Voix Off

ce lieu perdu criminel et délicieux nous allons essayer de l’approcher pas à pas en laissant de côté les lumières trop vives par

Lui cet hôte sans scrupule qui nous laisse dans l’agonie où il parvient à nous distraire pour mieux retourner sa hache de fer dans

nos estomacs convulsés nos poumons étouffés par les servitudes acceptées il nous faudra pour continuer à résister vivre nu

accrochés aux dérives aux épaves emportées par le milieu du fleuve sans nourriture ni sel apprivoiser les mâchoires des loups

pour franchir la porte c’est assez simple pour franchir le fleuve aussi cela ne représente aucune difficulté mais pour prendre la décision le courage lui fera défaut

il savait cela tout le laissait interdit de longues heures à attendre sans pouvoir décider d’un mouvement infime pourtant sans se l’avouer à lui-même prendre du

temps pour faire durer l’indécision gagnait chaque jour un peu plus ses dernières forces ainsi l’instant de la décision devenait inévitable cette fois accompagné

d’un gain insoupçonné aurait-il pu penser qu’au dernier moment aucun désespoir ne serait là à le torturer d’en finir au plus vite pour sauver une illusoire dignité

je demeure dans une sorte de prison dans un cadre verdoyant où la lumière passe par le trou de la serrure je vois des nuages assoupis dans des cages de fer échouées

au bord d’un rivage je les vois hésitantes à sombrer définitivement au fond d’une alcôve drapée de soie verte et grise avec pour toute lampe un briquet de marin trouvé

sur un banc de pierre je prie tenant dans une main une pomme d’or des bruits arrivent d’un orchestre idéal situé dans les sous-sols les vibrations suivent les conduites

d’eau ciel mon attente vient prendre le reste de mon corps je t’en supplie ne me laisse pas dévorer par l’amer égoïsme des chairs qui ne cessent de briser leurs chaînes

dans des officines d’opinions des pressés d’aventures diverses agitaient leurs bras élégants sans prendre garde des parquets boueux sur lesquels ils étaient assis voulant

édifier des entreprises funestes pour voler l’or du jardin ouvert à tous les vents de la liberté un homme seul ayant pour unique envergure sa présence gardait le trésor riche

sous les ramures d’automne afin de préserver l’authenticité du peuple endormi j’ai toujours soutenu un combat éprouvant pouvait-il dire il constatait que chez ses proches

contemporains ce combat avait fait une fulgurante progression ainsi il n’était plus le seul à l’éprouver viendra le temps du partage raisonnable avant la nuit des sots bruyants

dans un atelier des bois secs attendaient posés sur le sol séparés par des liteaux d’être repris par des mains habiles pour construire un abri en entrant il heurta

de son pied la pile de bois surpris par ce désordre nouveau en rentrant chez lui il ne pouvait pas cesser de repenser à ce chevauchement dans la nuit des lampes

bougeaient dans le local en projetant des lueurs sur la cour quelques jours après ses chaussures noircies par le feu portaient encore des traces de cendre le noir

marquait le sol d’un dessin étrange en forme de lampe qui bouge vacille et par un effet de souffle venant de la porte éclaire le pan de mur jaune un court instant

des amitiés désunies un massacre de trop pour l’heure il a besoin de ce bras de fer judiciaire déjà compromis par des

vassalités improbables il s’en remet à son seul jugement pour apprécier l’infernale poursuite d’un ennemi en chute libre

il sait le gouffre ouvert à tous les vents et espère une dernière bourrasque pour ensevelir les derniers corps susceptibles

de le confondre il arpente le parc de la demeure dans ses moindres recoins et décide d’ensevelir sous une souche l’arme

les ondes traversent les continents elles sont utiles pour les vacations approximatives des styles un peintre usé lavé par l’amertume enfermé dans

un édifice blanc exposé à la lumière prend ici et là des formes de vies lointaines qu’il considère siennes pour accomplir de vastes projets et mettre

à son service des crédits qu’il ne remboursera jamais ainsi son aventure est faite d’emprunts multiples qui lui concèdent toujours plus de succès

il en va toujours ainsi de la citation elle propulse puis brûle les ailes même pour les plus sincères qui voulaient seulement rendre l’hommage vivant

dans l’écarlate d’une flaque de sang un visage recherché depuis longtemps semblait surgir d’un néant de flammes ayant si peu convoité la compagnie des anges

je fus surpris de cette opportunité si vite arrivée fallait-être assez sot pour croire à ce portrait venu d’une flaque qui soudain sous l’effet d’un ciel changeant se

transforme en une surface blanche sans contour diffuse qui s’approche et virevolte sur un axe devient proche et disparaît n’ayant d’autre ressource que de suivre

le même chemin j’allais de flaque en flaque pour constater des eaux salies par la terre brune l’impure mélange ne savait rien inerte aussi sot qu’une bougie froide

on peut voir la rue comme un champ de boue on ne distingue plus les couleurs cendrées des pavés nous prenons un café derrière la vitre la terrasse brille comme

une plaque de mica chauffée à blanc de partout scintillent des billes de verre qui heurtent la glace et devenant sonores un bruit joli vient remplir l’espace plus loin

un chien parvient à renverser un bidon et l’entraîne sur la chaussée jusqu’au croisement d’une rue en pente puis d’un seul coup de patte le bidon dévale et prend

de la vitesse sous le regard surpris du chien arrivé en bas il est retenu par une pierre se cale immobile puis tombe dans le canal rejoindre la vase et le limon bleu

un léger sourire presque imperceptible qu’il n’arrivait pas à cacher il avait de plus en plus de mal à se supporter devant le miroir je suis responsable s’ils me

découvrent je suis fini je suis accroché au ciel avec des lanières de cuir et j’avance lentement partout sur les murs les inscriptions l’insolence est un droit la

fabrique des vertus n’est qu’une fabrique de soupes pour les indigents nos arrogances sont galvanisées de certitudes nous avançons lentement parce que

les pressés sont pauvres de leur temps obligés de courir dans d’étroits chemins qui se refermeront ainsi qu’un piège de plomb sur des roitelets de plumes

vous l’avez assassiné le meurtre ne s’efface pas vous êtes définitivement dans le purin de vos cités que vous soyez encore vivants il importe peu vous êtes la vermine qui

ronge la sainteté des hommes libres Nous nous agissons sans Dieu mais nous ne tuons pas nous nommerons les choses sans haine là où elles se trouvent les gens là où

ils exercent leurs pouvoirs leurs actions même s’ils se cachent sous des visages multiples avec ou sans masque j’ai un seul visage qui est celui de mon lieu d’humanité

même sous terre il restera vivant les roches qui m’entourent ont absorbé mon sang qui se diffuse maintenant dans les cristaux fluides des galaxies souterraines libres

il avait pris pour habitude d’envoyer des photographies de lui-même par divers détails pieds œil fesses sexe dos mains un

morceau de bras un genou enfin toutes les parties de son corps en prenant garde de les distribuer dans des quartiers différents

de sa ville il espérait qu’un jour il serait découvert par assemblage de tous ces détails il faisait cela pour la gêne d’être découvert

en s’exposant entièrement nu le ciel dure depuis si longtemps disait-il la courbe du soleil est incessante il faut changer d’horizon

sol de pierres blanches veste à carreaux jean posé sur le bois d’une chaise éclairée par des lueurs mauves et grises d’une enseigne sur le toit d’un immeuble

éloigné d’une distance mesurable il se lève et se penche sur une vasque d’eau parfumée de fleurs séchées il compte encore sur des indiscrétions pour gagner

un peu d’argent et le placer en lieu sûr il se sait perdu et détesté seul au milieu de son désordre volontaire joué sans distance il dira je suis un immigré de

l’intérieur je suis né ici mais je suis ailleurs depuis toujours sans regret puisqu’ils n’ont jamais voulu de ma présence je demeure dans la pierre d’un palais oublié

le plus difficile n’est pas de tuer avec un peu d’alcool et toutes choses diverses absorbées il suffisait d’appuyer l’ergot de fer et les balles volaient comme des flèches

parfumées écraser les chairs projeter les corps disloquer les membres nous savions le faire rapidement de manière propre nous avons pour cela de l’entraînement

et une sorte d’envie de produire du massacre comme on produit des meubles ou des haricots il y avait aussi un peu d’argent à la clef mais la tâche accomplie

personne ne voulait s’astreindre à creuser les trous avec les trois pelles que nous disposions alors nous avons laissé les cadavres pourrir en attendant l’excavatrice

nous étions parfois heureux surtout l’hiver quand le soleil donnait des douceurs pâles alors pris d’un élan on descendait vers les quais d’embarquement

les habitués nous laissaient entrer et là avec nos mains on touchait la tôle froide des caisses de métal celui qui restait en contact le plus longtemps

devenait notre héros le temps de remonter vers le quartier Nord ivres de notre candeur précaire et enjouée on riait en se donnant de petites tapes dans

le dos arrivés à l’angle de la rue dominant les quais des cargos avec leurs cheminées noires et rouges nous envoyaient une lumière lucide et claire sobre

sur l’autoroute en direction du Sud nous avons fait une pose sur le parking du Soleil à l’ombre d’un camion d’où s’échappait un peu d’huile rendant

le sol glissant mais avec des stries de couleurs changeantes avec une paille retirée d’un gobelet de soda nous avons tracé une figure dans ce

liquide qui peu à peu se dissolvait dans le goudron puis le camion a laissé place à une brûlante plaque de soleil la paille alourdie par le noir gras

et mou est restée collée longtemps avant de s’agglutiner puis s’est dissoute sous l’action conjuguée du goudron de l’huile et de la chaleur

l’entretien s’est bien passé chacun a fait le nécessaire pour être à la hauteur maintenant qu’il était de retour il lui semblait qu’il aurait pu faire un geste de

sympathie une sorte d’inclinaison pour montrer sa soumission mais il ne l’avait pas fait non pas par orgueil il n’y avait pas songé tout simplement il ne

connaissait pas les usages appropriés ou il n’avait pas cru devoir les connaître et les exposer ici dans une sorte d’obligation à un moment ou un autre il lui

a manqué un mot le gris de la pièce avait eu raison de ce manque maintenant il le savait et ne cessait pas de chercher des gris identiques ici sans raison

un pays de ruines antiques pour moitié exportées dans la grisaille souillée par des hydrocarbures qui longent vos immeubles effervescents de pierres

et d’inox neuf retombent en gouttelettes d’argent en clapotis charmants et font rire vos amis clients pour prendre du bon temps sous ce ciel clément

la main leste portée sans gants dans les vitrines dorées du Guilty flamboyant il marche vers elle pour lui dire soyez plus habile soyez plus lisse parfumée

ne laissez pas gagner l’ombre sans rien dire sans agir elle viendra au moment venu briser ce sol de marbre et fera de vous une tâche sombre sur l’égout

un pays de ruines antiques pour moitié exportées dans la grisaille souillée par des hydrocarbures qui longent vos immeubles effervescents de pierres

et d’inox neuf retombent en gouttelettes d’argent en clapotis charmants et font rire vos amis clients pour prendre du bon temps sous ce ciel clément

la main leste portée sans gants dans les vitrines dorées du Guilty flamboyant il marche vers elle pour lui dire soyez plus habile soyez plus lisse parfumée

ne laissez pas gagner l’ombre sans rien dire sans agir elle viendra au moment venu briser ce sol de marbre et fera de vous une tâche sombre sur l’égout

il avait subi de nombreuses transformations pour être ce jour un personnage resplendissant sexe tout neuf nouvelles fesses gueule aux lèvres épaisses

comme des rebords d’écuelle en faïence grenat sang de bœuf et pour toujours des seins de velours assis au Rex il éclaboussait la salle au point que des

craquements sourds se faisaient entendre dans le noir et rouge des longs couloirs moquette épaisse lumière rare un lieu sans fond échos multiples puis

des silences brefs un bras une jambe avec pour restes des chairs opales les corps se cherchent ne trouvent qu’un angle aigu pour s’ouvrir l’os du crâne

au fond d’une fosse de boue les hommes pourtant prudents jusqu’aux crimes aiment jouer dans cette fange la boue est grasse collante ils sont fiers de tenir debout

juchés sur des vacarmes à moteurs gras huilés comme des saumons en cage le poids des masses de fer s’enfonce un peu plus chaque jour dans la graisse minérale

peu importe il sont là sans labeur à attendre quelque chose de propre qu’ils pourraient salir des idéaux des idées fidèles aux lois de la mansuétude et du courage ici

non c’est la loi de la fange un monde vers le bas graisseux des rouages de chaînes qui flagellent la terre pour en faire un noir horizon sans astre ni levée des aurores

ces montagnes ocres qui se détachent sur des camaïeux de la mer enserrent des vallées où l’eau est précieusement gardée on change de paysage plus

à l’ouest avec l’étendue de collines de rochers bruns on devine à l’orée de la forêt des cabanes de rondins sommairement construites les chemins ne sont

que des enfilades de flaques de boue l’eau cherche son parcours la nuit venue les reflets semblent se perdre dans un ciel lunaire qui trouve sa peine à

donner aux gens d’ici le peu de lumière nécessaire pour veiller sur leurs enfants endormis la levée du soleil fera naître la lueur cristalline des gelées d’avril

par la grâce des cruautés la glace de l’alcôve courbe des tourments de l’âme en espérances immobiles fardeaux longtemps

épuisés par les raclures des sols acides je viens vers vous remplir vos instincts saisis d’épouvantes amenuiser vos ampleurs de

violences concentrées au point abrupt et noir des témoins pour vous emporter loin d’ici des cours peuplées de juges et de

certitudes sur cette sphère folle de sa conscience d’elle-même je joue pour la dernière fois afin que vous puissiez applaudir

je suis le doyen de ce Séjour sur Terre car pour moi-même je suis plusieurs mes visages changent tantôt je suis jeune ou d’âge

avancé j’ai incarné plusieurs métiers ou fonctions politiques du plus loyal au plus corrompu je maîtrise les horloges le temps

n’a pas de progression linéaire je vais partout dans le temps qu’il soit présent passé ou à venir il importe peu de savoir l’instant

seul l’engagement courageux distingue les intervalles des pulsations métriques de l’espace historique de nos fictions solitaires

une commode achetée chez Ikéa de couleur sombre dans le noir d’une chambre aux volets fermés attendait le réveil d’un humain allongé sur son lit sous des draps gris

usés depuis un jour peut-être deux avec leur nuit longue dans ce lieu tiédi par un chauffage collectif des lueurs parfois venant de je ne sais où flottaient dans l’air sans

obstacle et décrivaient des cercles des anneaux stellaires des globes se formaient et sous l’effet du silence une ronde lente jouait aux cieux terribles du dehors maintenus

par des champs magnétiques ici forcée par la modestie des mesures la ronde s’approche et traverse le cerveau du dormeur afin de le rendre au néant pour toujours

suffit-il d’inventer la règle non faut-il être capable de jouer sur son défaut ses exceptions son renversement on peut le souhaiter sans quoi l’émancipation n’est

qu’un paravent pour cacher la sécheresse et l’incongruité d’une impasse qui fera naître de nombreuses déceptions où pas un des survivants n’oserait rire de

lui-même n’oserait rire de l’impasse nous savons que notre chemin est notre impasse que les images sont imaginées pour cacher le fond de cette impasse

pour autant nous devons continuer à accepter et à rire de ces illusions utiles pour apaiser l’avancée irrémédiable vers la conclusion fatale et futile du corps

mensonges et cynismes c’est de cela qu’ils ont le plus souffert ce qu’il y a de vrai et d’irréfutable c’est qu’à cet instant s’est produit la chose la plus extraordinaire sur

ces hommes et ces femmes qui dormaient loin des maisons détruites de part et d’autre en équilibre au-dessus des toits des formes blanches ont soulevé les restes

débris de toutes sortes brisés tordus par le feu une demeure brillante avec des vitraux clairs placés à intervalles réguliers où des fils de soie tendus vibraient pour

donner à ce lieu une perspective habitable nous savons qu’ici le réel n’est pas vain qu’ici repose nos espérances pour garder le sang neuf au seuil du désastre venu

il se prépare à aller au-delà de l’événement souvent simple révélateur de courants de tension ou d’aspirations qu’il convient de détecter et de comprendre

dès les premiers signes annonciateurs ou encore de combiner les approches pour saisir les grandes mutations dans toute leur étendue puis il prononce à voix

haute le mot ‘au-delà’ et tout autour de lui la scène devient électrique chacun déteste l’autre même l’ombre de son voisin donne des sueurs froides si fortes

que les membres tremblent et semblent aspirés par des gouffres de souffre bouillonnant laissant échapper des écumes violette semées de copeaux de verre

on a cru voir là l’image mortifère de la société de consommation il n’est pas sûr que les sociétés aient trouvé là une perte elles ont trouvé ce qu’elles attendent

souvent une mort exposée faire tomber les corps si possible pour un total anéantissement les broyer les mélanger au purin des villes et applaudir en jouant des

coudes en serrant des dents mâchoire organique rouge liquide et saumures transportées en charrettes ‘potain de merte’ voilà ce qu’ils disent ou plutôt murmurent

en rejoignant leur cellule sans regret dans ce refuge à l’abri d’un nouveau crime j’ai peur du mur gris il vient chaque nuit me prendre et sur le bord du fleuve je tremble

à le voir déambuler dans ce supermarché du centre ville on ne soupçonne pas qu’il vient d’échapper à un massacre il passe d’un rayon à l’autre il observe avec attention

les images collées sur les divers emballages elles renferment de tout des poissons maquereaux ou sardines il se souvient de son pays laissé à l’abandon des féroces hardes de

chiens capables de tout il n’a pas voulu résister par lâcheté le mal tient le monde comme un jouet et les hommes attendent leurs récompenses il achète une barre de chocolat

et des oranges dans un filet de nylon transparent pour laisser voir la marchandise sans passer par les caissières épuisées penchées assises sur leur chaise aux tissus abîmés

des sommes d’argent incroyables sont dépensées chaque jour en pure perte pour des objets luxueux sans piété où sont passés les Rubens les Michel-Ange les Léonard de Vinci

les artistes ne sont que des mécréants des médiocres pas un ne vaut la peine d’être sauvé qu’ils se mordent entre-eux dans le chaudron de l’enfer je ne ferai rien qu’ils crèvent

mais leurs commanditaires ne valent pas mieux ils ne cessent de se jalouser les uns les autres à celui qui surpassera son rival par l’énormité des prix pour des bibelots rutilants

les gouvernements que font-ils ce deuxième Capitalisme qui n’ose pas dire son nom la même chose en plus sournois et content de parader au vent laissent crever la Création

j’ai pris conscience du risque à continuer mon chemin sans hâte sur cette terre boueuse un abîme s’est ouvert au fond des formes bougeaient semblables à des renards

argentés des bêtes dociles aux dents pointues je suis allé les rejoindre elles se sont dévêtues pour m’offrir un manteau de luxe que j’ai gardé longtemps pendu dans le

sombre d’une armoire pour ne pas les obliger à craindre la lumière électrique des humains apprivoisés qui ne cessent de se compromettre à faire tourner des machines pour

placer l’éclat des lustres au dessus de leurs mouvements obscurs ils dansent disent-ils le ‘boogie-woogie’ à Broadway dans des maisons de briques brunes et portes noires

au cœur de la ville au dernier étage d’une tour il reste là dans la puanteur de son abandon on le dit chargé d’une mission pour établir la liste des oiseaux qui survolent

la ville au début de la saison morte d’épouvantables ordures salissures de toutes sortes des graffitis innombrables recouvrent les murs les étagères formant une muraille

des rideaux épais devant les fenêtres clôturent l’espace dans un gris sombre suivant une logique parfaite il joue aux dés des chiffres improbables qui se révéleront être

les plus proches des migrations successives qu’il imagine par delà l’épaisseur de la dalle de ciment du goudron pour l’étanchéité et quelques antennes ovoïdes opaques

intensifier l’exploitation générale transformer chaque centimètre en marchandise vendre à chacun son idéal fabriqué sur mesure calculé sur la valeur du déchet futur

ensuite recycler et passer à trépas l’acquéreur puis recommencer jusqu’à l’infini des nombres et jouir du silence glacé du vide pourtant les accommodements sont dans

toutes les propositions personne ne pourra dire je n’ai pas eu le choix à chaque fois les agences ont proposé des parcours inédits mais l’inertie est telle qu’un seul modèle

est resté la marque de ce siècle avec une telle durée il s’est formé une tradition ancrée même chez les plus téméraires ainsi l’œuvre de l’anéantissement s’est accomplie

les humains sur la Terre sont distribués en tous lieux dans le creux des vallées sur les berges dans les montagnes avec des rochers aux estuaires dans des maison de bois si

proche des marées qu’elles sont emportées détruites par des vagues immenses mais les hommes de nouveau reconstruisent au même endroit leur séjour dans la vacuité

des lumières changeantes rosées par les étoffes suspendues aux lanières des avancées fragiles qui servent de passages d’une maison à l’autre ici chacun est occupé le jour

durant à suffire aux nécessités nulle lassitude ne vient troubler leurs demeures pourtant ils sont inquiets au loin la mer sombre se double d’un ciel crispé dans une suie solide

habiter dans un bois dense dans un refuge de chênes bruts le toit en chaume de genêts le ciel invisible demeurer éloigné des êtres humains se serrer contre des loups

les gueules en attente face à face pour atteindre la peur au ventre la mâchoire qui sertira le cou d’un collier de nacre puis viendra l’humidité des mousses la sobriété

des nuits j’ai attendu en vain dans l’alcôve le vent glacer par le gel la rosée déposée sur le pourpre d’un canapé de soie le sang bouillonnant dans les artères frêles en

dessous d’une peau blanchie pour n’avoir jamais vu le soleil ici l’ombre est gagnante remporte tous les succès point de rêve utile les lueurs ont leurs songes particuliers

ils viennent avec des masques envahir des chambres fermées donnant sur la mer pour se loger dans l’inaccessible quelques vertiges

de sensations devant un abîme de flots bruyants où des vagues construites dans des matières lustrées arrivent à leurs pieds fragiles

et musclés la méchanceté viendra avec facilité cette nuit là nous étions sans armes voués aux rencontres fortuites des bêtes sur le

toit glissaient jusqu’au bord et se laissaient tomber dans le feuillage des arbres dans cette nuit sans lune pour achever leurs vies

dans une vallée un lac agité dissimulait sous son écume une épave jetée la veille par des malpropres pressés de quitter ces lieux délaissés

où seul vivait un honnête homme dépourvu de blancheur immigré de force et laissé là au titre des abandons industriels il passait son temps

dans un va-et-vient incessant entre l’église et son container de fer en disant je suis une ordure en vacances un limoneux luxueux au bas des

grandes vitrines assis dans l’éclat du ruisseau d’argent un enthousiaste les jours de pluie une sentinelle dans sa cage de verre au sol cassé

des chiens immobiles l’œil vitré d’une épaisseur de fonte voyaient des humains s’agiter dans le sang et pareils à des divins marquis

savouraient cette mare bouillonnante d’écume avec tous ces organes assemblés la scène était si prenante qu’ils restaient habiles

et silencieux à aiguiser leurs crocs avec des râpes de fer de ce déluge ils espéraient vendre les ossements pour un usage interdit afin

d’amasser un peu d’argent en vue d’acheter un cercle de friandises sucrées pendues depuis peu à l’entrée de l’épicerie ouverte la nuit

il prend ses valises et se dirige vers la gare il se souvient des plaines blanches et songe au vol noir du nuage de cendre traversant l’immensité pour se fixer net au-dessus de

la ville pour assombrir les ruelles où d’un geste sûr il trancha la gorge d’un passant involontaire dans des lointains fugitifs quand la verte étoile inonde la nuit de ses rayons

nacre dans une paisible attente il voyait son corps se transformer en pierres friables pour se mélanger à l’argile du fleuve des tâches d’huile laissées par des machines lisses

obturent encore la vision nette d’une ébauche humaine aux formes géométriques sur ce sol brûlant lentement mes mains dit-il n’ont plus de service à rendre maintenant

il prend ses valises et se dirige vers la gare il se souvient des plaines blanches et songe au vol noir du nuage de cendre traversant l’immensité pour se fixer net au-dessus de

la ville pour assombrir les ruelles où d’un geste sûr il trancha la gorge d’un passant involontaire dans des lointains fugitifs quand la verte étoile inonde la nuit de ses rayons

nacre dans une paisible attente il voyait son corps se transformer en pierres friables pour se mélanger à l’argile du fleuve des tâches d’huile laissées par des machines lisses

obturent encore la vision nette d’une ébauche humaine aux formes géométriques sur ce sol brûlant lentement mes mains dit-il n’ont plus de service à rendre maintenant

dans une pièce simple des abeilles tournaient dans l’angle du mur et d’un support de table faisant une ombre dans la clarté grise qui pouvait

être interprétée comme celle d’une arme obscure au service d’un meurtre à venir où des vapeurs mauves et ambres évoquaient le fumet d’une

chair en lente décomposition dans ce refuge ombragé au bord d’une voie ils viennent pour ce repas partagé entre bêtes et hommes sous cette

immense toiture couverte de mousse par plaques jaunes et brunes chacun immobile dans son sang qui se fige reste attaché aux bords des tables

l’hiver sous la neige et cette boue que l’on traîne partout après chaque redoux la cité compte quelques milliers d’habitants avec son faubourg industriel textile

et métallurgique ses barres basses et ses tours ses terrains vagues la grande route avec son carrefour bordé de maisons accolées en briques jaunes et enfin son

Hollidays On Ice depuis les dernières élections chacun avait contribué en donnant sa voix son argent ce nouveau lieu allait occuper les jeunes à des performances

sportives les adultes pourraient venir pour regarder leurs prouesses et la nuit venue se souvenir des visages à peine brouillés sur les glaces embuées des vestiaires

nous sommes restés ici l’été dans le même quartier les autres saisons nous y étions aussi mais sans y prendre garde occupés à rien loin de nous le dur labeur des asservis nous

étions ignorants des disciplines cela nous suffisait à remplir nos journées les gens passaient pressés sans nous remarquer les après-midi on déboulait dans le supermarché

pour jouer au client comme on joue dans les séries nous avions les attitudes particulières des personnes qui portent leurs sentiments visibles par les gestes le visage ainsi pris

au jeu les personnels de surveillance venaient vers nous pour nous aider nous assister on remplissait les chariots que l’on projetait à la sortie contre les grandes baies vitrées

des prudents mangeaient sur une nappe blanche peu garnie seuls les riches bougeoirs ornés de triangles en cristal émeraude et blanc lançaient sans compter des feux

aux convives sans joie nul échange entre-eux des soupes claires flottaient dans la porcelaine sonore sur des tiges minces des hauts verres contenaient un vin blond laissant

échapper un grésillement de bulles puis vint le plat copieux une chair énorme à peine cuite à peine morte que déjà un large couteau tranchait le souffle chacun de rire de la

voir si tendre à s’offrir sans souffrance ni cri qu’il leur vient une idée une seule de prendre leur cuillère pour exorbiter l’œil de cette bête nue maintenant droite et splendide

les humains prennent des idées un peu partout pour parfaire leurs convictions politiques même dans les bandes dessinées alors ils se munissent de bâtons et de masques pour

se présenter face aux caméras ils prennent des poses longues pour être sûrs de paraître les premiers sur la scène des médias les jours suivants ils essayent de se reconnaître alors

qu’ils avaient tout mis en œuvre pour se cacher depuis on ne sait jamais s’il s’agit d’un enjeu politique ou d’une scène pour une série où chacun est venu pour recevoir quelques

pièces de monnaies afin de pouvoir boire une bière ou deux ils appellent cela leur libération pacifique ils ne demandent rien d’autre seulement un peu de fraîcheur avec des bulles

quitter cette presqu’île au plus vite quadrillage de béton vertical au fond le torrent de jus noir du goudron laisse flotter des têtes humaines telles des bulles flanquées

d’une bouche bavarde les yeux affolés tournant sur eux-mêmes les molécules de matières gazeuses accrochées aux fouillis des fibres nerveuses fond un vacarme de

réclame pour des produits enviés je quitte ce monde sans être sûr de ne l’avoir jamais habité fuir sans raison par réactions internes des muscles aux contrôles incessants

des jugements constants de ce qui a été ma perte la volonté farouche de ne jamais donner l’accord à la matière putride des caissiers du siècle assis sur la démocratie

il faudra trouver un guide pour l’emmener jusqu’au fleuve personne n’ose l’accompagner puis nous l’avons laissée seule ce n’est qu’au bout de quelques heures qu’elle

est parvenue dans cette clairière magnifique entourée d’arbres étranges et gigantesques peuplés d’oiseaux silencieux lieu limpide sans ombre portée aucune poussière

tout semble de verre des galets noirs ronds et lisses poussés par des forces aveugles laissent échapper des bulles d’air et viennent éclore avec des bruits de pluie sur

des tissus soyeux elle laisse son corps affligé dans les fougères coupantes qui ne feront d’elle qu’un amas de brindilles d’inox le soir venu une vapeur blanche virevolte

par excès des arrogants épris d’un injuste châtiment s’en allaient avec habilité par la traverse qui permet de surmonter l’immeuble et de distinguer

nettement la fenêtre ouverte donnant sur un lit défait d’un geste commun ils lancent leurs objets de malédiction et attendent les cris qui vont traverser

le quartier pour se répandre comme une coulée de fiel jaunir les premières lueurs de l’incendie puis remplis d’une joie partagée ils allaient semer

l’insouciance à tous ces coupables qui rampent pour la moindre faute libres par le crime ils traversaient les ruelles avec la vélocité d’une roue dentée

il se peut que non loin de là la mer revienne et nous surprenne une fois encore avec ce navire noir qui brisera les quais neufs et les parterres de fleurs ils surgissent nus

avec rien dans les mains d’une contrée banale anonyme et jusque là respectueuse des lois ils ont en commun de s’être pris pour des obstinés des libres pensées et de

ne pas le regretter il est de haute taille avec une belle carrure n’enlevant rien à sa silhouette svelte un regard rapide et une manière furtive de laisser place à aucune

ponctuation retrouvé au bord de l’agonie la gueule broyée dans un lac noir de boue et d’immobiles papiers froissés avec l’inscription le calvaire de soi est pour toi

l’acquisition de techniques et leurs améliorations sont de moins en moins spectaculaires elles demandent une attention obscure

médiocre mais elles seules permettent à la générosité de trouver sa mesure et non la parade de gestes sans conséquence sinon

pour servir un ego majestueux qui ne libère personne des conditions d’asservissement maintenant ils sont libres d’apporter des

arguments normatifs précis sous le seul arbitrage et le contrôle d’eux-mêmes ils prennent la direction de la piscine pour oublier

avec l’objectif de saper toute équité possible ils connaissent les chemins pour faire de ce monde une hilarité confuse de soumissions en solution finale graduelle

irréversible des autoroutes sont construites en peu de temps sur six voies pour étendre l’emprise en tout point des continents une voie royale où les mobiles sont

avancés pour recouvrir et ensevelir tous ceux qui par le raisonnement simple et de bonne foi éclairent la supercherie et désignent le désastre qui avance sans

bruit demain il se dirigera à son atelier comme si de rien n’était il sait que le ciel viendra à son secours le moment venu la confiance dit-il est un lieu de sépulture

non loin de là des arbres isolés laissaient passer une rivière étroite avec leurs branches ils projetaient un peu d’ombre sur ces eaux peu profondes où une main morte

émergeait de la vase on eut dit un signe il suffirait de se pencher la saisir et la prendre pour la hisser de ce lieu froid et la réchauffer contre son cœur pour qu’elle fût

des nôtres ainsi d’un geste elle fût prise le fond de la rivière s’ouvre laissant voir une alcôve où des femmes assises laissent leurs longues jambes battre les ajoncs verts

qui se penchent au point de céder leur hauteur et se brisent si vite qu’ils remuent la vase et troublent cette eau douce où maintenant les bords s’élargissent en estuaire

à l’approche de l’été nous n’étions plus les mêmes nos fibres longtemps irriguées par un sang fluide furent remplacées par des nervures de nylon afin de résister aux fortes

chaleurs qui brûlaient l’ensemble de la végétation depuis l’explosion de cette lointaine étoile à peine visible mais qui avait induit l’implosion de la plupart des centrales

nucléaires la surface de la terre se compose maintenant de plusieurs couches suffisamment éloignées pour permettre des modes de vies inconnues telle l’absence de la

pesanteur ou son contraire des forces centrifuges qui contractent les membres à les rendre aussi sonores que des cloches de fonte heurtant nos nacelles de cristaux libres

des humains cachés par une dictature admise en tous lieux vivaient lentement pour accomplir le moindre geste il fallait calculer prévoir les effets risquant la

lacune l’oubli la faute pour ne pas se retrouver à errer dans l’immensité des campagnes à chercher un refuge parfois l’hospitalité pour obtenir quatre pommes

et un abri de planches attendre tout l’hiver attendre encore hésiter puis reprendre la marche à la recherche d’un village de là parvenir dans une grande ville et

se fondre dans les quartiers délaissés au printemps on pouvait encore apparaître neuf lavé de tout soupçon le visage durci prêt à se rendre aux lumières du jour

pour n’avoir plus d’attache aucune il parvient à marcher sans relâche ni refuge sur ce chemin de calcaire blanchi par la lumière abrupte

pour atteindre la plaine cette terre remplie d’eau par flaques inégales tant de clarté pour presque rien le sol immense inutile pourvu

d’étranges végétations il avance sans penser à rien à l’univers dans les marges stellaires il écoute son pas sans raison il écoute les bruits

indivisibles liés à jamais comme le sang et l’eau dans les membrures du corps il sait d’avance que ce chemin conduit au néant il marche

c’est la fin de l’hiver les premières douceurs arrivent les uns les autres reprennent leurs habitudes de circulation partout des restants de neige se mélangent à la terre

brune dans une infinité d’ocres et de verts sombres le gris n’est pas en manque il reste sur les bas-côtés des rues là où les immeubles se sont noircis par les cendres des

conduits de chauffage des lueurs tiédissent les façades chacun attend le vent venu des côtes au sud où déjà le soleil enflamme les toitures rouges elle sort de l’ombre

pose ses lèvres sur la vitre et demeure le temps d’une respiration retenue sans frémir malgré le contact froid de la vitre au dehors les bourgeons des lilas tirent au vert

une vie privée abjecte des joies faciles sonores projections de gestes obscènes loin des surveillances ils accomplissent leur besogne

avec le plaisir des jours de printemps innocents tranquilles persuadés de proposer le bien ils sont libres et puissants précis jusqu’au

matin ils sortent des ténèbres lavés des inquiétudes possibles blanchis jusqu’à l’os par l’impétuosité des soleils naissants puis les

sourires se figent le mal répandu dans tout le corps au point que les chevilles se brisent ils se cherchent et ne cessent de s’enlacer

un astre pour se nourrir plongeait ses racines de verre dans les tombes de deux frères ensevelis côte à côte à l’abri d’un mur exposé au Sud il s’y plaisait tant qu’il resta

ainsi longtemps à prendre la chaleur des ossements des poussières des restants de chairs au point que parti depuis peu de ce lieu tiédi par un soleil jaune il fut surpris

à son retour d’entendre des conversations feutrées faites de sanglots étouffés de reproches mutuels suivis de son étranges comme des frottements de chairs roses et

d’échanges clairs un astre pouvait-il provoquer tel retournement et provoquer de telles conversations abusives en ces lieux de silence que la nature en soit distraite

un homme dans sa cellule ou dans une chambre donnant sur une cour fermée regarde le mur assis sur une chaise de bois jauni attachée par un câble au lit inquiété

par la réverbération du robinet d’inox à cette heure du jour il se penche sur lui-même et projetant avec son corps une ombre grise brise la symétrie du losange orange

avec le coin du mur avec un geste lent étire le bras suffisamment pour projeter un cercle brun sur le bas de la porte sombre et parvient à figurer un curieux animal qui

le fait rire un peu oubliant ainsi la pesanteur du soir venu sans se douter que demain aux mêmes heures l’animal l’attendra sans patience que le jeu recommence vite

un meurtre a été commis dans une banlieue proche du pont dans le bas d’un

terrain abandonné depuis longtemps le corps est abîmé un peu noirci souillé

par de la terre beige quand ils sont venus prendre le corps des badaud étaient

là en silence frustrés d’être privés de manifestations émotionnelles les lieux

les corps ne cesseront pas de se renouveler à l’infini pour disparaître encore

par là dans la nuit seul un humain avance sans fuir sur un sentier caché par une rangée d’arbres

secs laissant tomber des brindilles brunes le pas vif il sait sa marche comme la seule ambition

raisonnable je meurs dit-il sans cesse sans parvenir à deviner s’il se joue à lui-même une comédie

sans fin des oiseaux rares dans le ciel laissent des traînées noires comme si leurs ailes affûtées

coupaient indéfiniment cet outremer étoilé

fausse servile peu sûre et de mauvaise foi elle parvient à échapper à la besogne plonge ses mains couvertes

de sang dans la boue noire pour à chaque fois apparaître avec deux ailes blanches tel un ange docile dans une

forge sourde d’un enfer opaque et libre inondé par un soleil d’hiver

dans une clairière gisant comme une épave un corps étrange couvert de jaunes moisissures éclaire

les écorces de bouleaux penchés par l’abondance d’une végétation dévorante avec des bruits d’horloge

aux heures décalées et nettes sur le lointain des lueurs bleues puis violettes semblent venir d’une respiration

apeurée sans doute étouffée par le poids d’un autre corps fait de roches et de buissons ardents brûlants

plus loin c’est un magnifique monument entièrement tapissé d’or un bâtiment scintillant posé au bord

d’un lac bordé d’une longue galerie de marbre blanc l’eau est éternellement verte et le ciel presque toujours

bleu dans lequel évoluent survivants d’un monde disparu des hommes superbement harnachés comme

pour livrer un ultime et périlleux combat dont l’issue perdue d’avance n’égare en rien la fierté qui demeure

des organes neufs voyageaient dans le temps sans trouver lieu pour croître que faire si non choisir la greffe facile sur le premier

rocher venu ainsi logés dans du quartz pour en utiliser les propriétés électriques ils vécurent en cette demeure translucide pour

appréhender toutes les facéties des jeux visibles chacun connaissant de l’autre toutes les géométries ils finirent par s’ennuyer et

choisirent d’habiter l’être humain depuis les désirs gagnants ils ne savent que sautiller et rompre les attaches pour le vil emploi

ici et là des existences isolées pouvaient être anciennes et vécues en marge de tout la crasse devenait une amie choisie

l’amplitude des gestes était mesurée il fallait atteindre le point cynique de l’abandon de soi pour apparaître nu et solide

devant son échéance nulle consolation espérée ne point faillir attendre le soleil levant et percer cet astre diabolique qui

veut mettre en lumière toute chose et toute existence avec un baton d’osier lui crever le cœur pour parvenir à la nuit fine

pour avoir semé des larmes dans un bassin de pierre sous un soleil voilé de nuages bas laiteux nacrés

ainsi qu’une surface de coquillage battue par le sable un oiseau frileux cherchait les cris inadmissibles

de cette femme poursuivie par un songe dévorant croyant bien faire il presse son vol et heurte avec

violence la vitre d’une maison close le son résonne encore tandis qu’elle se jetant hors de son lit défait

son vêtement de soie pour se mettre nue devant la glace pour enfin entendre le choc sur le verre lisse

entre ses doigts il laissait couler un peu de sa poignée le sable le long d’un chemin qui le conduisait vers un abri

de planches où un crucifix de plomb suspendu sur un bois jaune dans ce local noirci par la fumée offrait l’illusion

aux personnes fragiles d’être en présence d’une lumière pouvant servir de consolation ainsi ce repli de planches

devint le lieu de débauches certaines chacun surpris par sa faiblesse apprise en d’autres lieux ne se doutait pas

qu’un témoin silencieux observait les turpitudes esclaves où ces êtres excellaient dans l’exercice de la laideur

un cabaret coquet lampes-globes lumières tamisées quelques individus résignés accoudés au bar au fond des tables vides

les nappes blanches bien tirées laissent voir des traces encore brillantes avec d’autres plus huileuses ou moins prononcées

semblables à des touches d’aquarelles ils sont venus là dans la nuit vomir le sang accumulé des labeurs résignés d’autres

plus pervers fiers d’être en ce monde des maîtres buvaient les âpres liquides pour compenser la belle aventure d’avoir

survoler l’océan des cupidités sans jamais perdre le moindre souffle sans jamais accorder un seul regard de compassion

nous étions plusieurs dans ce lieu les discussions battaient sans mesure entre autres certains proposaient la grève de

la faim à minuit la porte s’ouvrit violemment comme si on lui avait donné un coup de hache des hommes habillés de

blanc et de bottes rouges firent irruption l’un d’entre eux portait une balance de verre un autre des sachets contenant

une poudre que nous devions respirer ces bottes si magnifiquement écarlates si belles que personne ne trouve à fuir

à protester un idéal sonore venait à nous avec des bras d’une infinie tendresse le sang se mit à couler ruisseau de roses

des forces soudaines ont pris à la gorge des humains tranquilles accoutumés aux occupations civiles pour grossir un capital

éloigné de leurs demeures chacun croyant à la certitude du jour mais pas un de plus le nez collé aux parois des murs sans

présager une seconde de leurs teintes il a fallu attendre des siècles pour que l’un d’eux installé durablement dans le confort

prenne la peine d’observer l’instant futile de sa pleine lumière ce pan de mur élevé à la signification fut l’origine et le tourment

d’une multitude d’encriers satellites qui gravitent autour de Terre sans cesser d’émettre des diversions aux légitimes passions

ils agitent des drapeaux noirs dans une salle blanche le spectacle est parfait à la place des hommes libertaires ils ont

placé des robots infatigables impériaux les robots ne représentent qu’eux-mêmes il n’y a pas de voix off qui aurait pu

laissé un doute sur des traces d’insoumission ici le réel est sans voix c’est la loi d’airain la perfection est juste pas la

moindre trace de sueur les égouts tournent à plein régime le crime parfait sans procès fera pourtant la une des journaux

au titre d’une performance glorieuse opportune apprivoisée aux impostures livrées au grand jour dans l’atonie générale

nous sommes des lâches la seule fois où nous avons eu un peu d’audace c’est notre nuit de noce qui fut le départ d’une vie parfaitement

tranquille sur le plan sexuel bien sûr mais aussi pour nos affaires nous étions à l’hôtel dans la chambre à côté un homme égorgeait sa

femme tant elle criait fort nous avons frappé à sa porte et là d’une manière incompréhensible constatant le crime nous avons donné

aucune alerte nous nous sommes contenté de faire chanter cet homme riche si riche que nous avons jamais travaillé de notre vie c’est

la performance de notre silence qui d'une certaine manière est une attitude d’artiste obtenir un gain sans geste la vraie posture c’est nous

elle fut une amie irréprochable je garde d’elle un souvenir qui me rend heureuse comme aux premiers temps de nos amours

je garde aussi ses vêtements aux couleurs dérangeantes je n’aurais jamais porté de pareils coloris ses roses qu’elle fabriquait

elle-même avec des teintures achetées au bas de la rue il me semble de respirer encore ses eaux bouillies rosées d’écumes

blanches où trempaient des pulls des chemisiers je n’ai jamais su si elle avait absorbé ces produits tous avaient une croix orange

dans une enfance retrouvée un jeune garçon vivait dans une alcôve pourpre avec un chien noir fidèle et calme

c’est en août que l’on a retrouvé les corps mordus les chairs bleuies veloutées parsemées de taches de jaune

moisissures de tous les témoignages des proches et de ceux qui ignoraient l’existence même de ces êtres aucun ne

s’est aventuré à préciser lequel avait consenti le premier la déchéance les liquides épandus liaient leurs serments

pour craindre les morsures des êtres doués d’impulsions de survie il se couvrait de boue fangeuse limoneuse jusqu’à

l’aveuglement afin de se confondre avec l’immédiat des arbustes des mousses en ce lieu d’automne doux contre les

rochers blancs sous le soleil il se tenait debout afin de sécher les dernières humidités de cette parure puis dans l’attente

de pluies torrentielles se livrait à des combats joyeux pour ne former qu’une nacelle de membres où viendront prendre

place des bêtes féroces lancées depuis les cimes le jour laissant ses ardeurs au seuil de la colline il se fige sur le rocher sec

lieu étrange il ressemble à une remise ravagée par le temps saccagée par tant d’abandons les volutes des cigarettes ne

salissent plus les vernis déjà noirs les boiseries peintes au rouleau laissent encore visible des traces jaunes à côté deux

ou trois pièces servent de débits de boisson les restes d’un gâteau à la glace traînent sur le bord de la table en marbre gris

veiné d’un rouge sombre et noir d’un big-bang-ballistic style il ne cessait de dire une provocation a eu lieu elle résonne

parce qu’il ne faut pas cesser de combattre cette océan de marécages qui serpentent dans nos lacis veineux le muscle le nerf vif

laissons la saumâtre boue accomplir ses destinées le creux où s’écoule ce purin n’est autre qu’une partie extensive des corps nul

ami ici pour autant gardons le à l’esprit sans lui accorder le moindre affect il est notre éloignement le parallèle cosmique éclairé

hors de portée des gestes quotidiens sans jamais le craindre ne jamais l’oublier car il attend la main tendue saisir nos faiblesses

dans un monde croisé du Nord au Sud par des navires somptueux des Antiquaires silencieux voyaient pour

la première fois sombrer un astre luisant donnant des reflets jaunis sur le rebord des tables où des linges

salis par des blessures enfouies surgissaient maintenant alors que tout semblait accompli la destinée et la

franche amitié ainsi pris à dépourvu ils se lèvent tous et franchissent l’obstacle de la jetée sur cette mer lisse

une rose dans un jardin d’hiver sous des débris de verre proche d’une carafe ancienne endurait un gel mordant

sans perdre son parfum ni sa teinte orangée alors qu’à l’intérieur de la maison des pivoines fanées penchaient

au point de laisser tomber leur blancheur grise sur le vernis d’une table au dehors rien le silence et la nuit puis

le bruit d’une chaîne dans un trou le lendemain dans l’agitation elle fut arrêtée net par un regard oblique et vif

nous étions d’accord vers douze heures la voiture devait être là avec le chargement prévu sous les fleurs de couleurs turquoise et mauve avec des reflets

d’inox parfum jasmin citron puis il se lève et demeure sans le moindre geste convenant que son état ne lui appartenait plus devant l’étendue du parc il laisse

se perdre la pâleur des nuées grises le vertige revient avec un solide bloc de plomb coincé au fond de sa gorge afin de le réduire à cendre et à poussière

contre le mur il dit vous pouvez nous faire confiance nous sommes les meilleurs nos constructions idéologiques sont increvables la lâcheté est notre idéal

des idées lui arrivaient par blocs puissants identiques à des électrochocs il se savait attaché sur un lit de planches noircies

par des jus d’un écoulement indéfini les liquides traversaient la pièce en laissant sur le sol des mélanges moirés parfois ils

s’accumulaient dans un creux une flaque donnait alors de jolis reflets d’ambre roussie sur une table sans style une mésange

dans sa cage voyait la scène protégée par les fils de fer chacun savait attendre l’effondrement programmé sans heurt isolé

attendre le jus marron des plaies qui s’ouvre après la mort rejoindre la fosse profonde recouvert d’émail clair puis

parvenir à se hisser propre et joyeux au bord du ciel se pencher sur la vaste couronne des précipices distinguer les

lignes de peupliers dans les vallées les voiles de frégates sur le lac oublier les lots de cadavres qui chaque matin

remplissent les couloirs mes frères vous serez toujours resplendissants vivants dans le recueillement du temple

sans mesure ni ménagement ils vont estimer leurs derniers biens et les mettre en vente avec l’argent ils vont ouvrir

des commerces en ville pour prospérer et acheter toutes sortes de choses inutiles afin d’encombrer leurs appartements

et enfin fuir ces bric-à-brac modernes qu’ils détestaient avant même de franchir le seuil de la ville ils diront plus tard

notre jeu avait quelque chose de trop réel nous reviendrons avec des armes en carton noir et des appâts de glu luisants

ils peuvent venir nous les attendons ils viendront casser les tambours dont chaque fond est une peau d’esclave étourdir

les maîtres et les prendre pour des servants pour transformer en cendre assez de complices furieux de n’être pas sur la

scène les premiers de ces chiens féroces et contagieux nous sommes la puissance de ce monde nul ne peut nous atteindre

sans s’abîmer lui-même dans la boue de ses viscères exposées aux reflets brûlants de nos immeubles d’inox et de velours

les mondes se juxtaposent leurs coïncidences sont presque parfaites à quelques détails infimes leurs perceptions

sont repérables légères oscillations décalages d’intensité lumineuse à cela s’ajoute le trouble que nous avons

d’imaginer plusieurs mondes possibles proches contingents ainsi plongés dans l’indécision nombreux sont ceux qui

feront le choix d’un même monde partout en toutes circonstances par peur des multiplicités des complicités cachées

des idées lui arrivaient par blocs puissants identiques à des électrochocs il se savait attaché sur un lit de planches noircies

par des jus d’écoulements indéfinis les liquides traversaient la pièce en laissant sur le sol des mélanges moirés parfois ils

s’accumulaient dans un creux une flaque donnait alors de jolis reflets d’ambre roussie sur une table sans style une mésange

dans sa cage voyait la scène protégée par les fils de fer chacun savait attendre l’effondrement programmé sans heurt isolé

chaque jour l’inextricable du visible et du recouvert de l’invisible et du montré dans sa maison au sol de terre battue elle prépare

du riz avec un peu de lait ce sera son seul repas heureuse d’être à l’abri des regards par delà la rue les toits elle se souvient puis elle

dit tu n’es qu’une ordure je sais ce que tu as fait durant ton séjour je vais organiser ta pauvreté comme je l’ai fait pour d’autres tu es

un astre éteint sur sa tombe tu portes des inscriptions incompréhensibles pour détourner l’évidence de ton destin coupable et net

une mort sans crainte sans heurt pour une éternité douce apprivoisée alors qu’ici le calcul du temps se découpe à la feuille de

boucher sur des billots de bois debout innocent fuir et parvenir à l’orée d’un bois serré noir ouvrant sur un secret ici des cerfs

vêtus de velours se comportaient comme des bourgeois lassés ils partageaient pour la première fois une soupe claire d’asperges

sauvages cela suffit dit l’un d’eux hâtons-nous de graisser les chaînes pour que les esclaves bougent et remuent leurs fanges

senteurs délicieuses d’amandiers salades ou jus de fruits teint velours où des mèches légères se relèvent sur la nuque

soutenues par un gel tout un espace organisé comme un paquebot de croisière où tout le monde évolue en cadence au

milieu d’un océan de poudre jasmin doré sous un ciel parfait chacun livré à sa profonde solitude afin d’atteindre l’usage

accompli du corps une brise grise parfum d’une Terre oubliée le vaisseau conduit sa chute parmi les poussières du désastre

il s’installe dans une cabine téléphonique aux parois de verre feuillette l’annuaire assis sur un tabouret en métal de couleur grise il avait pris soin d’apporter une roue

de bicyclette il téléphone à tous ses amis pour éveiller leur conscience afin de les inviter à venir près du gouffre d’autres désignent des causes profondes qui produisent

un incessant désir de haine par l’absence d’une véritable communauté la désintégration de la confiance le laxisme l’implacable pression qui pousse chacun à accomplir

des performances de plus en plus indécises il fera de sa vie un contresens à la recherche de l’impossible pour se surprendre encore une fois dans l’incrédulité totale

chaque matin depuis sa sortie tant attendue été comme hiver il passe dans les appartements explore les vestibules

traverse les chambres à coucher aux lits entrouverts gagne les cuisines où traînent les désordres de la veille interroge

les occupants aux yeux remplis d’inquiétude il a trouvé ici un lieu pour rayonner et trouver la mondialisation aimable

des années plus tard on a trouvé des carnets remplis de chiffres qui mentionnent jour après jour sa dégradation lente

nous avions pris les habitudes des gens d’ici avec leurs voix discordantes nos gestes aussi avaient changé sans pour autant

être malheureux certains d’entre-nous se suicidaient dans les passages souterrains au-delà du périphérique ce n’est pas un

renoncement simplement de la lassitude celle qui tombe dès le commencement du jour sans raison sans bruit une sorte

d’apaisement un assouplissement idéal les muscles dociles donnaient les derniers ordres le ciel était au rendez-vous serein

pour avoir garder un souvenir il demeure des jours entiers privé de toutes les mémoires antérieures dans cet îlot insalubre

dressé au-dessus du fleuve perdu il place ses mains dans le peu d’espace qui lui reste devant lui persuadé qu’une aurore

viendra le libérer de ce tourment partiel il sourit aux visages des curieux venus le voir sur cette scène où nul ne se doute

que le point d’origine de toute chose est proche et sera révélé ainsi une forme naîtra pour l’emporter loin des lieux utiles

un solide mur en périphérie des caméras vidéo un peu partout une entrée étroite surveillée un stricte contrôle des

visiteurs dès l’approche de la salle de rédaction il faut monter sur le toit terrasse pour voir le ciel dans un enchevêtrement

de lignes électriques de câbles et d’antennes tous sont occupés sur leur clavier à reconstruire un monde facile où chacun

est à sa place ou du moins à celle que l’on veut bien lui attribuer ainsi ce monde peut durer dans l’indifférence apprise

pour vivre dans le présent il ne trouve aucune raison d’adhérer à un système de valeurs duquel il est exclu d’avance il se

marginalise une fois de plus il transforme tout en coup de force et prend au jour le jour le moindre plaisir pour endurer

son écart il est le seul gagnant d’un monde que tous acceptent comme un vide total une fois de plus il se penchera à la

fenêtre et suivant des yeux les déplacements furtifs d’un jeune chat aux prises avec une boule de laine il se laissera tomber

un homme épris de solitude vivait heureux dans un quartier de ville traversé par des bruits de fer d’huile et de moteur chaque jour

il arpentait le sol de glace de la patinoire à la recherche d’un dégel afin qu’il soit livré parfait comme une étoile de verre chaque soir

ses semblables se donnaient rendez-vous dans ce lieu brillant pour se commettre aux vertiges d’un instant à l’équilibre de formes

sinueuses et lascives puis vert minuit quand les grilles de fer raclaient le sol des flots de sang neuf jaillissaient du fond de la salle close

nous avons été fiers durant de longues années puis une aube est venue tardive sans doute en été nous avons compris qu’il était trop

tard pour gagner le pas savant le pas riche ainsi sur l’horizon défilaient des wagonnets remplis d’or lointain nous marchions tout de

même vers cet azur pour rien pour marcher la gesticulation entretenir les flots sanguins faire durer un peu avant que las nous cessions

d’aimer toute chose et d’un coup sec creuser la demeure sous terre éternelle silencieuse amante pour toujours des rires sous la lèvre

dans un bassin d’eau claire rafraîchie par un orage violent des saules venaient jeter leurs longues tiges de feuilles minces à la surface

en décrivant des cercles agitées par le vent formant des coupelles d’argent aux reflets libres la perfection allait à l’évidence ici rien ne

défait l’harmonie habituelle des cycles naturels rien n’arrive non plus le continuel échange des solides et des liquides lié aux replis de

cette contrée sans souvenir les hommes ici ne sont pas venus ils n’ont pas quadrillé l’espace avec leurs arguments ingrats vils et sots

pour les morts pour les vivants qui viennent frapper à nos portes pour les œuvres que nous ne connaîtrons jamais pour les livres

jamais lus la foule est là toujours qui piétine et fait un bruit lourd ainsi nous traversons d’une rive à l’autre pour atteindre le lac sous

sa surface lisse loin au fond des amis qui n’ont pas su choisir être poisson ou héron ils ont choisi l’héroïne assis au fond tous recouverts

de vase le bec du héron perce les poissons comme des passoires d’argent et laisse passer la lumière dans leurs yeux clos de sang noir

ils marchent accomplissant des prodiges des exploits ils ont dressé un bilan objectif en sondant leurs illusions pour en évaluer

avec rigueur les prolongements futurs pour aller encore plus loin dans la recherche du compromis une sorte de solution finale

ils feront pour la première fois ce que d’autres avant eux ont fait mille fois dans des lieux aujourd’hui oubliés repliés dans des

vestiges sous des terres cultivées ou sous des constructions commerciales comme si le soleil les astres avaient tout pardonné

nous enfants des parcours avons pris place au devant des azurs pour accroître l’envers du décor pour émettre la dysfonction des

rouages oui nous avons un gain d’avance pour que les boues savantes ne puissent s’accrocher à nos hardes de pourpre et de soie

nous sourions sans cesse du désastre effaré des groupes humains acharnés à brûler leur acétylène dans des chaudières remplies

à déborder de leurs infortunes d’esprit pour vouloir sans mesure capitaliser des cumuls de déchets nous sommes leurs survivants

des forces nombreuses envahissent ce lieu de réseaux multiples afin de cacher ses énergies contrôlées on le maquille

en hangar avec une façade de cinéma dans l’entrée où s’entassent des cartons immobiles on dissimule des robots usagés

éraflés griffés serrés dans des harnais de plastique avec des crochets de fer en dessous des liquides sombres glissent sur

le sol lisse où des torses de faïence arrachent leurs organes encore valides pour échapper au sort funeste de vivre encore

s’ils veulent imiter le pouvoir il leur faudra de très nombreux figurants construire des édifices des théâtres protéger les

fonctionnaires et sans doute ouvrir quelques brasseries dans le centre de la ville copiant les cafés littéraires et être à

l’écoute des rébellions de toutes sortes s’ils veulent être invulnérables il leur faudra construire les mêmes choses mais

ils ne le savent pas encore entièrement pris dans la lutte contre nous ils ont oublié leurs objectifs d’êtres immatériels

nous avions de plus en plus de difficultés à nous souvenir du passé celui des hivers rudes où la neige restait longtemps sur les cumuls de

charbon il y avait aussi cette pâleur de l’astre solaire au-dessus des aciéries quand l’usine a fermé nous nous sommes souvent effrayés à

parcourir ses cavernes de fer ses membres désarticulés géants qui hurlaient au moindre vent pourtant nous y restions des heures assis là

sur des chariots lourds en attente de quelque chose qui n’est jamais venue sans regret c’est ici que nous avons connu la chaleur des corps

pour la sérénité ou la sagesse tous les chemins sont bons la prière peut-être l’ornière assurément on peut essayer l’extravagance

ou la folle envie des autres le geste exubérant la dépense d’orfèvre ou compter l’âpre gain mérité la déchéance assurée que faire

quand la nécessité brûle les envies se pendre c’est l’économie et le seuil atteint pour d’autres l’écart le pas de côté les semelles de

vent ou marcher dans l’univers tout près de chez soi le dos tourné au soleil prendre son ombre pour guide afin d’élire la démesure

des portiers proches d’un univers glacé où d’écarlates veinures incrustées dans le linéament d’un réseau fluide sur la peau laissaient passer

une lumière verte électrique où des adolescents novices puisaient assez d’énergie pour passer dans l’un ou l’autre des mondes parallèles

afin d’écourter leurs vies sur Terre lassés des multiplicités et permettre ainsi de se sauver des brûlures permanentes infligées aux humains

dociles d’avoir accepté la partition de leur condition de survie au point d’être devenus des inégaux de statut et de droit pour l’éternité seule

pour soigner ses blessures il avait appris à regarder les oiseaux en se posant toujours la même question les oiseaux dans le ciel du haut nous regardent-ils

nous les humains perdus sur les chemins d’en bas savent-ils que nous existons malgré le labeur transmis d’une génération à l’autre de tracer construire

des chemins de boue ou de pierres eux qui n’ont nul besoin de chemin pour aller d’un lieu à un autre ont-ils cette lourdeur des jambes qui ne supporte plus

l’attraction terrestre de nous clouer au sol de nous visser au magma incandescent eux qui n’ont que de fragiles pattes que nous pourrions briser d’un seul doigt

nous avons trompé nos adversaires et tous ceux qui s’exposaient à nos manières de vivre par des provocations qui chaque fois nous obligeaient

à nous exposer davantage au point que nous sommes sûrs qu’ils n’attendaient qu’une chose que nous allions encore plus loin jusqu’au jour où par

surenchère ce sont eux qui ont rejoint le vertige inlassable de la violence à partir de là nous sommes devenus dociles apprivoisés comme des anges

pour les observer sombrer avec lenteur dans leur propre fange leurs lambeaux de chair tombaient un à un dans la nasse de purin qui fermentait

il reste d’elle des cendres et une boîte d’allumettes illustrée d’un jeune matelot peint au dos le dessin est gris sombre on ne distingue pas la mer

seul un vague parfum semble respirer à la surface de l’image nous avons retrouvé cette boite proche de son corps allongé dans un buisson sans

doute violée plusieurs fois mais sans aucune trace de violence elle serait morte joyeuse l’endroit est assez beau avec des bruits d’oiseaux qui nous

surprennent et nous font tourner la tête nous avons aimé à attendre assis là respirer amplement les cendres volatiles agitées pas le vent de mai

ils attendaient sans surprise ni hâte une conviction radicale afin d’échapper à l’étau de fer qui comprimait leur poitrine dans un établissement ceinturé

de tôles blanches édifié sur un emplacement réservé aux activités périphériques d’une ville prospère pour apparaître de nouveau lavés de toutes les

courbures d’une astreinte journalière au pied des machines huilées assourdissantes quand sur le point de défaillir vint un nuage blanc dissoudre le métal

un jus lent visqueux glissa sous la porte d’entrée prit le chemin du fleuve et le fit bouillir instantanément à l’inverse du ciel clair et froid pendu aux astres

Dieu de la clarté penche-toi sur moi les hommes d’ici m’ont oubliée ainsi qu’une vieille pantoufle car je suis laide et pauvre et mes jambes me font

mal j’ai peur du soir quand vient la nuit avec ses horribles souvenirs des bruits de guerre et de honte des trahisons car nous sommes lâches et vils

pour un morceau de pain j’ai vendu mes forces pour un peu d’amour j’ai laissé les ivrognes vomir sur mon canapé je voudrai un peu de laine et de

drap blanc je voudrai pour une dernière fois voir la mer et du haut de la falaise me jeter comme un sac rempli de déchets et souiller l’azur insolent

nous avions des peurs d’être du mauvais côté du mur l’existence si rapide ne nous permettait pas de changer de position ainsi nous sommes restés

longtemps à arpenter les salles d’attente nous n’avons pas de hâte à naître sur cette Terre vue d’ici malgré sa beauté d’origine nous savons que parmi

les humains se cachent leurs idées terribles pour rendre la vie insupportable leurs idées irrationnelles qui déforment et provoquent la pauvreté des plus

courageux elles peuvent à elles seules détruire sournoisement les convictions les plus saines celles d’édifier le jeux inoubliable des volontés imaginaires

lorsqu’elle vint la première fois lui rendre visite il ne put s’empêcher après son départ de finir son verre un geste qu’il regrette cela aurait été

plus simple de jeter le contenu mais il n’a pas pu le faire savait-il que cette gorgée d’alcool allait devenir son poison pourtant il ne fut alcoolique

loin s’en faut l’eau suffit disait-il mais la nuit des formes apparaissaient toujours les mêmes des formes stridentes transparentes claires puis vint

une volée d’éclats de verre qui le transperçait lui déchirait le visage creusant de profondes ornières dans son dos brûlaient des buissons ardents

liste banale des choses ordinaires il reviendra chargé de paquets avec une démarche lente posant par ici par là des billes de verre cachées sous des

pierres angulaires en espérant que les roches terrestres aimeront ce jeux disponible il prendra le temps de s’éloigner de son chemin habituel pour

gravir la pente où des peupliers en nombre laissent suffisamment d’ombre pour atténuer la lumière ardente ici reposé il écoute les bruits de son cœur

et dit mon identité est un nombre caché sous une pierre ronde qui dévale la pente et se brisera avant qu’elle puisse atteindre les limons du fleuve

il se décide à jouer sur cette ambiguïté qui a toujours prévalu entre les revendications pour de nouvelles convictions appuyées sur des considérations

de justice et d’équité et les coutumes locales utilisées pour renforcer les luttes intestines et ainsi briser toutes possibilités d’accords il conduit les forces

des uns et des autres dans des raisonnements interminables et signe le plus mauvais accord de son existence il dira plus tard je n’ai aucun regret j’ai voulu

ma perte et ce plaisir de se partage pas je suis libre des mes bassesses ma chute se mesure à chaque pas le gouffre est déjà derrière moi mais je l’ignore

ma perte et ce plaisir ne se partage pas j’ai trouvé mon propre refuge dans la descente dans la bassesse de soi ainsi je me protège des nouveaux maîtres

on fera une fête sous la voie ferrée à l’abri des turbulences tard dans la nuit quand cessent les rames de métro pour observer en silence le clair de lune

à travers les poutrelles de fer assis sur les graviers huilés par le passage des machines nous étions persuadés dans ce court instant d’échapper aux idées

domestiques des supermarchés où le confort visuel imbriqué dans le négoce nous plongeait chaque fois dans le vomissement d’un monde moyen sous

‘blister’ avec en tête de gondole un slogan hurlant sa peur ‘ici on lange les supplices dans la soie et le velours on tamise le sang de vos graisses inutiles’

circulation des mensonges circulation des vérités question de grandeurs chiffrées ou non la fosse ou le barreau pour d’autres l’esquive le

recouvrement par la parole planétaire une sorte de poisse collante indestructible pour perdurer les jeux infinis de la cruauté parfois aussi

douce qu’un geste d’enfant éprouvant de la peine pour ses proches disparus dans un massacre sur le seuil de la porte de sa maison natale

il reviendra des années plus tard revoir son école primaire mais ne s’arrêtera pas l’angle de la cour n’a pas changé le petit bois vert et seul

il nous restait encore de la nourriture certes c’était de la nourriture pour chat mais en la faisant bouillir il n’y avait aucune crainte d’aller aux toilettes dans

les cinq minutes qui suivraient ce dernier repas que nous allions prendre en compagnie d’une allocution que notre Président allait prononcer l’odeur s’est vite

répandue au début sucrée puis âpre et enfin amère le fond avait du brûler quand nous avons entendu ses paroles personne ne se doutait ce qui allait arriver

des jets de sang sortaient de nos orifices qui se transformaient en gélatine blonde on eu dit une écume au-dessus d’un monde sale abattu par des forces viles

dans la prière à Dieu ou au téléphone portable nous avons connu des tourments des interrogations puis nous nous sommes adressés directement

aux oiseaux le transport des paroles fut avec eux plus aisé nous avons convenu un protocole ils nous écoutaient à condition qu’ils restent cachés

à nos regards ainsi nous nous adressions comme à nous-même la parole s’envolait puis revenait tel un tourbillon au-dessus de nos têtes toutes

agitées par des brûlants messages ne sachant de qui venait la sonore réponse à moins qu’elle ne fut qu’un banal écho enfin rassurés d’être trompés

debout sans rien dire un homme regarde par-delà des vitres la ville s’étendre il est midi le ciel est clôturé par son halo de pollution la lumière

est moins vive cependant des éclats persistent et restent figés dans une indécision entre le solaire et une clarté atomique rien ici ne rappel

la violence de l’explosion d’une bombe pourtant la ville est sous le choc d’un désastre imperceptible qui transforme le sang en pâte de plus

en plus solide pour enfin durcir au point initial des cristaux de roche commence un vieillissement infini celui de la mort économique acceptée

ils reprennent le chemin qui descend droit sur la plaine au loin des fumées s’étendent sur les rives avec certitudes ils construiront des projets des édifices pour

recouvrir leur tristesse d’un manteau de cuir un bleu royal dense règne isolé dans un creux du jour sur leurs poitrines couvertes de tatouages en forme de fleurs

ou d’arabesques la lumière de côté fait apparaître les fines nervures des seins ils se déplacent avec lenteur pour marquer le sol de leurs pieds meurtris noircis

par l’asphalte d’un quartier à l’autre la marche devient si lente qu’elle semble un géant couvrir la ville d’une ombre criant son désespoir d’être ici avec le soleil

les mondes se juxtaposent leurs coïncidences sont presque parfaites à quelques détails infimes leurs perceptions sont repérables

légères oscillations décalages d’intensité lumineuse à cela s’ajoute le trouble que nous avons d’imaginer plusieurs mondes possibles

proches contingents ainsi plongés dans l’incertain nombreux sont ceux qui feront le choix d’un même Monde partout en toutes

circonstances par peur des multiplicités ou complicités cachées alors que la mobilité de nos espaces ne cesse jamais d’être polyvalente

nous avons des individus sans attache qui s’accommodent en apparence de leur nouvelle vie paisible et semblent même illustrer un bon retour vers la normalité

certes ils font encore des transactions douteuses qui incarnent la réalisation d’un fantasme archaïque mais de si longues années passées dans les milieux hystériques

laissent des traces dans le comportement et nous acceptons ces dérives même si un désordre peut parfois nous conduire à les isoler en prenant les plus forts dans l’art

de la dissimulation car à tout moment nous savons qu’ils peuvent nous tromper et notre mansuétude peut nous aveugler pour cela nous essayons de paraître féroces

effrénée sans direction elle se lève et recommence ils se prennent par les bras à demi-nus à demi conscients portés par l’immédiat puis chorégraphies

torrides textes moites entre basses lascives rythmes et voix hautes les mélodies amères l’esprit agile et la conscience rock paroles mensongères voix

roses ambiance légère et lourdes évocations anniversaire les mouvements deviennent répétitifs les synthétiseurs ambulances et les instruments maculés

de brillances paillettes américaines collées à la hâte avec des rubans adhésifs translucides puis quelque chose de plus sophistiqué un blanc rose et mat

nous avions pris l’habitude de longer le grillage au bas du ravin avant de nous enfoncer sous les taillis touffus encombrés de boites de fer et

toutes sortes de choses étranges ils avaient poussé sur les anciennes décharges de l’usine où nos pères nos mères avaient donné leurs vies

nous étions là cachés pour éprouver un repli improbable pour éprouver la vacuité des labeurs consentis pour des semblants de libertés vite

reprises nous étions à l’abri pour l’après-midi sous ces couverts frais avec ses odeurs de lentes humidités nos jambes étirées dans l’ombre

est-il possible que nous puissions être des monstres nous sommes seulement des observateurs sans complicité nous avons pris des mesures pour demeurer

en dehors des enchaînements des principes qui élaborent chaque jour l’exploitation des dépourvus pour constituer un Capital vidé de toutes échelles de valeurs

nous avons là un abîme un gouffre sans nom sans bruit qui chaque jour étale les tombes de ses serviteurs pour cacher leurs linceuls de cendre l’horizon des

communs qui quotidiennement nous servent le gaz et l’électricité à volonté pour que nous puissions vivre tranquillement et poursuivre notre destin de liberté

l’horizontalité est une notion totalement étrangère au monde naturel de la matière et du vivant il n’y a pas d’horizontalité réelle même la surface de l’eau

est courbe ainsi pour parvenir à un raisonnement parfait il procédait à de multiples expériences de lavement afin d’atteindre une courbure de l’eau sur des

corps volontaires et nus nous l’avons surpris dans cette maison où des corps mutilés furent retrouvés sans que nous puissions les identifier car ce n’était que

des restes fragments mélangés les uns sur les autres posés sur des stèles blanches avec au-dessus une lumière subtile et rose pour atténuer les rouges vifs

des rats épris de justesses géométriques poussent un carton pour atteindre l’angle d’une rue afin de déguster tranquillement les restes d’un gâteau

aux amandes et raisins grillés le lendemain pas une seule ligne écrite sur ce joyeux repas les journaux décrivent la passation d’un marché de l’eau

potable à une entreprise privée dont le directeur vient d’être libéré sous caution pour complicité et vol dans une affaire qui avait peu mobilisé les

habitants par nature paisibles et chaleureux puis on a trouvé ce chat mort infecté de peste et le délire a repris sur cet inculpé au visage tourmenté

des forces résistaient encore dans ces corps meurtris accablés pour être debout il fallait puiser dans les derniers soubresauts des réseaux nerveux avec économie

afin de prolonger la durée et de permettre à la chance de se montrer ceux qui n’avaient pas cette patience ou ce dernier espoir laissaient glisser leur corps sur les

parois de la berge sans bruit des cercles à la surface de l’eau s’évanouissaient lentement nous avons eu des peurs dans nos vies mais pas comme celles-ci au loin

ils nous attendaient avec leurs orifices remplis de belles dents blanches comme des colliers de nacre le cœur broyé par la denture précieuse nous consolaient

il n’a jamais mis les pieds sur Terre et pourtant il est parmi nous à chercher des ombres afin de ne pas s’exposer à la lumière vive il nous enseigne depuis longtemps la

demi-ombre afin de se mouvoir aisément dans nos immeubles remplis des vacarmes brûlants agités sans mesure par gestes brusques il est sans matière et pourtant

il est notre forme idéale invisible cette constance hors de notre temps éprouvé nous passons il reste il ne nous observe pas il sait nous le cherchons sans répit en vain

parvenus aux seuils des lassitudes nous cherchons encore comme au premier jour ignorant depuis toujours que sans commencement il est le présent du jour sans fin

ils viennent avec leurs masques envahir des chambres fermées donnant sur la mer pour se loger dans l’inaccessible au loin des vertiges des sensations fortes devant

un abîme de flots bruyants où des vagues construites dans des matières lustrées arrivent à leurs pieds fragiles musclés la méchanceté viendra avec facilité cette nuit

là nous étions sans arme voués aux rencontres fortuites des bêtes sur le côté glissaient entre les arbres une nuit sans lune sans ombre puis soudain un sentier abrupt

laisse entrevoir un horizon matinal et beau projetant sur nos bagages de cuir des brillances d’une richesse de luxe ancien gorgé d’un sang venu d’étranges créatures

à minuit dans la nuit proche d’un canal je remplissais des récipients propres avec son eau jaunie par les pluies de printemps furtivement sans prendre garde des ombres

se lèvent et telles des lames de couteau neuves me prennent à la gorge et me saignent dans un tourbillon de flammes propageant à la surface de l’eau des gouttelettes

orangées décrivant des cercles multiples au point d’embraser les herbes hautes fleuries en ce jour d’avril l’eau ouvre un chemin vers son fond et laisse entrevoir des

demeures neuves à chaque fenêtre des signes des mains viennent pour serrer si fort ma gorge que le sang cesse d’inonder ce canal innocent avec ses berges sombres

des coups secs contre la vitre un oiseau sans doute un intrus impudent cherchant lieu pour remiser sa honte d’être en ce monde incapable de dire assez des turpitudes

absconses du contemporain permanent véritable prison close pour l’éternel au lieu de chercher dans les intervalles multiples des temps des entrelacs pour agrandir la

la respiration pour nuancer de signes verticaux nos mémoires immédiates gorgées de certitudes brise la vitre et parvient à se poser sur le haut d’une porte à demi-ouverte

et dire assez de ‘jamais plus’ pour que ces mots me suivent encore comme une ombre fidèle et parfois me précède comme une claque au vent qui me gifle jusqu’au sang

tout le monde s’attend à des exécutions sommaires on accepte avec un curieux fatalisme les nouveaux deuils même si l’on sait qu’une grande partie d’entre-eux ont

été entraînés dans cette aventure parce qu’ils en ignoraient la finalité la modestie souterraine ne suffit plus en tous lieux les lames des couteaux restent affûtées prêtes

pendues au-dessus des têtes comme des anges gardiens dociles et protecteurs ils essuieront les lames sur le duvet de leurs ailes de plumes blanches sans parvenir à

les tâcher faire durer le plus longtemps possible le temps de la persécution pour rester en scène c’est la seule motivation toutes les convictions seront oubliées perdues

il cherche son nom ouvre avec les clefs son logis deux tours dans la serrure huilée au loin la nuit demeure encore quelques instants sur l’horizon et plonge comme une vague

noire liant chaque chose dans un embrouillement d’images déversées sans discernement la journée fut éprouvante il ne sait comment se sortir à son avantage des promesses

des dilemmes dans lesquels il paraît s’être enfermé et pour tenter de transformer un sursis en succès il se conduit vers de nouveaux abîmes comme un enfant qui refuse les

jouets qu’on lui confit replié sur un divan le visage collé à la paroi du mur il se voit porté par des anges au-dessus d’un océan d’écumes blanches parcellées de diamants verts

ils ont construit un bar au fond un buffet renversé sous une hauteur de plafond réduite sans porte ni fenêtre des illustrations douteuses accrochées aux murs pour s’asseoir

des coussins une banquette de voiture un rocking-chair sans dossier l’ensemble dans un épais nuage de cigarettes où scintillent des spots rouges il a fallu créer des emplois

payés avec les recettes barman caissier porteur réparateur de flippers et même banquier la banque avait été fondée sur les jeux tous étaient plus ou moins entremetteurs

pour des scènes improvisées la ligne de conduite était l’extravagance de soi chacun prenant l’autre pour une victime ou un client nous étions joyeux sans concupiscence

pour l’instant tu ne risques rien pour l’argent il y a la boîte en fer sur le couvercle une image des coquelicots de Monet elle se trouve dans le caveau de ta mère sous le Christ à côté

d’un lis en plastique avec cette boite tu pourras investir et prospérer pour rencontrer les dominants à qui tu remettras le fruit de tes efforts cela est ainsi depuis la nuit des temps

mais en souvenir de moi n’écoutes pas ce qu’ils peuvent dire la parole est d’un autre ordre qui ne peut pas les concerner ce sont des vils même s’ils t’assurent que tu peux leur faire

confiance qu’ils sont les meilleurs en constructions idéologiques et qu’ils peuvent garantir un Capitalisme increvable qui te portera dans un ciel idéal c’est faux je le sais depuis peu

il invente des systèmes qui n’ont que quelques lignes puis il chante avec deux boys en collant latex rouge et volants sombres autour de leurs bras grêles pour le final

fourreaux de fourrure véritable et paillettes fuchsia des danseuses immobiles un comique ridé aux paupières bleues puis l’ingénue grivoise le barman crooner le travesti

catcheur à la peau lisse et d’autres encore cachés dans une lumière ouatée d’ambre et de gris vermeil il choisira une heure tardive pour son suicide après les distractions

ou d’autres tâches d’hygiène il restera longtemps dans la salle d’eau puis au grand jour il parviendra à se maintenir presque droit sur la barre étroite et ronde du balcon

les circonstances dans lesquelles est survenu l’incident paraissent encore mal définies nombreux sont ceux qui à l’aide de témoignages et de preuves de toutes

sortes essaient de faire admettre qu’il s’agit en aucune sorte d’une affabulation tard dans la nuit ils sont allés jusqu’à couvrir le seuil avec des fleurs coupées très

courtes ne laissant apparaître sur les dalles de grès grises qu’une multitude de pétales froissés violines on dit dans l’entourage qu’il aimait ce rapport de couleurs

sans doute le trouve-t-on dans les peintures placées sur le mur du hall d’entrée il se réveillera après la chute de quelques rapaces sanglants sans cri de soulagement

regarder les images les cartes et à voix haute lire les descriptions des montagnes des glaciers des fleuves des passages à gué dans les rivières de cette ville qu’on dit

la plus criminelle pourtant elle a ses arbres centenaires laissés comme des témoins au vent et enfin elle possède un art particulier avec ses jardins qui imitent si bien

le naturel avec ses parterres de fleurs à l’entour des bassins avec un peu de chance nous louerons une barque et si le temps est au beau nous laisserons l’embarcation

dériver jusqu’au milieu de la retenue d’eau pour contempler les rives où des maillots de satin brillent pendus à des branches cachant des corps qui restent sans réponse

des canailles longeaient les quais à la recherche de quelques coups de quelques échanges ni pour se battre ni pour se meurtrir simplement pour échange ici perdus

dans l’isolement enfermés dans la clôture des laissés pour errance sans fin destinés à être des marginaux involontaires ils avançaient sur ce plat dallage aussi raide

qu’une planche savonnée cherchant l’événement la risque sans rien trouver d’une distraction opportune il leur vint une idée une seule de crier ‘violence’ sans cesser

si fort qu’une escouade de meurtriers tous les mêmes les prennent pour cible et font un carnage telles des brutes entassées à dix dans un fourgon en flammes vives

avec l’obligation de paraître il accroche une robe de crêpe rouge chine près de la lumière laisse des marques carmin et rose sur la faïence et les carreaux d’émail

blanc jusqu’à ce que la nuit tombe une nuit noire ramenant le bras sur sa tête il se souvient d’avoir été surpris par sa main engourdie il se lève et regarde son chat

au fond d’un seau l’eau donne quelques reflets sombres chaque monde aperçu est vaste comme une lâcheté ensevelie à jamais dans l’ombre je demeure sans

hâte dans ce lieu sans clarté cherchant un noir plus sombre pour y plonger les avant-bras les mains et atteindre la certitude de la honte de rester ici sans projet

préférez l’adhésion la plus commode la plus servile surtout la nuit veste près du corps les pans souples de la chemise un manteau fluide léger pulls ondulants gilets

à fines rayures contrastées qui donnent des effets de reflets changeants ligne nette d’un blouson noir barré de fermetures métalliques sobrement brossées sans

surprises ils se jettent dans la lumière au loin leurs ombres les suivent dans un ensemble de gris infiniment repris qui se chevauchent se croisent se fondent les uns

sur les autres pour décrire des variations soyeuses au toucher comme la peau d’un animal privé de clarté ils reviendront pour fuir l’immense paradis aperçu défaits

hirsutes mécréants lâches venez prendre part à dévisser les murailles qui quadrillent la salle de bal ils veulent nous faire danser chanter en cadence pour rythmer sans fin

afin que le tourniquet ne cesse d’enfoncer sa vrille de plomb dans vos membrures exposées aux lumières brutales de l’indécence et la valse reprend emporte dans le vent

vos déchets de corps en pièces en parcelles de cendre eux les veules les disques jokers du joli spectacle râclent la caisse et entassent la manne mains mises dessus et c’est

définitif perdu pour vous les danseurs apprivoisés cloués au piège mais c’est la nature cela est toujours ainsi quel aplomb forfaitures sans arbitre c’est l’époque des absents

en cédant aux pressions de toutes sortes par goût des compromis des malversations des malentendus après de longues suggestions pour réduire les opportunités

il revient aux propositions aléatoires on doute qu’elles apportent aussi rapidement les solutions souhaitées en outre on peut se demander pourquoi sous prétexte de

favoriser cet agencement si mal cerné il refuse de se présenter devant le public et au lieu de prendre la fuite comme il a coutume de le faire il reste immobile dans les

coursives éclairées pour projeter son visage dans une glace comme une boule de feu suppliante sous l’armure brise le mur qui vole en éclats dans la rue impassible

la Terre roule un vacarme enivrant le ciel jette ses brouillards opaques dans les vallées où des fleuves indomptés encerclent la ville de plusieurs anneaux laissant sur

les berges des liqueurs de limon odorantes d’épines de pins et de curaçao enivrent les populations occupées aux liesses et aux joies diffuses fêtes foraines pour danser

avec le vent génération de cristal tant elle semble transparente une génération qui hésite mais qui finit au jour dit à l’heure dite en complet-veston dans le monde des

adultes et des robots des bateliers au loin font glisser leurs embarcations jusqu’à l’estuaire pour atteindre la haute mer fuir la banalité infernale et ne jamais revenir

l’habitude était prise de nettoyer les ossements avec un acide puis de les lustrer avec des cires d’abeilles afin de pouvoir les présenter au mieux de leurs effets sur ce velours

sombre découpé dans les rideaux de la chambre du défunt une certaine continuité était à l’œuvre il aimait cette permanence des proximités il appelait cela son désir de

vivre ainsi caché dans des dialogues d’affinités apprises sur l’accord des apparences qui sans que nous l’ayons voulu établissaient des amitiés durables entre les aspects

différents de la matière un jeu d’apparence car il avait appris qu’au commencement la matière était une sans division et l’énigme de sa différenciation était l’enchantement

dans l’après-midi nous avons vu l’immense navire dans la baie puis nous avons entendu cet immonde arrogant dire il faut briser l’étincelle avant que vienne la flamme

on le dit parti en croisière sur un paquebot avec son panache de fumée il laisse derrière lui des souvenirs descriptibles de cendre et de corps calcinés il dira à voix basse

expulser l’ornement est une insulte lancée à mes occupations favorites il invente des jeux et pense anéantir le pouvoir avec des rires tous disent il a raison c’est la seule

issue chacun porte le message jusqu’à son incandescence chaque parole devient un buisson ardent les campagnes brûlent sous le soleil d’automne et noircissent le ciel