ici le jaune est pâle même en plein jour il n’ont pas osé le jaune de Naples le jaune semble délavé mais c’est la couleur d’origine un gris coloré à peine

visible quand le soleil est au plus haut il se colore le soir et redevient un peu ce qu’il fut mais sa chaleur n’est pas égal il paraît perdu dans ces mondes de machines installées sur les toits pour

gagner de la place en dessous ainsi les gens vivent recouverts d’un manteau de tuyaux de caisses de fer avec des roues qui ne cessent de tourner le pan de soleil jaune est sans lieu sous les cieux

716

ils devaient vivre dans une alcôve avec des meubles anciens vernis et un chien recueilli au bas de l’allée c’est à la sortie de l’hiver qu’ils furent trouvés gisants les chairs bleuies par des morsures chacun

s’est prononcé sur l’incertitude pour tenter de déterminer lequel des deux avait consenti à détruire l’autre depuis combien de jours personnes n’osait regarder les restes semblaient mêlés au point de

supposer qu’ils puissent avoir des complices cela devenait probable on ne savait rien de leur présence dans cet immeuble confortable et bien entretenu quelques jours après tout avait été nettoyé il

restait les meubles qui ont donné lieu à un spectacle surprenant le voisinage voulait posséder le plus brillant le plus vernis pour décorer leurs séjours moribonds de lassitudes supportées acceptées

717

un sot fuyait le nombre sans céder à la meute qui le poursuivait il prit la direction du hangar de tôle enjambant les quais puis d’un saut risqué roule au bas du talus terrassé par sa chute il reprit

la connaissance du lieu pour fuir de-nouveau vers la haute porte de fer ondulé d’un effort puissant pris la chaîne robuste pour briser ses anneaux d’un pas pressé pris l’escalier où un seau d’eau

claire le fit chuter de-nouveau voyant son reflet dans la flaque fut saisi de brusque mélancolie et se souvint du silence du saut lors des exercices de ses premiers vols qui le rendit sourd au point

d’échouer pour être la risée de tous ceux qui ont une leçon d’avance sur lui jamais sot ne fut pris de honte qu’il fit irréparable geste de sévir son corps au bout d’une corde au-dessus d’un seau

718

l’idée déjà ancienne de construire une chapelle de cimetière en chêne lui vint un jour de peine éprouvé par l’isolement sur scène devant ces gens plongés dans le noir qui applaudissaient un

spectacle livré pour gagner son pain il ressentit l’horreur d’une telle situation il avait pourtant juré devant ses amis qu’il ne transformerait pas l’exercice de son art en vue de subvenir à la

nourriture il avait toujours pensé qu’il fallait impérativement séparer ces choses il y a un monde de la vie quotidienne égal pour tous la création devait être d’une autre acquisition initiation

mêler les deux conduisait nécessairement à l’horrible il le savait il avait commis cette faute la chapelle devait être son repentir son œuvre ultime sans possibilité de gain la clarté revint luire

719

je ne suis pas sûr d’être libre ni Maître ni esclave mais nu ici dans l’intermédiaire entre ciel et terre sans avenir sinon rejoindre les astres descendants cueillir une dernière fois les jonquilles de

printemps et demeurer immobile entre deux portes l’une donnant sur une alcôve fermée sans précision sans préciosité oubliée des galantes postures l’autre donnant sur un salon vert émeraude

défraîchi les murs lacérés aux cutters multiples d’un être rongé par des remords de n’avoir pas su parler d’autres langues et d’être resté dans ce lieu où seule la poussière grise gouverne l’espace

un lieu de clôtures abstraites qui dévalent jusqu’aux membrures jusqu’aux bois d’os rendu sec par la coulée du chagrin hors de soi comme une sécrétion honteuse d’espérance heurtée gisante

720

pour craindre les morsures de son hôte doué d’impulsions de survie il se couvrait de boue fangeuse limoneuse jusqu’à l’aveuglement afin de

se confondre avec l’immédiat des arbustes des mousses en ce lieu d’automne doux contre les rochers blancs sous le soleil brûlant il se tenait

debout afin de sécher les dernières humidités de cette parure puis dans l’attente de pluies torrentielles se livrait à des combats joyeux pour ne

former qu’une nacelle de membres où viendront prendre place des harpons de fer en guise de main pour crocheter le ciel candide d’ivresse

701

nous avons mis beaucoup de temps à ne plus y croire mais sans que nous puissions dater le jour  nous avons fait le pas nécessaire pour être à côté du monde juste un peu décalés pour

obtenir ce mur invisible nous percevons encore des bruissements sans importance qui se faufilent parmi les ombres ce sont des petites informations qui viennent s’écraser sur le sol

en laissant des auréoles dorées elles s’incrustent dans le calcaire du chemin et finissent par s’estomper signes disparaissants personne ne songe qu’ils pourraient encore agir sur nous

parfois nous ressentons des fourmillements dans les jambes seraient-ils capables d’atteindre nos cœurs de les lessiver une nouvelle fois de les fondre dans une épaisse soupe de sang

702

la chance parfois elle brille elle est là proche sa chaleur douce rentre dans le corps on peut la sentir s’installer à l’intérieur comme si elle était chez elle alors la vie prend des tournures de joie

indicible chaque pas est gagné progressivement tout peut devenir possible il suffit d’avancer les portes sont ouvertes les murs franchissables apportent toutes les informations nécessaires

inutile de demander sa route les arbres se déplaceraient presque pour ne point faire d’ombre les nuées hautes dans le ciel savent calmer les sombres nuages pour un instant l’éternité est là

à portée de mains trop vite le corps devient parlant et veut ravir pour toujours ce qui n’est qu’un intervalle entre les mondes puissants de la destruction il aurait fallu un pas d’oiseau se taire

703

je n’ai rien appris fichez moi la paix je ne veux rien savoir en ce qui concerne ma jouissance ce n’est pas par crainte que ce type de connaissance pourrait l’altérer ou la faire sombrer dans un

trou quelque chose d’une béance sans fond un cadavre au sang noir je ne veux rien savoir d’elle ainsi je ne décide rien de son usage je la laisse à ses caprices le corps suit ou ne suit pas il se peut

qu’il en soit épuisé la régénération se fera le corps toujours renouvellera sa demande et mettra ses forces et ses malices pour parvenir à atteindre son but qu’il se heurte et trébuche il en sera

toujours ainsi le désir ne cesse d’échouer la demande est inépuisable le gisement au-delà des forces cosmiques sempiternelles danses cadences effrénées sans capitalisation le vide est là joyeux

704

j’ai perdu des forces et ils n’ont rien fait assis près d’une pierre à peine jolie je l’ai emportée dans la maison posée sur l’oreiller je me suis endormi longtemps je sais qu’elle respire sans bruit

qu’elle est totalement indifférente à ma condition d’humain ballotté dans cette océan historique qui mélange ses proies avant de les jeter sur les rochers j’ai essayé de ramasser tous mes

nerfs mes vaisseaux sanguins pour en faire un récif une embarcation un navire un vaisseau sans gain brûlé lui aussi afin que la cendre se disperse au-dessus des vagues tumultueuses elles

n’ont pas pu me saisir j’ai dansé par dessus la houle la falaise venant j’ai embrassé son calcaire pour solidifier mes os qui maintenant triomphants dans le ciel heureux combattent cette haine

705

mon sang je l’ai donné ou je l’ai perdu ainsi je vais transparent les chairs sans ce précieux liquide deviennent diaphanes puis virent au violet pour enfin se mettre en habit de cristal ainsi longeant

l’allée de lilas je donne encore des reflets mauves puis sous l’été criminel je luis d’éclats aveuglants et passe pour un orgueilleux sans honte d’être là pour rien qu’un feu de givre sous le ciel d’azur

les autres mes semblables ont peur il savent que je brûle venez que je vous embrasse vos bouches partiront en brasier d’or incandescent approchez jeunes de tous sexes sachez que vous serez

sans retour dites adieu à vos maisons ici point de demeure domestique la joie n’a qu’un jour rempli ainsi qu’un bloc d’orchestre éprouvant l’enfer de son Maître c’est l’envers de la nature ou rien

706

souviens-toi de cette idée que la vérité tant recherchée puisse se concevoir puisse être un possible accessible à la dimension d’une vie humaine aujourd’hui la chose est inconcevable ils ont jeté

la vérité aux chiens affamés c’était pourtant leur seul os nous en avons encore des souvenirs ils deviennent chacun un peu plus minces certains se contentent d’un petit morceau qu’ils gardent

en secret et puis un jour rien les poches sont vides il ne nous reste plus aucun petit caillou il sera impossible de retrouver le chemin d’accès fuir en avant pour se heurter la tête lourde contre le

mur où les affiches fleurissent pour nous conduire vers l’amas des marchandises toutes en voie de recyclage le crime sera parfaitement accompli on aura vécu pour rien éparpillés dans la nuit

707

au fond d’un bois vert et noir gisait une outre en peau de bouc cousue main recouverte d’un tapis de feuilles mortes sous un amas triangulaire de branches enchevêtrées les unes aux autres

tenues par des ligaments de chanvres aussi ténus que des cheveux d’adolescents cet abri où la pluie avait ses passages tenait de lieu de rendez-vous pour des rencontres animales ici point

de morale sévère le lapin et le loup le poussin et le renard entretenaient des relations civiles car tous savaient où était le trésor divin un breuvage défendu à l’aide d’une paille creuse chacun à

son tour aspirait le liquide précieux venu de je ne sais où du centre de la Terre ici l’ivresse venait d’en bas du profond qui ne donne pas son nom qui n’est pas vénéré mais dont la liqueur excelle

708

sur un lac gelé elle était là debout avec ses oiseaux aux mains telle une cage qui protège et laisse la liberté au dehors agir au gré des passions emportées par leurs tumultes incessants qui

martèlent le cœur de ceux qui depuis longtemps glissent sur le monde telles des embarcations sans attache ni sueur ivres de leur statique verticale ils respirent et donnent la paix sans rien

en retour ainsi qu’une source qui abreuve autant l’aveugle et l’ignorant que le lettré savant nul distinction aux genres des humaines conditions toute notre pédagogie repose sur le silence

inutiles discours seule la justesse de la pose précise notre messe de toujours parler aux oiseaux eux seuls vous apporteront la sérénité du jour permanent qui brûle les ombres des vivants

709

l’hôte est ici qui n’est pas un autre si je suis libre il l’est aussi si laid que par un acte délibéré le miroir se brise je n’ai plus l’ombre que je cherche dans le dos souvent le nez au soleil je respire par

intervalles je lui laisse encore un peu d’espace pour qu’il demeure à mes côté mon hôte invité voici mon accueil prend ce qu’il te plaît dans mes ossements épars je ne veux plus vivre le brûlant

été sous la voûte des fours crématoires laissez mon corps entier cueillir la terre sèche la racine qui crève ma peau pour se nourrir des liquides puissants qui agitent encore mes idées d’avoir été

au moins une fois précis pour connaître l’indicible raison de ce séjour sur cette Terre sans nom qui nous ignore et roule nos chairs  dans son ventre chaud laissez l’ortie ulcérer mes désirs perdus

710

des cendres froides au bas d’un escalier l’urne avait roulé au bas sans que nous y prenions garde elle nous avait échappé tel

était encore vivant son souvenir avec ses échappées nue dans l’escalier elle était déjà au bas que nous étions obligés au point

de cesser toute activité pour la rattraper avant qu’elle ne traverse la rue de courir au risque de chuter avant de la perdre dans

la ville où la nudité était la convoitise de tous un nu descendant un escalier voilà ce qui reste d’elle étincelle de cendre perdue

691

les serviteurs n’en finissent pas de servir roulés dans l’opaque buée d’un capitalisme inhumain ils sont heureux graisseux mais heureux fiers parfois ce qui les rend pathétiques comme des

novices qui courbent le dos à l’entrée des portes ici elles n’ouvriront que sur des cellules d’enfermement mais décorées en salles propres ou en bureaux paysages la perspective moderne

se chargera de leur montrer de quoi il en retourne quand l’obéissance n’est plus là dehors à la niche sans toit ni soupe sans crédit finie l’opérette pourtant on les habille en circonstances le

velours est absent mais l’habit aura son signe son appartenance à l’écurie continuez d’autres sauront user de l’aubaine encore un effort et le riche parvenu versera le parfum dans l’océan

692

au cœur de la ville à deux pas du centre ville assis au fond d’une alcôve il reste là dans la puanteur de son abandon d’une mission imaginaire pour établir une liste des oiseaux qui survolent la vallée au début de la saison morte

d’épouvantables ordures salissures de toutes sortes graffitis innombrables recouvrent les murs les étagères formant une muraille des rideaux épais clôturent l’espace dans un gris sombre profond des oiseaux il n’en voit aucun penché sur lui-même il parvient à trouver un petit espace d’où il pourrait imaginer quelque chose d’universel tel un concept pour construire une échappée ludique une clarté avantageuse pour son repli incompréhensible il aperçoit un semblant de forme il s’approche il sent des griffes pénétrer dans ses chairs il sait le destin et ne résiste pas le miracle est là le désespoir flamboie tel une torche vive le soulève irradie ses veines pour atteindre le ciel

693

étions-nous encore persuadés qu’un pareil bouleversement puisse encore maintenir le peu de solidarité qui restait des mots d’ordre il y en avait partout mais personne ne savait d’où ils

provenaient tous obéissaient avec la docilité des chiens sans soupe ni écuelle décidés à sauver leur peau certains provoquaient le désastre sollicitaient le ciel d’un déferlement de blocs

d’éclairs limpides par les vitres on regardait les arbres mouillés les moisissures s’étendaient lentement au milieu de la rue des caisses de bois oubliées vides encombraient le passage un

enfant seul remontait l’allée il portait une inscription dans le dos ‘plutôt la débauche que l’embauche’ au dessus de sa tête une lumière violette électrique luisait tel un gyrostat lubrique

694

par bien des égards ce monde est parfait mais est-ce pour autant que je suis de ce monde plutôt je suis en ce monde mais je ne me reconnais en rien de ce que j’observe des pratiques qui

s’élaborent sans cesse alors que toute ma personne est tournée vers aucune attente qui suis-je ici si je n’attends rien ce monde est toujours en attente de quelque chose d’un progrès d’une

transformation qui fera le bien ou le meilleur du bien selon la médiation ce monde en face de moi qui n’est pas le mien en dépit de ses promesses toujours déclarées ne change en rien sa

force de destruction je la ressens et je lui tourne le dos pour ne pas être vu pour qu’il ne me reconnaisse pas pour lui ôter ma joie souveraine dont il ne fera qu’une bouchée s’il l’aperçoit

695

un rustre brut aussi lourd qu’un pilon de forge tournait le dos à la fenêtre d’une paisible demeure pour oublier le monde chacun de médire sur cet homme aux mains larges fortes pouvant

briser le col d’une bouteille avec les doigts imaginait des travaux d’horloges aux dentelures fines comptant le pas du monde rien en lui de mauvais mais tous de dénoncer sur ces manières

les plus vils projets le ciel observe mais ne dit rien il laisse les civilisés à leur breuvage nourrir leurs estomacs remplis de vengeance prête au crime innocent ils feront des circonstances un

alibi sur mesure la sentence devant le juge est tombée abrupte tel un couperet ‘un homme de solitude quand il crache il crache sur personne regardez le bas de vos chaussures elles brillent’

696

il avait pris l’habitude de regarder par la fenêtre parfois il se risquait jusqu’au balcon appuyé sur le garde corps il ne pouvait se détacher d’une idée qui depuis toujours le hantait pourrais-je

accomplir quelque chose d’impossible pour les essais je pourrai commencer par un objet simple mettre le feu à une brique réfractaire se précipiter dans le vide était trop facile avec des

conséquences qui ne permettaient pas d’évaluer la réussite vaincre l’impossible mais d’une façon que mon corps tout entier puisse éprouver cette liberté de la totalité des impossibles avec

les impossibles imaginaires qui naissent dans l’esprit de manière virtuelle car ils sont inédits à ce monde qu’ils deviennent possibles sur un simple appel avec qui dois-je me réconcilier d’ici

697

constamment une voix résonne ‘je ne suis pas ici’ mais je ne suis pas perdu en errance troublée par d’infinies alternatives pour prendre telles ou telles autres directions je sais où je suis ici le

lieu est identifiable sur la carte géographique cependant je dis que je ne suis pas là parce qu’aucune identification à ce lieu que je ne reconnais pas existe suffisamment même l’étang juste à

côté où je peux observer mon reflet ne me persuade pas que je puisse être de ce lieu en fait le lieu où je suis ne peut pas être topographique pourtant je suis d’accord avec ce ciel mais il n’a pas

d’antécédence historique humaine il a seulement une histoire stellaire alors que ce sol se vautre dans la poussière des cadavres donc je fuis à toute vitesse pour accueillir l’hôte qui est en moi

698

‘je’ est un hôte voilà qui est dit il ne reste qu’a savoir instaurer un lieu pour l’accueillir et trouver une formule pour le recevoir avec les

précautions des usages domestiques afin qu’il ne se dérobe pas aux moindres souffles qu’il reste un peu de temps dans la demeure

pour que son visage s’inscrive dans les miroirs qu’il laisse des traces des itinéraires visibles pour recomposer ses marches ses faux pas

sur le dallage il aura laissé par inadvertance des halos des effluves des parfums un cimetière de souvenirs pour qu’il devienne un marbre

699

chansons charnelles incandescentes dont la licence laissait les reprouvés interdits les lèvres mouillées de peur les mains liées menottes au poignets les jambes entravées dans des lanières

de latex ces hommes nus appuyés contre le mur laisseront dans la muraille l’empreinte de leurs corps couvert de sueur dans cette été indécent de lumière claire sonnante frappée par la

glace d’un orage surprenant ces hommes n’ont rien commis qui puisse les rendre coupable sauf d’avoir jeté leur désespoir aux médias d’avoir osé donner les raisons convaincantes qui

ont fait d’eux des êtres désespérés bons pour le gouffre pour avoir avoué être dans l’impossibilité d’être autres qu’eux mêmes leurs singularités restaient collées impossibilité d’être autre

700

craindre que le désespoir vienne de ne pas pouvoir être un autre ne le concernait absolument pas il était davantage porté à craindre que sous des déplacements involontaires dans ses strates

corporelles elles le conduisent à devenir un autre où même si des ressemblances demeuraient quelque chose avait été perturbée au point de n’avoir plus accès à son trésor d’incertitude qui le

menait presque toujours à découvrir des solutions internes cachées dans un fond d’os ou de chair qui l’invitaient immanquablement à son imaginaire qu’il ne voulait surtout pas perdre où ce

fil qui le guidait était en quelque sorte son âme son authenticité qui lui permettait de ne jamais se trahir de se défaire de ses convictions qui le maintenaient debout sans peur le cœur vaillant

 

681

nous étions habiles pour réussir dans la ville mais tel n’était pas notre destinée nous avons poursuivi des songes inachevés sur les autoroutes pleines de bruits excitants pour gagner des lieux

graisseux comme des marmites de soupes jamais nous nous sommes assis dans ces outres pleines de destructions pour atteindre un outremer clair par-dessus des bancs de sables grainés de

blanc d’écume aujourd’hui sous la clarté laiteuse d’un soleil éloigné nous agissons avec mesure sur des mélodies opportunes pour briser la mélancolique aventure d’être parvenus au bord du

monde sans effet ni fortune pour saisir le son des embruns humides qui perlent à la surface de nos instruments aux sonores cris d’une beauté que l’on assassine avec les slogans des cités viles

682

dents blanches est heureux porté par la gent aisée roulée de moulures dorées il est hissé au dernier barreau de l’échelle celui du haut

pour observer les confusions agitées de ses adversaires bouleversés dans les aiguilles de pins ainsi qu’un coup de bâton aurait défait

une fourmilière il s’en réjouit ses support-aires d’applaudir le carnaval des réajustements pour gagner encore un peu son pain aux

difficiles postures qu’il faudra vêtir danser maintenant tous réunis pour le bal des donneurs sous les planches le peuple luit et sombre

683

Dieu des perfections et des excellences es-Toi qui m’a rendu aveugle et sourd à l’humanité que l’on coupe aujourd’hui en morceaux distincts afin de les dissocier pour toujours cette partition

des humains en catégories fera de nos idées universelles des reliques dans des vitrines closes elles iront rejoindre les ossements entassés des sépultures des catacombes souterraines où seul

le silence règne feras-Tu de moi ce témoin horrible qui est resté sans torpeur devant la débâcle qui s’avance pour garder intact le refuge confortable d’une posture innocente alors que je suis

coupable jusqu’à la dentition  j’ai laissé mes contemporains se vautrer dans l’insouciance et je n’ai pas crié je n’ai pas fendu mon cœur avec la lame pour vider la cruauté qui gouverne ce jour

684

dans une lutte incertaine et docile un homme au seuil des clôtures rapides se presse de tenir à jour ses pensées volatiles sur un carnet

afin de l’emporter au fond de la tombe sombre ainsi dit-il je me souviendrai des clartés abondantes passées elles seront ma compagne

mon refuge  tel un chien laissé sur le bord de la route sans soupe j’imaginerai des colliers de soies nouées venus de chine pour m’attacher

auprès d’un Maître choisi pour sa démence et sa dévotion à Dieu ainsi les yeux fermés je reposerai sans bruit sans souci sous l’étoile jolie

685

les fraternités retrouvées feront un infernal cortège durant ces quelques heures de liesses l’impossible sera scandé comme pour les premières heures de libération après les désastres d’une économie

moribonde qui pendant des décennies n’a pas voulu partager la moindre richesse gonflée comme une marmite ronde cachant sous son ventre gluant des marionnettes serviles la manifestation ne s’est

pas déroulée selon toutes les logiques éprouvées en fait d’événement nous avons eu un carnaval burlesque où des clowns infiltrés ont su défaire les convictions chacun s’est retrouvé avec une bière à

la main et une saucisse chaude de l’autre le ciel refusera d’être témoin d’une telle vilenie le rire crispé sur les dents ils n’auront comme dessert que quelques vitrines à briser en éclats brillants et vains

686

dans une nuit douce au bord d’un océan de jade des perles flottaient telles des scintillements de lampes anciennes la divagation me prenait par le bras et calmement me montrait un foyer

ardent où dansaient des flammes des êtres brûlants aux chairs de sang lisses chacun inventait des formes nouvelles pour donner à ces corps des courbes lancées dans la profondeur d’un ciel

noir il y avait là des rebondissements soudains sonores comme des clapotis d’eau claire bruissants entre des roches une jeune femme distribuait des lames d’argent effilées tels des cils foncés

accrochés à la lisière d’un œil puissant tournant au sein d’une galaxie vermeille l’astre me servait d’appui pour reposer mon sommeil sans abri je cours dans ce ciel rapide vers la richesse des lieux

687

éprouvés par la peur nous nous étions réfugiés dans une attente qui est vite devenue notre cage de fer enroulés les uns sur les autres

nous sommes restés sans le moindre mouvement pour ne faire qu’un afin d’apparaître en une masse informe si nous avions pu nous

dissoudre nous l’aurions fait mais c’était sans compter sur l’œil d’une caméra dirigée vers nous pétrifiés dans la moiteur des corps nos

estomacs convulsaient des tourbillons d’étincelles de substances acides dans la perspective d’abolir l’enfermement et libérer nos âmes

688

quelle drôle d’idée d’avoir attribué au corps une chair organique elle ne tiendra pas le siècle tout au plus quelques décennies le reste en souffrance j’aurai préféré une chair minérale faite de

cristaux de quartz du solide et géométrique en accord avec la voûte céleste de cela je n’ai qu’un imbroglio d’organes essoufflés giclant des humeurs visqueuses aux odeurs fétides même

le sang s’il n’avait pas ce goût sucré ne vaudrait pas un verre de vin être ici dans ce corps il me reste la liberté de demeurer en vie la volonté de prendre toutes mes aises d’en faire l’exercice

chaque journée y apporter du zèle de l’ivresse impériale enfin de se hisser au-dessus de soi de ce haut prendre des mesures éternelles nourrir abreuver réchauffer vers la funeste destinée

689

des oiseaux agités sur une branche surplombant la ville se sont pris au jeu de se quereller sans motif l’un deux surpris par tant de véhémence inutile prit congé et du haut d’un ciel clair leur

dit prenez garde de voler au-dessus de la ville les humains d’en bas ont laissé en vous des humeurs contradictoires s’ils perdent leur pondération avec eux-mêmes à ne plus savoir où se place

le soi intime à le mélanger aux discours qui ne cessent de les tourmenter parce qu’ils ne font plus la distinction entre les voix multiples qui les entourent et font une danse opaque où ils perdent

l’horizon laissez-les dans leur liesse chaotique ils finiront par prendre pour guide le plus absurde d’entre-eux et la noire suie sera leur miel jusqu’à l’étouffement cessez venez ici respirer l’éther

690

je suis au bas sans bord l’endroit n’est ni joli ni laid ses dimensions sont modestes sur les parois des tâches anciennes ne servent plus aucune interprétation les derniers à les reconnaître ont

disparu ils ne savaient plus très bien les lire et elles n’avaient aucune conséquence sur leur attitude à se tenir debout face aux épreuves des vies particulières chacun incarné dans une chair

dont ils ignoraient le pourquoi d’être en ce lieu vivant ainsi pour ne pas avoir gardé les préceptes des héritages successifs ils ont gouverné avec comme seul viatique l’actualité perverse

journalière qui défigure les hommes et leurs pensées sans visage sans yeux sans les libres interprétations la vérité inaccessible ne fut rien d’autre qu’un leurre de plus  la nuit est tombée ici-bas

671

étions nous certains d’avoir appris quelque chose non ils nous ont laissé partir avec rien ni bouclier ni réserve dans un monde ouvert à l’abaissement progressif de la démocratie par l’abandon

des règles aux profits d’une classe ultra-libérale disant se passer des états pour accroître les libertés fondamentales en fait le droit d’acquérir le maximum de biens dans un temps de plus en

plus court nous aussi nous étions libres et tenions à la liberté de savoir d’apprendre et d’exprimer ce que nous appelions la chanson du siècle il a fallu plier sous la charge la décharge de leurs

messages ce sont eux qui ont le service en main la marginalité s’est ouverte comme un refuge une résistance illusoire le ciel uniforme nous recouvre tel un linceul protecteur le crime est parfait

672

qui suis-je les genoux dans la fange pour quémander l’Esprit Saint un quelque chose signifiant perdu dans l’ouverture du monde

une pierre au fond d’un puits remuant tel un astre déchu cherchant une issue à son vain espoir de parvenir sur la margelle froide

afin d’absorber les pointes de feu d’un soleil ivre de puissance qui suis-je lancé dans un actuel sans Évangile sans la juste mesure

pour défaire les noeux serrés qui compriment le cœur assoiffé de clarté englué dans le sombre des sangs mauvais si sûrs sans Toi

673

né à l’aube à l’aurore le doré des astres accable la peine de la journée tour à tour un entonnoir recouvert de glu porté comme un fanion de

détresse pour fuir ou se cacher rien n’y fait le paraître ajourné suspendu pour la nuit les choses s’améliorent à la faveur du sombre l’espoir d’une

durée prolongée par la nuit d’hiver que déjà le rêve vient consoler le regret la froide illusion le jour se lève de-nouveau recommencer attendre puis

des dentelles blanches découpent le ciel pourpre rosé enduit d’un velours humide la peau docile fléchit et donne à la pose des reflets de nacre dure

673

mes frères mes puissants je suis sans politique j’ai attaché mes mains librement aux poignets des amitiés incertaines j’ai grandi sans ombre portée maintenant que l’heure se précise je reviens vers vos

fantômes affichés dans cette enceinte libérale gorgée de mensonges appris fondés sur les illusions rapides des événements sans fin je suis pris soyez sans mesure et faites le crime que j’attends ne soyez

pas trop cruels car je n’ai rien pris à personne en dehors d’échanges loyaux ils m’ont exploité sans me dire merci partis avec le butin pour briller au soleil des luxures ou des égoïsmes étroits sans ambition

c’est pareil prenez votre temps je n’ai plus le mien l’heure est étroite l’obstacle vient soyez net aiguisez vos lames autant la franche entaille que les hésitations laborieuses éblouissez l’acte sourd et vite

674

lutte de chiens lâchés dans un entonnoir d’une arrière cour à l’ombre d’un immeuble vertical vert-de-gris par une moisissure unie recouvrant les embrasures des baies vitrées donnant sur des

appartements où des adolescents penchés sur des consoles ignoraient le déchiqueté des chairs de ces chiens domestiques qui se mordaient l’un l’autre encouragés par les éclaboussures de sang

le jeu était-il vraisemblable ou simplement un reflet de vitre d’une image volée sur un écran les adolescents surpris par les bruits venant de la cour se penchent sur ce désordre approximatif et

lancent leurs vêtements pour se retrouver nus se mordre à leur tour et renvoyer une symétrie correspondante de scènes libres de toutes retenues érotiques briser la virtualité des écrans faciles

675

l’envie de joie était certaine dans le quartier des rassemblements se font spontanément l’ivresse est là les commissariats de police sont pillés incendiés tous sont joyeux les policiers ne sont pas

en reste ils savourent cette liberté retrouvée en tirant avec leur arme de service parfois par manque d’audace ils jettent des pierres dans le ciel indifférent d’autres les prennent pour des cibles

faciles elles éclatent sous l’impact des balles retombent en poussière elles font un bruit discret peu à peu cette poudre grise recouvre le ciel surprend la foule habituée aux lumières brûlantes en

quelques minutes plus aucune trace de ce terrible mouvement de liesse une sirène élève son cri strident dans la dureté de l’espace résonne sur les murs comme projetée telle une balle de ping-pong

676

de nombreux ouvriers à deux pas du périphérique quelques jours avant la perte de leurs emplois forgent des harpons avec des griffes acérées puis se regroupent au lieu dit «La Sapel Porte de Lanfer»

rassemblée à la hâte la troupe se lance à l’assaut des beaux quartiers convaincue d’obtenir par la mort un peu d’éternité à mi-chemin les soldats attendent l’équipée fantastique prend fin dans le sang

le massacre est indescriptible demain on recommencera la scène avec des nuages bas des brumes pour ajouter un peu de mystère des habits neufs et en première ligne des enfants les plus turbulents

ceux qui n’ont qu’un avenir improbable serviront de bouclier humain le soir le ciel gris clair bleuté étendra son linceul sur les corps tuméfiés avec des tâches sanguines belles tels des coquelicots fragiles

677

l’hypothèse était simple autant que redoutable l’addition de deux images devait avoir pour résultat trois images incluses en quelque sorte deux égal trois le seul moyen pour arriver à cette

solution fut d’abord l’isolement dans des lieux si possible inopportuns afin d’en ressentir toute l’incongruité de rester ainsi durant des heures afin que l’éclaircie montre sa géographie les

attentes furent longues infructueuses jusqu’au jour où il aperçut gravées dans le verre trois initiales R.S.I. puis le doute aidant il crut reconnaître une forme verbale courante chez les modernes

‘le retour sur investissement’ fausse route il ne restait qu’une seule issue faire appel au Maître de son temps l’inventeur du R.S.I. le réel le symbolique l’imaginaire ce fut son ‘ici’ le lieu du soi

678

679

les lumières même avantageuses du paysage ne peuvent pas rendre compte de la totalité des lieux où séjournent les humains ils ont raison

de chercher des lumières différentes là où se passe le déploiement de leurs sentiments intérieurs passions réussies ou manquées cela ne fait

aucun doute ce sont des lieux éclairés souvent immobiles les lueurs peuvent venir des émanations corporelles en dehors de toutes notions de

parfum ce sont des perceptions qui ne sont pas de l’espace ni la chaleur ni l’air ne les transportent aussi dans le noir absolu elles nous frôlent

680

la dictature du prolétariat a fait place à la dictature de la classe moyenne éprise de populisme inculte jusqu’à la denture la classe plus aisée n’est pas en reste elle aussi se laisse happer par les haines

diverses qu’elles déversent sur le monde notamment sur les élites intellectuelles toutes deux ont la détestation du goût de l’esthétique qu’elles considèrent comme suspects d’être l’outil de la division

alors que son universalisme lutte depuis longtemps contre la partition de l’humanité en clans toujours enclin à l’adversité ces deux classes constamment avide d’obtenir un peu plus de biens ignorent

l’objectif du partage des richesses qui malgré toutes les évolutions techniques ne semble pas être le souci de chacun ici les rares à s’en soucier sont dits les traîtres du libéralisme la farce à la gamelle

661

des incrédules jouaient aux osselets en os dur au fond d’une cour éclairée par un soleil vertical l’écho sonnant de ces anciens squelettes bondissant d’une poignée de mains vers d’autres

leur semblaient un supplice de trop pris de rage ils faussent le jeu innocent au point que ces hommes tuant le temps comme ils le pouvaient ne croyant à plus rien ni de bon ni de mauvais

usages de leur esprit en viennent aux mains fortes pour briser les os sous la chair molle de l’autre et chacun de se donner des coups durs cassant le peu de vie ici dans cette cour fermée sur

un ciel mauvais que noyés dans la bouillie des corps ils prirent soin d’insulter l’entour en criant fort n’oubliez pas l’incorrection ce siècle ne vaut rien puis le silence revient sur les murs ocre

662

l’univers n’a nul besoin de nos services il n’attend rien de nos agitations diverses nos croyances en Dieu sont pour lui des insultes qui feraient mieux de retourner aux autels où traînent des

croix des hommes accrochés à des bouts de bois et des bols pour boire le sang frais des sacrifiés les hommes savent parfaitement désigner celui ou ceux qui feront les frais des tortures où

ils excellent de surcroît il suffit que l’un d’eux claque la porte un peu fort pour qu’ils se mettent tous à trembler comme des feuilles d’érables verts ils n’ont pas fini d’adorer un Dieu que déjà ils

en cherchent un autre les premiers avaient le bonheur d’être gratuits ceux d’aujourd’hui sont payants chaque asservissement est vécu comme une illumination à la vitesse infinie d’une toupie

663

ils dissimulent tous leur mécanique interne ils ne montrent qu’une réalité improbable selon un impératif de simulation ce sont des savants généreux présents dans les moindres détails

dessin d’une apparence édulcorée lissée jusqu’à l’extrême ils sont comédiens de leur propre singularité ils cherchent des traces ils sont heureux ils prennent le temps d’enfoncer leurs pieds

nus dans le sable salé au bas des dunes ils disent que les couleurs sont perdues à jamais nous n’avons plus accès à leurs éclats primordiaux sur l’eau calme des femmes cueillent des nénuphars

qu’elles découpent pour les faire bouillir elles versent ce précieux liquide dans des coupelles de fer aux anses de porcelaine puis ils viendront boire le poison parsemé de fleurs jasmin sombre

664

chacun brise sa vie comme il peut avec des pierres les os craquent facilement avec acharnement le caractère résistera mais finira par céder d’autres attendent que l’autre agisse toujours à

la recherche d’un meurtrier ils sont nombreux on peut les trouver pourvu d’être patient inutile de se mutiler en attendant l’heure fatale les bouchers aiguisent leurs couteaux et savent insister

sur le fil de la lame pour que la douleur soit moindre un filet de sang collier de rubis qui danse sur la chair blanche d’autres savent que leur cœur sec finira par se fendre et se répandre dans les

parterres de roses blanches jusqu’ici point de drame la comédie usuelle quotidienne qu’on serve le sel et le piment du jour les histoires feront le reste le mal appris et l’imaginaire seront servis

665

à l’orée d’un bois feuillu un homme jeune se cachait sous une machine pour éprouver son corps à l’abri des regards possibles des vibrations souterraines gagnaient peu à peu ses ossements solides au loin le monde

recouvert de nuées blanches portait écho de ce repli perclus d’inconvenances où des pitres habiles habillés de certitudes rendaient compte d’un désastre imminent tous emportés par un délire ambiant le soir venu

prolongé par un clair de lune voyant que le désastre poussait ses chariots de fer sur l’horizon pour éviter un chahut inopportun il parvint à porter la machine au bord du lac et d’un coup d’épaule robuste la fit choir

comme on jette le trop plein d’une ivresse abusive pour se remettre debout et gagner la confiance des autres il oublie le fil qui le relie à l’engin glisse avec lui dans la sombre eau et frissonne à la vue de perdre le ciel

666

par le jeu de la sélection des conditions de vie et d’occupations des diverses formes de passe-temps l’appartenance à une catégorie expose à des risque spécifiques de mortalité ils

inventent toutes sortes de sexualités pour transgresser les clivages pour apparaître neuf de toutes transmissions des coutumes ainsi l’histoire n’a pas d’impact sur eux ils se retrouvent

à chaque fois innocents et étonnés que leurs contemporains puissent à ce point les haïr les jalouser l’incarcération qu’ils subissent parfois ne les atteint pas car ils savent que le bonheur

d’exister est de leur côté l’épreuve endurée n’est pas vécue comme un échec plutôt comme une joie secrète jetée à la face de l’autre qui finira par perdre son emprise sur cette volonté

667

un soleil noir a laissé choir sa cendre sur le rebord des terres cette poudre fine mélangée à l’écume se cristallise peu à peu et construit un monde de spirales mêlées les unes aux autres pour

former un écran géométrique où des prismes de verre suspendus à des fils laissent des espaces plus clairs pour que des buées troubles emmêlent cet appareillage vers une destinée sonore

du haut des falaises un homme venu de loin apprend à son regard à se placer dans l’axe mélodique de ce champ pour laisser assez de liberté à son corps de se lancer dans le vide et rester ainsi

au-dessus des flots tel un goéland immobile agile perdu dans les détails infinis des mondes cristallins puis l’élan apprivoisé il laisse son corps descendre dans l’ivresse profonde du gouffre létal

668

ils savent parfaitement se tenir debout ils sont pourtant éloignés dans des banlieues contraints de vivre les uns contre les autres dans des parkings provisoires en situations interminables

épuisés lavés de toutes certitudes ils attendent une déclaration choc pour être secoués de la torpeur qui cimente chaque geste ils attendent d’être pris au piège pour ne plus avoir aucune

alternative d’espérer une issue sauf une maladie la galle ou le cancer au choix pourraient les sortir de cette poussière solide qui noie doucement leurs poumons pour former des résidus

anthracite qu’ils recrachent laissant des marques glissantes sur le goudron violet ne plus alimenter cette machine infernale qui sert à penser cogner son crâne sur la pile de béton angulaire

669

il arrive parfois que le regard se pose sur rien il n’arrive pas à accrocher les lumières offertes qui ne cessent de trembler sur les objets impassibles le regard cherche une adhésion un accord

souvent une connivence l’espace pourrait faire des efforts se donner sans compter à notre recherche de trouver une fuite dans toutes ces transparences qui nous trompent et désertent notre

attention nous livrent indécis aux atermoiements sans fin pour trouver en nous assez de désarrois de désaccords et nous plonger entier dans le vaste cosmos de nos perceptions intérieures

qui nous écorchent en silence le cœur abandonné à sa solitude dans les chairs indifférentes occupées aux machineries insupportables incessantes de maintenir le tout vivant mais aveugle

670

faut-il choisir le seuil avant d’ouvrir la porte j’ai glissé dans cette maison sans comprendre l’installation fut rapide en dépit de son état laissé à l’abandon ici des écureuils vont et viennent sans

doute pour cacher des nourritures qu’ils oublieront je ne les ai pas chassés ils sont restés parfois immobiles de longues heures à attendre sur le rebord de la cheminée tels des faïences anciennes

peut-être ne sont-ils jamais venus et ces céramiques témoignent en leur faveur une présence possible je n’ai jamais ouvert les volets du grand salon la géométrie du lustre doré et des glaces

est visible l’angle le plus favorable est quand je suis assise dans le fauteuil le dos à la fenêtre l’écureuil vient lentement vers moi et son ombre trace un axe gris où s’enroulent des nuées éparses

651

une ville dans une palpitation d’ocre sauvage près d’un littoral semé de monstruosités verdâtres formes ovoïdes glauques aux reflets violets s’étalent sur la plage d’un sable doré échoués

cargos de métaux défaits bruyants longent la côte nulle place n’est laissée libre ces formes de plus en plus difficiles à déplacer sur la route menant à la jetée la ville commence à renoncer

à leur enlèvement les barges de dragages enlisées ne peuvent plus intervenir un barrage de navire est resté sans effet elles viennent pourrir dans la baie infester l’air telles des nourritures

avariées des touristes nombreux arrivent ici pour respirer atteindre une sensation de veines et d’artères où coule un sang putride aux saveurs sucrées les humains se lavent aux odeurs salies

652

ils attendaient sans surprise ni hâte une conviction radicale afin d’échapper à l’étau de fer qui comprimait leurs poitrines dans un établissement ceinturé

de tôles blanches édifié sur un emplacement réservé aux activités périphériques d’une ville prospère pour apparaître de nouveau lavés de toutes les

courbures d’une astreinte journalière au pied des machines huilées assourdissantes quand sur le point de défaillir vint un nuage blanc dissoudre le métal

un jus lent visqueux glissa sous la porte d’entrée prit le chemin du fleuve et le fit bouillir instantanément à l’inverse du ciel clair et froid pendu aux astres

653

aujourd’hui la poussière n’est pas retombée comme les jours précédents rendant le sol glissant elle est restée en suspens au milieu des lieux où les êtres vivants respirent et s’emploient

à passer leur temps à produire des richesses qui pour l’essentiel leurs échappent des mains mais le lendemain ils recommencent la poussière est rentrée dans leur gorges elle a fait un

peu de chemin dans les organes et s’est installée dans les liquides pour produire une grande quantité de bactéries qui ont chacune dans leur spécificité rongé les muscles les os et surtout

les viscères dont elles sont gourmandes les humains ont continué leur tâches sans voir la mort venir de l’usine à ciment qui a toujours produit de la poussière fine dans le ciel rosé du soir

654

un cri monte de la rue le ciel est clair elle regarde ses mains sur l’avenue des jeunes passent en vrombissant sur des engins à moteur aux tables des cafés des hommes et des femmes

échangent des conversations s’abritant sous des ombrelles noires nous sommes des seigneurs de plastique dit l’un les autres regardent leur montre mais ne répondent pas ils savent

que l’heure est au verdict qu’ils connaîtront bientôt leurs destinées qui feront d’eux des êtres seuls aux aguets observant leurs semblables comme des adversaires redoutables la mort

est au rendez-vous alors que le ciel immuable dans ses variantes beautés semble ignorer l’abaissement de l’espèce agitée brûlante d’amour de haine mêlés à l’or et aux suies moites

655

des brumes se lèvent au-dessus de l’étang puis le recouvrent entièrement on ne devine plus sa profondeur ses vases épaisses qui absorbent presque tout les objets jusqu’aux troncs

d’arbres entiers disparaissent en quelques jours ce lieu n’est pas insalubre il est une mangeoire aux lèvres larges qui s'ouvrent sur une béance indolore visqueuse une huile de roche

aux odeurs macérées de plantes un jus gras qui rappelle le sang du Christ qui suinte parfois des reliquaires anciens où des supposés saints ont brisé les certitudes supposées des

secours impossibles l’aide attendue peut venir de toute part du fond d’un lac oublié dans une contrée imaginaire où pousse l’herbe des hallucinations réparatrices des mots cruels

656

est-il possible d’échapper au tumulte des contradictions chacun pour diverses raisons affiche une permanence domptée revêt des attitudes courtoises pleines de sollicitudes éprouvées

envers les puissances établies qu’elles soient despotiques ou légitimes l’obéissance est toujours la même le fer pose ses marques durablement dans les chairs les visages sont rongés la

haine vient facilement fidèle à chaque tourment tel un animal domestique qui cache ses crocs pour mieux surprendre et saisir la gorge s’il le faut avec des pattes de velours pour ne pas

abîmer l’habit et laisser assez de confusions sur les circonstances du corps refroidi la méchanceté est un sport à la portée de tous seule la bonté reste à la cime des arbres accrochée au ciel

657

temps duel des incertitudes l’alcôve était remplie d’ordures nous sommes passés par l’entrée de service pour découvrir l’horreur deux cadavres carbonisés assis sur un canapé échangeaient

dans une continuité du temps interrompu par l’événement factuel une conversation dense portant sur l’erreur de commettre des crimes en lieux sûrs au cœur des villes démocratiques ils

avaient de longues jambes d’os recouverts de chairs noires qu’ils secouaient pour en laisser choir les parties molles sur le parquet de chêne brillant comme l’enclume chauffée à blanc par

l’obstination d’un forcené épris de violences absurdes ils attendaient que viennent les arguments derniers pour se mettre en accord avec la compassion jouée de comédiens mis à l’épreuve

658

aurait-il fallu que ce monde fut le mien pour qu’un jour il puisse m’être ôté et ainsi le perdre pour m’élancer de suite à sa recherche non pas pour y réussir mais d’y perdre ma vie comme on

se noie sous une pluie d’août rafraîchissante et régénératrice cette fois ci dans un monde voulu généré par l’imaginaire fidèle compagnon des vacations je te demande de venir me sauver

de l’impasse dans laquelle je suis tombé involontaire pris au piège de ce seuil mortifère où la mort a cessé d’être une conclusion réussie pour devenir qu’une disparition clinique une sorte

d’assainissement de voirie pour nettoyer en tous lieux ces humains perclus de souffrance parce qu’ils subissent la trahison lente des chairs qui s’amollissent et fondent au bas côté des vitrines

659

des lucides en marche franche s’avançaient sur les quais proches du pont où un désespéré debout sur le parapet gesticulait les bras

au ciel le malheur du monde la lumière à contre jour donnait à sa silhouette une dimension risible et fausse le ciel désabuse l’auteur

d’un trépas imminent et chacun de nos compères d'applaudir ce funeste théâtre quand d’un saut vrai sa tête heurte la pile du pont

des giclées de sang aspergent l’alentour donnant au coucher de soleil les teintes attendues pour s’éteindre dans un sang qui se fige

660

à Red Hook le harpon traverse le ciel avec des traînées de sel qui retombent en milles cristaux translucides sur la chaussée noire des

quartiers bas où l’on danse aux bruits frénétiques des câbles d’inox frappant de leur souplesse les piliers d’acier des grues immobiles

l’endroit est seul isolé les populations sont ailleurs ici on bivouaque au milieu des chaussées sans risque d’être bousculé par le flot ivre

des humains incompréhensibles qui se jettent les uns contre les autres pour en finir avec la peur du vide de l’étendue claire qui sonne

 

641

pour les morts pour les vivants qui viennent frapper à nos portes pour les œuvres que nous ne connaîtrons jamais pour les livres

jamais lus la foule est là toujours qui piétine et fait un bruit lourd ainsi nous traversons d’une rive à l’autre pour atteindre le lac sous

sa surface lisse loin au fond des amis qui n’ont pas su choisir être poisson ou héron ils ont choisi l’héroïne assis au fond tous recouverts

de vase le bec du héron perce les poissons comme des passoires d’argent et laisse passer la lumière dans leurs yeux clos de sang noir

642

s’il arrive quelque chose c’est bien s’il n’arrive rien c’est bien il n’est pas utile d’ajouter ‘aussi’ le dernier bien doit tomber comme un point d’exclamation sans affectation positive ou

négative ‘c’est bien’ comme on aurait pu dire ‘c’est Dieu’ ici Dieu s’est absenté y croire un instant n’ajouterait rien au bien ainsi peut-on dire c’est bien qu’il ne soit jamais rien arrivé

même si cette vie observée se vide peu à peu du presque rien qui lui reste vide n’est pas le mot qu’il convient puisque en même temps elle se remplit d’une langueur mélancolique

satisfaite d’elle-même un peu rassurée car s’il était arrivé quelque chose de toutes les formes envisagées aucune n’aurait été à la hauteur de l’événement ainsi tout est suspendu

643

que restera-t-il des être humains une morsure empoisonnée sur la surface de la croûte terrestre vite résorbée le poison n’est ni fiel ni lave il laissera place à des savanes où des bêtes

inconnues chercheront l’éternel point d’eau sous un soleil las et reposé d’éclairer la forfaiture des mobiles imaginaires au services des cruautés domestiques et républicaines ces

nations ridicules la main sur le cœur toujours en fuite pour penser l’universel jalouses les unes des autres le crime en poignet de mains affables dans le discours répugnantes dans

l’écoute sachant être serviles pour se retirer une épine du pied mais dès la convalescence passée redoutables de fourberies apprises dans les institutions parquées aux viles vertus

644

nous n’avons aucune objection à être dans ce contexte des personnes obséquieuses nous nous rabaissons au point de gêner tout le monde alors nous éprouvons une joie souterraine

sans que personne ne le soupçonne c’est notre manière d’exister dans ce monde qui nous a toujours ignoré la place que nous avons est comme insignifiante seul notre embonpoint de

graisse bon marché peut salir la nappe nous le faisons pour laisser une trace visible dans ces lieux parfaits où chacun est là sûr de son rang imbu et précis de sa splendeur nous sommes

des tâches sur une surface lisse nous n’avons plus aucune possibilité d’avoir la main saine ici blessés au banc des proscrits pour ne pas avoir suffisamment réussi à être des pics à glace

645

ils attendent nombreux ils espèrent en vain ce sont eux qui nous demandent des comptes sans prononcer un mot ils vont ils viennent à travers le monde qui n’est jamais leur monde

nous ne les voyons pas assis à côté sur le même banc sombre sous la lumière sans ombre nous sommes occupés à survivre ils le savent et ils ne nous font aucun reproche sans faute

avec des gestes polis ils craignent l’interrogation des polices urbaines sans aubaine chaque jour ils poursuivent un but le même que le nôtre mais le lieu manque la pose interdite ils

ne savent pas encore que nous sommes dans le piège au fond les libertés ici sont comptées nous nous enfonçons doucement ensemble eux dans la fuite nous dans la fosse ici venue

646

fuyant le chemin pour s’engager dans une jeune forêt un être pourtant informé ayant acquis des savoirs utiles se perd et tourne en rond sans se douter qu’il piétine la périphérie d’un

cercle ancien une couronne jadis servant de protection à une population aujourd’hui disparue oubliée à tourner ainsi il se rend compte que son pas résonne et produit un écho sur cette

mousse mouillée qui absorbe à l’accoutumée les chocs pour les ensevelir sous terre ici l’écho rebondit et ne se perd pas certain ne ne pouvoir retrouver son chemin il décide de le suivre

tombe dans une fosse où nagent des créatures polies comme des galets de rivière des ballons ovoïdes il s’accroche glisse il s’accroche encore et pénètre dans l’un avec un bruit de fleur fanée

647

il arrive parfois qu’un enfant cesse de jouer rien ne peut troubler son attitude les ballons colorés passent à côté frôlent ses jambes frêles et s’en vont plus loin comme détournés par des forces

célestes sur les lèvres de l’enfant un permanent et imperceptible sourire il n’est pas malheureux nulle peine ni embarras le monde est resté le même seul un geste manque le pas semble glisser

sur une écume une poudre blanche l’enfant se dirige vers la ville pour apprendre aux adultes la sottise des turbulences vaines qui frappent le sol si fort que la Terre n’en peut plus de soigner

ses plaies la roche aussi est douce comme du coton fragile muette et toujours docile elle voudrait être un nuage les mêmes que ceux qui passent au loin là-bas sur leurs chevaux de bois le soir

648

un jeune homme penché à une fenêtre d’un immeuble la nuit regarde au bas d’un mur de ciment où un rat longe un tuyau de fonte comment pourrais-je faire pour être dans ce cerveau de rat

et voir en haut où les hommes rient assis devant leurs écrans de télévisions toutes branchées sur le même canal d’une fréquence qui déverse sans discontinuer les nouvelles des journées à

peine éteintes le rat consent le jeune homme descend épouse les joies neuronales du rat observant la gente humaine éprise et accablée d’être contrainte à admettre l’usage du jour qu’il n’y

aura pas assez de richesse pour tous qu’il faut le croire en être persuadé cette réalité annoncée tiendra lieu de réel sans hésitation possible ce trouble admis la chute au bas en est la délivrance

649

la répartition des humains sur la Terre n’obéit à aucune loi le plus grand nombre  d’entre eux sont obérés jusqu’à la ruine alors qu’il n’ont même pas commencé leur existence poursuivis dès

l’enfance pour être des quantités d’organes disponibles des soldats sans nations tenus de se soumettre aux clans sans république ils errent sur la surface du globe sans pouvoir poser le pied

des sans lieu que nous ne voulons pas reconnaître chacun sait et chacun ignore l’histoire elle ne fait que recommencer ce qu’elle avait pourtant décidé d’exclure des ses pratiques l’ignoble

est toujours là mais sous des formes tellement différentes qu’il nous semble que l’honnêteté est notre logis que nous avons balayé devant nos portes que l’histoire ne reviendra plus jamais

650

lisser les informations afin qu’elles deviennent indolores sans perdre de leur cynisme afin qu’elle demeurent éloignées aux personnes à qui elles s’adressent le cynisme indolore était

devenu une sorte de performance quotidienne où chacun devait atteindre une forme d’excellence de préférence dès l’aube pour que le rythme journalier ne cesse jamais cette forme

nouvelle de violence gagnait les plus innocents ceux qui avaient de fraîche date laissé choir leurs ailes d’ange très vite ils surpassaient les aguerris devenaient des experts demandés

en tout lieu ainsi pensait-on avoir résolu le politique médiatique partagé par le plus grand nombre les démocraties allaient-elles y survivre non c’était là le souhait de tous inavoué sûr

631

un antiquaire soigné assis sur un fauteuil au velours usé dit l’humanité crèvera sur une montagne d’or puis son regard glisse sur un vase de Monaco le vert azur de l’intérieur donne

un reflet plus clair sur la pupille d’une figurine de porcelaine le monde est lisse rond il sent la cire d’abeille le jasmin sous nos pieds coule le purin de nos aversions pour la majorité de

nos contemporains c’est-à-dire les pauvres les assidus aux servitudes dans nos veines coule le purin de toutes nos lâchetés polies invisibles sur nos tables l’or et le sang divin sous la

table roule le pain dans la fange sa gueule ouverte tel un siphon d’évier j’ai perdu la vérité je n’ai pas gagné la beauté pourtant dans le cœur luit une source au rocher tendre et souple

632

nous avons perdu notre temps à courir par ces rues pavées sans penser nous étions des naïfs satisfaits des reflets dans les vitrines sans jamais franchir aucune porte ni le libraire

ni le bijoutier une fois seulement nous avons osé rentrer et nous avons tout cassé une pharmacie le pharmacien aussi n’a pas eu de chance nous lui avons fait ingurgiter toutes

sortes de pilules prises au hasard quand il s’est évanoui nous avons mis le feu avec les alcools à désinfecter les plaies le crime est resté impuni c’est là notre fierté à jamais scellée

pour parfaire nos vies prises à la dérobée comme volées la loi nous importe peu le mal une fois accompli est comme un reposoir pour notre sainteté retrouvée parmi les passants

633

le mal d’ici vient d’un été brûlant à fondre un seau de pierre en fine poudre blanche en tout lieu la poussière remplit les poumons envahit l’intérieur des maisons chacun veut fuir

mais pour aller où sans argent avec pour tout bagage les armes volées à la caserne désertée depuis l’affaire des viols sur de jeunes soldats ils descendent dans le centre ville avec

peur et violence mêlées même entre-eux ils gardent les distances d’un coup de feu ils savent qu’ils peuvent périr à tous instants ce sont des fugitifs dans leur propre pays laissés

inertes à leur première crise ils ne savent pas encore que la partition de l’humanité a commencé ce ne sont plus des être humains ils finiront par se dévorer ils cherchent l’ultime

634

dans un cercle une brute frappait le fer avec une force de plomb tant de bruit dans ce réduit sombre qu’une étincelle jaillit en mille reflets sur cette tôle d’acier et décrit deux ailes

couvertes de givre tel un manteau de loutre blanche elles s’agitent dans un semblant de corps céleste pour prendre des allures de silhouettes déployées se couvrent d’une peau douce

lisse devant ce noir énergumène qui sans cesser de battre le métal se retourne pour éviter de croiser le regard de cet ange couvert de cendre tant la forge rugit et lance des flammes

que peut-il advenir en ce lieu clôt sinon un déluge de circonstances éprouvantes qu’un ruisseau se creuse dans le sol dur parvient jusqu’au ciel et noie l’azur dans un tourment injuste

635

sur une pente abrupte des passeurs hissaient une charge péniblement une sorte de cube recouvert d’une toile si bien que l’on ne pouvait pas deviner quelle chose pouvait-être cette forme

qui parfois retombait pour dévaler plus bas ils reprenaient la charge et recommençaient sur ce sentier caillouteux où chaque pas pouvait blesser les chevilles à mi-chemin de la cime les

efforts devenaient si pénibles qu’un des passeurs eut l’idée de déchirer la toile sans supposer ce qu’il adviendrait de mettre à jour ce lourd fardeau chacun croyant que connaître l’objet

serait un motif pour mieux rassembler les forces il n’en fut rien la chose dévoilée ne concourt pas à l’effort communautaire pour trop savoir la légèreté fuit laisse les blessures ouvertes

636

les humains creusent des trous des tunnels sous leur ville afin d’avoir des lieux de transit ils surgissent ici ou là sans que personne puisse deviner d’où ils proviennent ainsi peuvent-ils

commettre toutes sortes d’actes les plus abjects et s’enfuir aussitôt par ces trous tels des rats volant leur proie ils disparaissent sans cesse dans ces galeries qui puent le renfermé la

crasse suante des corps précipités laissant derrière eux des bruits de cuir de graisse à boulons vieillie pour survivre ils apprennent à se haïr quotidiennement à tel point qu’ils mordent

dans les chairs des plus faibles des plus sots pour se nourrir dans se réseau huilé fermé leur ventre laisse échapper des fumées noires qui marquent le ciel d’une nuit poudreuse de suie

637

ici c’est impossible il se reprend ce n’est pas le lieu c’est quelque chose dans le cerveau qui a rendu l’impossibilité en toute chose sans être absurde sans défaut apparent l’ordinaire

voilà le maître mot c’est lui le fautif l’ordonnance de l’ordinaire a pris le dessus elle est visible elle donne des ordres place chaque objet dans une mobilité définitive par là ils échappent

à toutes tentatives de les utiliser comme des socles ou des fondations pour enfin construire quelque chose qui ne se déroberait pas sans cesse de sa chambre d’hôtel la fenêtre close

le bruit était insupportable il ne pouvait se détacher de cet avenir fermé une tombe basse sous terre sans fond ils finiront par me donner la clef pour refermer la porte de marbre

638

afin d’apeurer les populations l’administration locale avait décidé de faire tourner à vive allure dans toute la ville des ambulances sirènes hurlantes près des écoles aussi afin que les enfants

questionnent leurs parents une fois rentrés chez eux mais à la grande surprise des commanditaires rien ne s’est passé comme prévu les gens n’ont pas choisi la frayeur mais l’hilarité devant

ces vas-et-vient incessants imaginant des courses organisées par les hôpitaux ils sont descendus dans la rue se sont assis sur les trottoirs et ont applaudi au passage de ces bolides puis le soir

est venu ils sont allés dormir les ambulances ont poursuivi leur folle course durant toute la nuit le lendemain aucune trace de ce désordre sauf une aube menaçante de nuages poudrés rose

639

un rocher docile assis au bord d’une falaise voyait venir le danger de loin tranquille et juste il ne se souciait pas des masses géologiques des érosions malignes grignotant son assise sereine par un soir

de lune riche d’une clarté généreuse projetait son ombre sur un jeune chêne épris d’aventure et de bois dur pour être dans cette contrée insignifiante la mesure de l’espace des libertés acquises lui vient

l’idée avec ses racines de glisser sa ramure souterraine sous le rocher sans soucis afin de consolider le bord de la falaise il ne sera pas dit que la nature est toujours cruelle les hommes épris d’exemples

à suivre ont ignoré ces paisibles accords ils préféreront toujours le vertige abrupt de la falaise pour en faire un plaisir cruel où l’autre cet insupportable même criera dans sa chute une mort certaine

640

la cruauté humaine est sans égal de saleté même un cochon dans sa fange de boue mélangée d’éjections diverses est un cygne blanc sur une onde cristalline d’un lac de montagne

les humains ne sont propres qu’en apparence habillés comme des ducs ils ne font du partage qu’un seul lot pour eux même afin de connaître la riche opulence qui brille la dépense

sans compter c’est là leur luxe qu’ils montrent sans cesse aux dépourvus qui ne valent guère mieux vite à genoux pour la moindre casserole ornée l’écuelle de porcelaine et par dessus

tout les images du riche dans les kiosques les télévisions qui exposent ce que accumuler du capital veut dire mais ici personne ne demande d’où il vient du ciel en masse de plomb

621

brusque changement de position dans la manière d’être de ce jeune homme promis à grandir dans le respect de tous après avoir vidé sa maison de presque tout il ne restait que les

papiers peints sur les murs et quelques clous sans doute des tableaux accrochés laissant l’empreinte de leur surface par une teinte plus claire il avait entrepris de bivouaquer en allant

chercher des planches usagées pour réaliser un réduit allongé sur quelques couvertures il restait là à attendre le soir et à l’aide d’une bougie il arpentait les pièces vides à la recherche

de quelques traces de vie puis le dos appuyé à la seule fenêtre ouverte il chantonnait en langue allemande des complaintes de prisonniers que son cher pays avait réduit en cendres

622

les hommes ont inventé la pourriture humaine ils ont fait de leur condition un purin d’asile où la démence croît où la raison crie où l’expérimentation de la douleur est un jeu d’enfant

pour passer le temps pour se distraire de soi et montrer sa témérité ainsi le profond trou ouvert ne se refermera pas il est là à côté de nous nous le voyons et nous ne le voyons pas il

est notre ange chu dans la fange nous respirons avec lui les parfums des chairs en décomposition des âmes hurlantes devant la béance de l’horrible nous les avons laissées sans adieu

sans haine parfois car le vertige abolit la conscience pour faire de nous des monstres aujourd’hui les mêmes agissent où sont-ils sommes-nous si sûrs que les mobiles ont disparu si vite

623

une ombre est venue dans l’après-midi elle ne coïncidait pas avec les ombres habituelles nous n’avons pas vraiment été surpris nous l’attendions et de suite elle fut familière un peu vulgaire

une ombre qui semblait nous reconnaître nous qui étions réservés au point d’être reconnus comme des marginaux extravagants insultants et surtout méprisants envers les laborieux les forts

en servitudes de toutes sortes pourvu qu’elles enchaînent assez de temps pour n’avoir plus le temps de regarder les ombres voilà que l’une d’elle certes particulière nous était adressée avec

la pression d’une insulte si nous attendions quelque chose c’est une totalité d’ombre pas une ombre partielle facile un prêt-à-porter le sort était jeté il a fallu admettre la bassesse du jour seul

624

parmi les fleurs les jasmins les tulipes vivait une bête sombre aux oreilles pointues et blanches son ventre gras et gris aimait la douceur des mousses ainsi passait-elle ses journées

au frais soyeux de cette couverture végétale les jours secs sans nuages à quoi bon regarder le ciel paresseuse elle cherchait l’ennui la lenteur tiède des demies ombres d’un soleil

voilé laiteux rosé le soir venu elle osait se mettre à découvert le gris de son ventre prenait des reflets de nacre d’huîtres et de velours jamais elle ne fut plus heureuse que de placer

son corps à l’oblique du soleil finissant soudain endormie le rêve l’emportait telle une plume d’oiseau au-dessus du lac où des cygnes enfonçaient leur tête dans la vase humide du fond

625

parmi les espèces vivantes une nouvelle est apparue du moins elle existait depuis la nuit des temps mais se tenait inaperçue aujourd’hui elle vient en nombre et elle est encore plus

nombreuse dans les images des médias elle est nommée les «les homenimaux» certes les animaux on les maltraite cette espèce on la délaisse elle se déplace là où le chemin est caché

elle dort là où nous pouvons l’oublier parfois on la chasse quand elle est trop visible avec des moyens disproportionnés dans le but de l’effrayer afin qu’elle ne puisse séjourner plus d’un

jour dans un même lieu ces personnes car se sont des personnes sont des sans lieu et parfois sans papier c’est horrible nous le savons mais cela ne nous gêne pas d’être des témoins cruels

626

c’est un espace ordonné hiérarchisé expression de rapports sociaux et de production formes pures et blanches que la courbe du soleil accompagne tout au long du jour plus loin près

de la voie de chemin de fer c’est l’heure indécise d’un demi-sommeil salle grise baignée par des reflets laiteux renvoyés sur le haut des vitres et projetés sur un sol de cendre on se

dispute pour rien un billet pour la grande balançoire tous sont des vendeurs improvisés de friandises de photographies impudiques mélangées à des objets de sainteté Croix Christs

Saintes Vierges Bouddhas ou Confucius en fer peint en bois en plastique le monde n’est pas un monde de raisons mesurées sur le partage mais sur l’indécence communautaire nue

627

un boulet de fer un anneau soudé et une courte chaîne scellée au mur solide d’un béton de cave seule une fente dans la porte éclairait ce trou à rats où l’on avait entassé des hommes

nus sans toilette un seau d’eau pour tous chaque jour boire l’eau ensuite uriner déféquer donner quelques coups à la porte et avec un peu de chance le seau était enlevé sinon il restait

là dans le noir parmi ces corps en attente d’un procès dans un jour dans dix jours quelques mois personne ne savait les peines prononcées étaient sévères la prison à vie le travail pour

guide absurde brutal incohérent tous les six mois creuser des fosses transporter des sacs de chaux d’autres leaders seront plus cléments la marchandise aidant le consommateur vit

628

des visiteurs viennent parfois dans notre monde que nous ne connaissons pas ils ne sont pas toujours perceptibles ils laissent peu de traces des griffures quelques tâches verdâtres pour eux

nous sommes des êtres étranges des poches de sang avec des muscles des ossements qui peuvent crever facilement avec des écoulements incontrôlables qui projettent les corps à terre pour

rester inertes et pourrir lentement empester l’air avec des nuées de mouches en dernier lieu des millions de fourmis dévorent les restes  nos visiteurs n’ont pas de peine car ils savent ce que

nous sommes capables de faire des actes de meurtre et de cupidité à n’en plus finir ainsi notre espèce n’a pas de lieu solide pour loger son être la mélancolie peut nous accueillir sans réserve

629

parce qu’il est inutile de s’adresser aux humains gourmands d’entendre la voix de l’autre il avait pris l’habitude de parler aux oiseaux dans son ombre derrière lui un chat le suivait afin

de mettre les volatiles à distance il n’aurait pas aimé sous prétexte de converser aimablement que des proximités s’établissent et viennent placer des affects inopportuns ici aussi il faut

veiller que chacun reste dans son monde le genre seul peut différer afin d’amoindrir la curiosité sexuée qui trouble le novice dans le voyage vers la hauteur du ciel à vouloir séduire trop

vite ces roitelets et autres mésanges par le sonore registre de la voix il se mit à crier de peur d’être écouté deux lignes subsisteront l’une rose l’autre azur dans le noir profond sans regret

630

terre nouvelle où j’avais jadis construit un abri au fond d’une cour encerclée d’immeubles elle fait apparaître aujourd’hui un lac d’émail jaune acide où des poissons mauve sautent

par-dessus les nénuphars en laissant tomber leurs écailles pour muer doucement en teinte grise dessous la jaune surface un fuseau de laine tourne laissant choir son fil décrivant

des courbes telles des hanches éprises de pas dansés ainsi dans cette eau de troubles divers s’agitent des hommes et des femmes nu-pieds dans le limon soufré industriel rien ne

vient distraire la lente séparation des corps puis tels des atomes dans une centrifugeuse ils polissent la roche en tournant comme des bolides ivres d’aimer la perte et la dissolution

611

pour aimer la solitude un homme simple employait son temps à ne rien faire immobile près d’un baby-foot il regardait les joueurs de bois peint il les imaginait solidifiés dans un bain

d’acide vitrifié afin qu’ils ne puissent accomplir aucun geste ainsi toute chose prise dans l’immobilité les règles ne serviraient plus à rien il se réjouissait à cette idée de saper ce monde

de faux semblant tous agenouillés à la vitesse d’acquérir la malice nécessaire pour cultiver ce mal absolu la croyance que la richesse sauve l’homme de l’indignité et pour cela enfonce

le clou des horreurs serviles dans les cervelles gonflées de certitudes il faut prendre avant d’être pris voler avant d’être mis en touche tous ces toutous abjects qu’ils crèvent en pur acide

612

claque de sang si fort que la jeunesse gaspillée restera gravée telle l’inscription sur une tombe dans le creux de la main à chaque

rencontre elle épousera d’autres épidermes pour se mêler dans d’autres disparitions pour accélérer la fuite en avant vers l’enjeu

décisif de continuer la perte oui je suis un perdant maléfique je pourchasse l’innocence habile des gagnants la perte menée vers

le triomphe des imbéciles sera mon paradis ici bas dans l’oubli cadavérique de ma fosse je marche tel un aimant vers sa fonderie

613

l’incendie avait eu lieu agréable maison qui ne méritait pas les flammes ils avaient choisi après leur mort l’incinération ils n’avaient pas prévu qu’elle vienne si vite cette crémation

autoritaire un matin de printemps dans les cendres chaudes remuait le chat seul rescapé pour l’heure quand il fut écrasé par le soulier d’un pompier pressé toutes les cendres furent

dispersées par un vent furieux ainsi chacun a respiré un peu de leur corps calciné le jardin seul témoin intact gardait un silence décoratif avec ses milles fleurs semées avec soin sans

compter le concours poli des oiseaux qui se sont abstenus de chanter des souvenirs il n’en est resté aucun nul descendant nul acte méritant la vie simple sombre le néant est solide

614

l’univers n’a pas de lieu un juste appliqué à des peines futiles est venu chercher un peu de réconfort auprès de ses amis libres à peine avait-il prononcé un mot qu’il se rendit compte à

quel point il s’était éloigné d’eux ainsi crispé dans son élan il ouvre en grand les volets qui vont heurter bruyamment le crépis du mur et vont laisser un écho sonore s’enfuir de l’autre

côté de la rue je suis venu vous dire que j’ai abandonné toute vulgarité mon commerce rencontre un vif succès je vends des bilboquets flambants neufs colorés comme des pendules

pour cueillir l’or des ruelles ils viennent par grappes au comptoir ils vident nos cartons nous remplissons la caisse ils savent ce qu’ils font nous ignorons notre prospérité l’univers rit ici

615

la glace aussi dans l’armoire tu l’a laissée se briser de l’intérieur nous étions enfermés pour avoir rompu nos alliances parce que nous ne pouvions continuer à être complices de la

mort celle de celui que nous aimions ainsi seuls chacun partant sur la rive opposée nous avons arpenté de nouvelles terres compris que nos horizons ne seraient plus jamais sur

la même ligne toi vers l’Est emporté par ta ridicule bravoure pour affirmer l’égalité entre les êtres qu’ils ne soient pas dépourvus de ce socle commun sur lequel tu construis tes

folles libertés vers l’Ouest le large n’en finit plus la mer et le ciel mélangés sont ma consolation de ce milieu incolore le frêle esquif est mon usage ma volonté est sans but éclairé

616

la barrière était devant nous elle avait été construite à la hâte avec des fers de fortune nous n’avons eu aucune peine à rompre ses anneaux scellés ils n’ont fait aucun bruit en

tombant ils ont roulé dans le pré vert maintenant la rouille a dû les mêler à la tourbe humide quelques traces brunes persistent mais de notre passage rien ne subsiste ainsi les

poursuites furent abandonnées nous vivons dans cette contrée isolée ici nul ne songera à venir nous n’attendons personne notre solitude est volontaire mais nos pas sont libres

des regrets sans doute mais la mort veille en proximité elle nous empêche de courir sans méfiance nous pouvons encore aimer au loin les nuages les beaux nuages qui passent

617

une jeunesse apprise sans encombre puis la défiguration brutale une maladie sotte infectieuse redoutable sans médicament seul le temps fera passer l’injure au visage sinon la

défiguration restera profondément installée pour toujours le suicide possible solution envisagée puis la trouille d’autres l’ont subie ils deviennent des saints intouchables nul ne

doit les approcher la mort insoutenable collée sur la bouche la malchance dévore et trouble l’approche des chairs puis vient le sauvetage par le réel inventé de toutes pièces si il

y a accord la chose sera faite la vie possible revenue dense comme un cirque bondé de loin en loin l’œil restera farouche aux aguets l’ennemi une fois venu revient le tuer de suite

618

la prospérité voilà le mot idéal pour vous rendre imbécile à vie marcher en cadence jamais frapper les vitrines amusant surtout le dimanche ou les jours de fêtes quand ils sont tous

attablés cuisse contre cuisse sur les bancs graisseux des cantines cinq étoiles des angelots accrochés au plafond sans angoisse qui sautent d’un crâne à l’autre pour faire mousser le

tourbillon des crèmes glacées puis viendra la crémation ordinaire nous ici jamais nous passons sans plus sans arrêt nous avons du sang volé bleu verdâtre saumon jolie pour le soir

venu sur les allées nous sentons la girofle en mangeant des brioches les passantes se retournent c’est gagné vite un alcool pris sur un zinc de fortune vite au ruisseau la bière mousse

619

des lâches avaient caché sous la pierre des butins volés à des travailleurs précaires ils avaient brûlé leurs passeports ainsi étaient-ils couverts de toutes poursuites non c’était sans compter

aux forces telluriques qui agissent sous nos pieds elles dévoilent au grand jour nos itinéraires de faussaire alors là il a suffit de presque rien quelques poussées de magma pour faire surgir le

butin enfoui étalé sur le sol à la vue de tous mais personne ne prit au sérieux ces pépites d’or mélangées aux feuilles mortes de l’or à vue sur ce chemin fréquenté soyons prudents et sûrs

ne baissons pas nos bustes pour des brillances faciles à portée de main passé l’hiver au printemps il n’y avait plus rien le souvenir est fourbe il n’y a jamais rien eu sauf l’or d’automne saint

620

la mélancolie est venue sans bruit elle s’est installée au cœur des chairs dans l’intérieur des muscles ainsi leurs volontés jadis si téméraires abruptes prêtes aux folles envergures se

sont assagies comme des lapins en cages doux au toucher aimables le marteau est sans maître il ne sonne plus sur la dure enclume la vigueur des gestes n’est plus aussi frêle que

des pâtes de mésanges posées sur un brin de saule le corps est sans regret il accepte la défaillance ce n’est pas encore le renoncement mais l’abandon progressif des outils de force

des flots de brume circulent sous la peau elle devient fragile et l’épine du rosier trace aisément des sillons rougeâtres qui laissent des griffures en forme de signes étoilés silencieux

601

un seau de terre disons un seau terreux de terreau séchait au bas d’un mur blanc crépis de chaux un sot passa et fit un saut

si haut que l’anse du seau quitta le seau et se brisa en morceaux ainsi l’anse devint un arc de fer sans eau à porter à la main

le sot surpris fit demi tour pour observer si la scène pouvait revenir en arrière et éviter le seau qu’il ne se brise au pied du nu

mur blanc chaud par ces derniers rayons de soleil d’automne il n’en fut rien le sot comprit vite que le temps est irréversible

602

nous vivions dans une impasse donnant sur une rue couverte par une verrière l’impasse était en fait l’arrière cour d’un hôpital aujourd’hui désaffecté il arrivait que des intrus prennent asile

dans ce lieu presque vide immense où le pas résonne puis ils disparaissaient sans laisser aucune trace pas d’ordure pas d’objet oublié pas d’inscription une discrétion même dans l’absence

et surtout pas d’odeur les humains vagabonds sentent la chair rance la viande moisie rien de cela une odeur de chêne de plâtre ancien légèrement poudreux laissant sur les habits sombres

des marques tenaces qui nous trahissaient revenus de ce monde clos sans clef ouvert aux disparitions lieu idéal pour violer la loi des pudeurs apprises s’envoler vers le nuage de sable clair

603

des excentriques longeaient une voie de chemin de fer portant des barres d’acier robuste sur l’épaule en cadence ils sifflaient un chant local attaché aux valeurs du lieu il marchaient

à la rencontre d’étranges créatures que les journaux signalaient chaque jour le pas précis sur le ballast instable ils grelottaient d’un froid mordant espérant trouver les fugitifs pour

se réchauffer les muscles quand un loup tombé de je ne sais d’où planté au milieu des voies tel un marbre de tombe les fixait docilement amusés par sa bienveillance ils firent les

gestes appris de leurs ancêtres pour se retrouver avec des visages lacérés de marques profondes cicatrices bleuies par cette journée d’hiver le loup n’avait pas bougé d’une seule griffe

604

dans un lieu charmant près d’ici une tombe chaude sous le soleil ardent prenait son temps à sécher des cristaux de sel sur son marbre

brûlant quand une ombre vint troubler son projet de blanchir sa surface d’une poudre blanche afin de recouvrir le défunt d’un voile si

opportun qu’un manteau d’opium elle découvre debout dans son habit pourpre un dévot d’opérette maquillé comme un lustre froissé

elle lui vint l’idée saugrenue d’ouvrir sa porte depuis des bruits de chairs fond un vacarme de coton humide sur les rougeurs infectées

605

le monde civilisé n’est pas ce que vous croyez l’argent que je possède je l’ai volé donne ta laine ou je te saigne telle a été mon existence j’ai pris sur le dos des autres et j’en éprouve

aucun remords j’ai accumulé pour être à l’aise et peu importe si j’ai semé la mort ou le désastre chez mes victimes je l’ai fait en toute légalité je n’ai jamais franchi l’irrespect des lois

car toutes permettent la dévoration de l’autre il suffit de le faire avec beaucoup de courtoisie et surtout dire n’importe quoi j’ai toujours été sidéré par la crédulité de la plupart des

humains ils sont prêts à obéir à peu prés à toutes les croyances les idéologies cela tient plus de la farce que d’une humanité debout j’en éprouve qu’un reste d’écœurement distrait

606

construire quelque chose un n’importe quoi une sorte de bolide géométrique sans propulsion apparente pour une chevauchée incertaine pour atteindre la blancheur laiteuse

des nuages pour côtoyer ces êtres informes longtemps s’acclimater à leur errance légère respirer leurs impalpables ossements corps vaporeux mousse sur le visage trembler

à l’idée d’un ciel livide mort sur lui-même suspendu par des crochets par une puissance diabolique haineuse de l’évanescence poudreuse d’une nacre atomisée en fine particules

le ciel est l’entrée d’un coquillage marin sans vertige sur ses parois lisses il me hisse au bord d’un océan de craie où la neige poudreuse remplit mes poumons dociles en partage

607

nous avions rendez-vous sur le bord du soleil ici au moins nul ne pourra jouer avec les ombres sur les bords il fait moins chaud mais il est préférable de se dévêtir de ses plumes

ainsi nus assis sur le rebord nous nous sommes décidés à contempler les flèches de feu en direction des astres environnants telles des langues jouant avec des bulles de savon

dans cet air sec la Terre et ses océans humides nous paraissaient bien incommodes dans cette moisissure de moleskine qui colle à la chair du dos ici les fesses reposées sur un banc

de molybdène au seuil de sa fusion à 2620° nous prenions notre temps à engloutir des crèmes douces d’agrumes et de thé vert l’œil rivé à nos cornets dressés et lisses d’écumes

608

des policiers cherchant bavures prirent à partie un voyageur solitaire longeant un canal lisse comme un verre poli sans ménagement ils l’immobilisent contre le parapet et lui font

comprendre que l’eau profonde ferait un cercueil vite oublié englouti à jamais recouvert des reflets des arbres des immeubles si parfaits si tranquilles que cette dernière demeure

pourrait fort bien rester mille ans sans publicité inconnue au fond dans la vase humide qui songerait au crime ils l’ont fait de retour parmi leurs confrères leurs alliés soudés les uns

aux autres tels des maillons de chaîne ils en viennent à jouer à l’épée munis de leurs matraques sombres ils luttent sans habileté rien que pour le bruit sec des bâtons lisses heurtés

609

j’avais j’avoue des envies de meurtres avec cette façon qu’il avait de lever les coudes au-dessus des épaules pour jouer à l’aigle lui ce miteux des bitumes cet apôtre des réverbères

la nuit quand toutes les caisses à ordures s’entassent et puent les misères des immeubles éteints nous allions perdre nos restes d’aventures dans ces avenues désertes que faire si

non jouer à se faire peur l’un l’autre toujours distant la haine est dans la poche avec le couteau lame fidèle la seule sur le fil l’âme dissolue chacun enviait le sang de l’autre pour le

glacer et hop une ordure de moins dans la puanteur âpre des ciments mouillés jamais nous avons été si proches commettre le meurtre double suicidés en boucle sur nos portables

610

il prit son permis de conduire et autres imprimés similaires pour entretenir un petit feu allumé avec précaution la flamme s’élevait au milieu de son bureau laissant échapper de temps à autres

des fumerolles colorées son chef de service paraissait amusé le laissa jouer la matinée entière lorsqu’il le fit entrer dans son bureau embarrassé confondu il lui tendit un cendrier en verre noir

avec l’inscription gravée d’une publicité oubliée il lui parla avec une voix retenue pour lui informer que chacun de nous presque chaque jour nous perdons de la fortune ou des souvenirs mais

ce n’est rien parce que nous perdons encore davantage nous perdons le goût d’exister alors que enfoncé au cœur de nos poumons grandit un astre solide lumineux vif comme l’éclair il attend