Poésie

d'un séjour sur Terre

 

des chiens salis serrés les uns contre les autres poussés par une frénésie gravissaient les escaliers d'un immeuble laissé ouvert par une clarté en éveil

arrivés sur le toit aussi plat qu'un marbre de table ces féroces crachaient en jets continus sur la ville pour inonder ses ruelles ce jus lisse sec comme une huile de roche arpentait la ville à la recherche de proies faciles

j'avais tourné le dos quand sous la pression du liquide mes veines se sont gonflées de cette poisse sucrée ainsi qu'un fiel soumis à des pressions sordides engloutissant la cage de mes rêves perdus sur des divans de soie

puis renaissant surpris je vis une ombre s'avancer un vaisseau plein de cendres fertiles me hisser sur un rebord de ciel pour contempler l'angle et la vue jolie d'une chambre ouverte sur la nuit

 

ce monde criminel et délicieux nous allons essayer de vous le décrire pas à pas en laissant de côté les lumières inspirées par Dieu cet hôte sans scrupule qui laisse l'agonie distraire les humains pour mieux retourner sa hache de fer dans les entrailles amollies de nos délicates servitudes

ils nous faut vivre nus accrochés aux dérives pour croire encore à la chance et mettre un peu de sel sur nos nourritures parfumées de fleurs d'orangers

pour vivre de passeports volés aux morts c'est un commerce florissant de l'autre côté de la rive tout est possible et l'on trouve toujours des passeurs tranquilles qui n'ont qu'un rapport superficiel avec l'identité

étrange mélange d'audace d'amertume et d'espoir tard dans la nuit plus personne n'espérait une libération en profondeur de la société il s'agissait de maintenir la contestation dans les limites du supportable de nombreuses indications furent données aux journalistes pour taire les bravoures isolées

on le dit séparé du ciel ils partent nombreux à sa rencontre ils sont si joyeux qu'ils en perdent la raison ils sont d'accord ils attendent le lendemain pour retourner dans leur agence leur bureau ils diront nous sommes invincibles à la fin de la journée ils rejoindront le même silence en évitant de se regarder les uns les autres

 

plus loin c'est un magnifique monument entièrement tapissé d'or un bâtiment scintillant posé au cœur d'un lac bordé d'une longue galerie de marbre blanc l'eau est éternellement verte et le ciel presque toujours bleu dans lequel évoluent survivants d'un monde disparu des hommes superbement harnachés comme pour livrer un ultime et périlleux combat

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le bilan on le voit peut être globalement positif consciemment ou inconsciemment pour de bonnes comme pour de mauvaises raisons la satisfaction sera toujours là les remettre docilement dans leur foyer

sans oublier le passage obligé chez le boucher pour le prix d'une saucisse ils seront heureux

l'hôtel intercontinental où se déroule de vives discussions devient pour quelques instants la scène où se manifestent les contradictions les plus vives

le vent froid vient de l'Est nous sommes assis sur la jetée les mains recouvertes de gouttes d'eau qui s'évaporent en laissant des traces laiteuses

jusqu'à ce que tombe la nuit ramenant le drap sur sa tête il parvient à s'endormir laissant au dehors une lumière blanchir la façade de l'immeuble

encore parti de nul part arrivé de toujours le ciel se couvre d'un linceul de glace et prend place le vacarme habituel

lumière nacre disponible puis remplir le vase de porcelaine d'un sable clair

il n'envisage aucune solution définitive il vivra chaque instant comme une proposition de contact avec le sol par la neige et le givre il tiendra au fond d'un bois un bar ouvert la nuit choisissant un nombre pour l'inscrire sur le haut de la porte il se penche pour voir le sombre envahir l'intérieur

débâcle du féroce mains gelées transparentes comme des vitres que nous brisons sur le haut de nos crânes vivants

lâche bois de canaille ordure de vase j'irai meurtrir le sang noir de vos penchants infâmes pour poignarder l'oiseau innocent qui chante

porcelaine lucide terre brune imaginable le bras la jambe liquide je suis venu sur Terre pour brûler la peau des esclaves dans la fournaise et la nacre émeraude

 

comédie des océans inlassablement percutée regards portés par la souillure de la cale je traverse ainsi qu'un ballot de seigle la violence de la houle

au non d'une verticalité de mépris et d'injures avant de se perdre dans la beauté cosmique et l'ignorance des étoiles je dis non à l'étrange blanc et aux souvenirs éloignés des mandarines séchées dans les paniers d'osier

ils surgiront du plus infâme du noir infaillible pour se jeter des hautes tours et produire dans l'air des spirales de cendres incandescentes

recours à distance chacun séparé dans la sphère de l'intime les voiles opales aux motifs satin blanc cachent la balustrade de fer noir

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attendre le jus marron de la plaie l'énervement de l'immédiat qui efface les raccourcis idéologiques pour parvenir au jeu du soi-même déchu dans des fosses profondes recouvertes d'émail clair ils parviennent à se hisser au jour prévu propres et joyeux

personne ne peut parler à sa place il a donné son argent à plus pauvre que lui il est maintenant le premier au bord du précipice

la vue est extraordinaire

la plaine d'où surgissent des lignes de peupliers jeux de frégates aux voiles assombries par l'orage

chaque matin des lots de cadavres remplissent le couloir mes frères morts vous serrez toujours resplendissants

ici avec piscine sauna et jardin le système puis la débâcle de la gratuité esthétique

l'ornement lui paraissait un confort souhaitable

une  invraisemblance commence malmenée par les servitudes serviles pour toujours ils ne cessent de jouer leur propre comédie puis une nouvelle fois ils reviennent avec des arguments faciles les visages ruisselants ainsi que des bouteilles de limonades retirées rapidement des caisses de glace ils commandent avec rapidité les prestataires pour atteindre un naturel mondain maintes fois observé pourtant ils manquent le bord de la chaussée à la vue du taxi de couleur noir arrivé sur ce goudron glissant

l'aube écoute les verticales sonores reprisent dans le lit du fleuve de part et d'autre d'un linceul où se figent les transes des vacarmes déchiquetés comme des glacis de givre sur ce sol d'argile

nous étions d'accord vers douze heures trente la voiture devait être là avec le chargement prévu fleurs de couleurs turquoise et mauve avec des reflets d'inox parfum jasmin citron

il se lève puis demeure sans le moindre geste convenant que son état ne lui appartenait plus devant l'étendue du parc il laisse se perdre la pâleur des nuées grises

non rien si non juste un peu où plutôt un solide bloc de plomb coincé au fond de sa gorge afin de le réduire à cendre et poussière contre le mur

je vous assure vous pouvez nous faire confiance nous sommes les meilleurs nos constructions idéologiques sont la garantie totale pour un Capitalisme increvable sous notre ciel idéal

pour l'instant tu ne risques rien pour l'argent il y a la boite en fer sur le couvercle une image des coquelicots de Monet elle se trouve dans la caveau de ta mère sous le Christ en plomb à côté d'un lis en plastique

 

chaque jour l'inextricable du visible et du recouvert de l'invisible et du montré dans sa maison au sol de terre battue elle prépare du riz avec un peu de lait ce sera son seul repas heureuse d'être à l'abri des regards

puis elle dit tu n'est qu'une ordure je sais ce que tu as fait durant ton séjour je vais organiser ta pauvreté comme je l'ait fait pour d'autres tu es un astre éteint sur sa tombe

on est constamment entouré

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par les morts par les vivants qui viennent frapper à notre porte par les œuvres même par celles que nous ne connaissons pas par les livres jamais lus la foule est là toujours qui piétine et fait un bruit lourd

j'avais le choix entre les poissons ou le héron j'ai choisi l'héroïne je suis assis au fond de l'étang et le bec du héron ainsi qu'un éclair perce les poissons comme des passoires d'argent

un après-midi d'août exténués par la chaleur nous avons repris les rues que nous connaissons depuis toujours sans retrouver le lieu mortel où nous l'avions laissé seul libre et joyeux

je lui avais dit range ton sac mais elle n'a rien  voulu entendre alors nous avons pris la direction de son appartement et là elle n'a encore rien voulu entendre alors quand je me suis retourné elle n'était plus là seule une ombre rendait ce sol clair légèrement voilé de gris

il s'accorde avec lui-même de ne jamais rompre la parole donnée de vaincre les tourments contradictoires pour avoir ce poids nécessaire face à l'immensité des circonstances improbables

on fera une fête sous la voie ferrée à l'abri des turbulences tard dans la nuit quand cessent les rames de métro pour observer en silence le clair de lune

supermarché des idées domestiques confort visuel imbriqué dans le négoce

moyenne hallucinatoire sous « blister »  ici on lange les supplices dans le velours et la soie permet de tamiser le sang des graisses utiles

il pleut sur le canal St Martin le patron du bar l'Escale remonte les quais il sait qu'au numéro trente sept une tache d'huile le fera chuter il le sait et ne pourra l'éviter la chute le fera glisser dans l'eau saumâtre

 

j'ai coupé du beurre avec de la graisse à boulon ils n'ont rien vu

j'ai adhéré aux marchandises par sottes convictions je n'ai rien vu venir

je reste peinard dans la merde enchaîné et sage je n'ai rien appris fichez moi la paix

puis il ouvre sur la grande rue une boutique d'images dans cette ville perdue sur les collines avec ses arbres immenses

au sol un gel amère fend le lilas vert qu'un vent venu d'outremer emporte au Cap Vert avec pour échange un verre de rouge grenat sur un plateau pour vaincre ce Capital sanglant qui chaque jour rend la peine lasse

faux servile peu sûr et de mauvaise foi il parvient à échapper à la besogne plonge ses mains dans la boue noire pour à chaque fois apparaître avec deux ailes blanches tel un ange docile dans une forge sourde d'un enfer opaque et libre

puis dans une clairière gisant comme une épave un corps étrange couvert de jaunes moisissures éclaire les écorces des bouleaux penchés par l'abondance d'une végétation dévorante avec des bruits d'horloge aux heures décalées et nets

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un jour ils manifesteront parce qu'ils n'auront rien à faire d'autre privés de processus les affrontements symboliques ne seront plus possibles alors durant quelques heures de liesses des fraternités feront un infernal cortège

chaque voyage réinvente la mer qui prolonge son propre lieu pour être à la fois toutes les escales possibles et la perdition comme point ultime d'un naufrage craint autant qu'aperçu rêve lointain convoité d'une aurore infinie

l'arrangement complice le Capital de connivence la confiance des accords à distance respectés joués avec une longueur d'avance juste assez pour séduire ce siècle de culs mouillés et de tristesse

dans la puanteur d'un étang limoneux des cadavres gisaient bruyants d'un vacarme lisse en ondes infimes surface brillante où des papillons jaunes et noirs bordés d'un liseré brun dansaient tous verticalement

il parvient à franchir la porte en disant apporter des solutions ne suffit pas il faut inventer formuler des questions qui rendront visibles les solutions puis s'approchant de la vitre il brise le verre et laisse son corps tomber dans le vide éclairé par la façade claire

 

elle cherche dans les bois des pièges anciens dont les souvenirs sont perdus en mémoire d'un songe dans une forêt obscure où des ciels peuplés de lustres brillants donnent à chacun la clef et la mesure de la légende

ils viendront casser les tambours dont chaque fond est une peau d'esclave étourdi prendre les maîtres pour des servants pour transformer avec des cendres assez de complices furieux de n'être pas sur la scène les premiers élus de ces chiens féroces et contagieux

parce que le silence est immatériel il faut un même statut d'irréalité pour que l'honneur et le meurtre puissent se rejoindre puis sans autre transition il s'abandonne à l'utopie manière sauvage de se détourner de l'immédiat et de l'urgence

les policiers se tiennent à une distance prudente et se souviennent des rares moments où le ciel s'ouvrant le temps d'un éclair laissait passer cette lumière jaune avec des reflets argentés veinés de brun

sous l'influence conjointe de son nom de famille de sa maternité qu'elle donne sans cesse preuve de ses liens de ses serments

 

partage accompli d'un équilibre parfait elle s'habille place sa plus belle robe devant la glace et décide après plusieurs essais de prendre l'autobus vêtue d'un jean les pieds nus cheveux roulants sur la nuque

par bien des côtés le choix de circonstances demande seulement à être remis à jour et nuancé

cette fierté qui peut la détruire

cette femme qui peut l'ensevelir

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les autorités se proposent d'apporter des restrictions à l'actuelle protection qui garantit l'accès à l'information relative aux activités internes et en particulier d'y soustraire les services liés à son entourage

sur l'écran une image mi-violette mi-rouge d'un couple entre deux âges dans un décor fabriqué sur la table les dépliants posés d'une agence de voyage

au bout d'une rue uniforme loin du centre dans un pays où les hommes ne connaissent pas les voyages ils occupent le temps à repeindre les volets de fer de leurs maisons isolées

il se prépare à aller au-delà de l'événement souvent simple révélateur de courants de tension ou d'aspirations qu'il convient de détecter et de comprendre dès les premiers signes annonciateurs ou encore de combiner les approches pour saisir les grandes mutations dans toute leur étendue

c'est à peine s'il arrive à entrevoir une possible mise à l'échelle du lieu que déjà la scène bascule et toutes les données sont à ressaisir il prend goût à ces échecs malgré le possible projet

curieusement cet immeuble moderne d'une quinzaine d'années ne brille que la nuit par la cage de son escalier allumé de haut en bas l'ascenseur fonctionne encore mais ne dessert plus que les appartements du dernier étage

il respire il est joyeux il sait qu'il retournera dans cette rue transporté par mille feux reflets de vitrines allumés vers minuit

l'argutie selon laquelle il s'agit de simples mesures de sécurité à l'intention des rapporteurs est superficielle et grotesque ils prétendent à l'évidence monopoliser et manipuler l'information mentir sans contrainte et de toutes parts infliger aux lecteurs une verte leçon d'obéissance

dans l'après-midi ils nous ont adressé une note trompeuse qui laissait entrevoir la possibilité de mettre fin aux atermoiements d'une façon raisonnable et honorable évitant ainsi des procédures inutiles dans la fin de journée il sera expulsé sans ses bagages perdus il se retrouvera les mains liées au siège de cuir et d'inox

après de si longues chutes de pluie des enfants apprivoisent de nouveau les jeux les sauts et les rebondissements sur le sol un ballon de mousse leurs têtes moribondes comme des gifles sur les vitres volent en éclats le soleil perce

il reste d'elle des cendres et une boîte d'allumettes illustrée d'un jeune matelot peint au dos le dessin est gris sombre on ne distingue pas la mer seul un vague parfum semble respirer à la surface de l'image

au coin d'une rue qui débouche sur le quai les empreintes de deux semelles creusées dans le ciment sous une plaque commémorative indiquent l'endroit d'où fit feu le révolutionnaire en face au coin du parapet du pont gris sur cette rivière laiteuse un socle vide

la statue de la victime est ici absente depuis longtemps sur le pont rien ne circule l'heure matinale cède aux premières lueurs

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chaque matin depuis sa sortie tant attendue été comme hiver il passe dans les appartements explore les vestibules traverse les chambres à coucher aux lits entrouverts gagne les cuisines où traînent les désordres de la veille interroge les occupants aux yeux encore remplis d'inquiétude

il a trouvé ici un lieu pour rayonner et trouver la mondialisation sur le pas de sa porte des années plus tard on a trouvé des carnets remplis de chiffres qui font l'objet d'études diverses et approfondies le commerce a été repris par un marchand de souvenirs qui se déplace avec lenteur et interrogation

un court instant où les spectateurs étaient vulnérables c'est ce qui reste et restera dans leur peur ce court instant immobile la faille ou l'indice indispensable

au cœur de la ville une tour de neuf étages à deux pas d'un cimetière  il reste là dans la puanteur de son abandon on le dit chargé d'une mission pour établir une liste des oiseaux qui survolent la ville au début de la saison morte d'épouvantables ordures salissures de toutes sortes de graffitis innombrables recouvrent les murs les étagères formant une muraille des rideaux épais clôturent l'espace dans un gris sombre profond

suivant une logique parfaite ils en viennent à jouer leur numéro de chambre d'hôtel ou de vestiaires avant de prendre congé et s'en vont saluant les connaissances inévitables à bien des égards compréhensives et dociles

au bout du couloir un piétinement dense suivi de quelques tirs brefs

lieu étrange il ressemble à une remise ravagée par le temps saccagée par tant d'abandons les volutes des cigarettes ne salissent plus les vernis déjà noirs les boiseries peintes au rouleau laissent encore visible des traces jaunes à côté deux ou trois pièces servent de débits de boisson

les restes d'un gâteau à la glace traînent sur le bord de la table en marbre gris veiné d'un rouge sombre et noir

d'un big-bang-ballistic style

il ne cessait de dire un massacre a eu lieu sans doute non loin d'ici à l'intérieur même

le ciel d'un seul aspect au-dessus d'un fleuve de sel noir brillant avec des reflets argentés collés au dos d'un mur blanc végétale

amusés et sans voix

nous aurions pu détruire les barrages la population lancer quelques bombes mais nous avons eu le bon jugement et l'humanité de ne pas le faire quelques rumeurs d'extorsion de vengeance mais il ne s'agissait pas d'un programme d'assassinat

certains locaux étaient détruits dans les campagnes mais sans la moindre trac de haine des adultes jouent encore dans les prairies asséchées

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le ballon bondissant sur le mur de la maison centrale

endormie l'été sous la poussière

l'hiver sous la neige et la boue la cité compte quelques milliers d'habitants avec son faubourg industriel textile et métallurgique ses barres et ses tours ses terrains vagues la grande route avec son carrefour bordé de baraques de briques jaunes et enfin son Hollidays On Ice tout neuf

une nécessité qui secrète le système

la douceur languissante du temps immobile trouvée cette fois dans une marre profondeur

s'ils veulent imiter le pouvoir il leur faudra de très nombreux figurants construire des édifices des théâtres protéger les fonctionnaires et sans doute ouvrir quelques brasseries dans le centre de la ville copiant les cafés littéraires et être à l'écoute des rebellions des messages de toutes sortes

pour être vulnérable

il prendra soin de glisser dans chaque enveloppe un peu d'argent en choisissant les billets qui ont les plus larges bords et prenant les adresses sans choisir ou à la rencontre fortuite d'une consonance particulière d'un nom le soir même il les portera à la poste avec l'impression d'avoir accompli un devoir d'usage des gens de sa corporation

puis l'un des indicateurs a pointé son doigt et a désigné le fautif tel un violent orage chacun a pris ses distances le temps d'une comédie appréciée de tous

liste banale des choses ordinaires il reviendra chargé de paquets avec une démarche lente posant par ici par là des billes de verre cachées sous des pierres angulaires

intensifier l'exploitation générale transformer chaque centimètre en marchandise vendre à chacun son idéal fabriqué sur mesure calculé sur la valeur du déchet futur ensuite recycler et passer à trépas l'acquéreur puis recommencer jusqu'à l'infini pour accumuler le maximum de Capital et jouir du silence glacé du vide

 

une chevelure blonde les yeux très bleus très purs et visage d'enfance en dépit d'un teint légèrement gris suggèrent que l'on se trouve en présence d'un jeune libéré de prison mais qui éprouve un mal à dire sa propre aventure et même à en expliquer les motivations c'est avec peine qu'on lui arrache des réponses un peu décevantes par leurs brièvetés nous avons été dociles et conciliants

 

il reste modeste il n'est plus question ici des uniformes carrosses écuries chasse à courre yacht et vacances il apparaît  rarement en public il passe le plus clair de son temps dans son bureau et honore de sa présence les soirée à la maison

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mensonge et cynisme c'est de cette affirmation qu'ils ont le plus souffert ce qu'il y a de vrai et d'irréfutable c'est qu'à ce moment s'est produit la chose la plus extraordinaire sur ces hommes et ces femmes qui dormaient loin des maisons détruites

parure de notre recueillement de part et d'autre une intention en équilibre au-dessus des toits

au croisement d'une route mal éclairée par une nuit immobile un chat gris perle saute d'un siège à l'autre la portière du véhicule à demi-ouverte afin que le vent puisse donner un peu d'air frais aux occupants qui tant bien que mal se cachent des passants

la buée sur la vitre s'étale en plaque laissant apparaître parfois des couleurs jaunies par le vernis qui se décompose à la jointure des portières

constamment nous fuyons l'Est

il pris son permis de conduire et autres imprimés similaires pour entretenir un petit feu allumé avec précaution la flamme s'élevait au milieu de son bureau laissant échapper de temps à autre des fumerolles colorées

son chef de service paraissait amusé le laissa jouer la matinée entière lorsqu'il le fit entrer dans son bureau embarrassé confondu il lui tendit un cendrier en verre noir avec l'inscription gravée d'une publicité oubliée depuis longtemps

très vite elle jette les amarres pour s'abandonner à la houle se laisser ballotter ainsi au rythme d'une embarcation saoule grisée qui saute d'un creux dans un autre rebondit d'une bosse sur une autre se jouant des récifs et des barques échouées à fleur d'eau

plus tard c'est elle qui ouvrira la voie aux ambitions de cet homme encore obscur après quoi le sang et l'histoire feront le reste

parvient-il à ses fins

ce qui est probable c'est qu'un petit groupe très fermé profite abondamment des contrats de mise au point de ces observations

nul ne sait où peuvent aller leurs intentions

ce n'est pas une chance si une fois le héros disparu elle ne communique qu'avec le narrateur l'unique personne à avoir goûté la saveur de l'exil

déjà les mensonge sont dans la ville

tous vils ils forment des cercles et chantent pour attendre la levée du jour

les paroles données ces derniers jours donnent à penser que les partisans les plus modérés ont cherché à exercer une ultime pression sur les commis du pouvoir elles dénonçaient en effet avec vigueur rappelant les premiers jours de l'insurrection de certains cadres incompétents ou corrompus

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pouvant être une invite à poursuivre les répressions notamment à l'encontre de la plus part des opposants prêts aux pires mensonges pour garder les choses en place et préserver des acquis obtenus dans des circonstances suspectes faciles à la portée de la première faiblesse venue chacun échangeant son rôle pour brouiller les piste les identifications

surveillant contrôlant cette dépense qu'il ne peut plus supporter elle mène à une apparence de louvoiement et de replis il meurt

sans répit

nuits d'harmonies noyées dans le sang et la violence

plus loin tout autour de la place des hommes sont accroupis devant leurs légumes leurs piments leurs fruits offert aux acheteurs sur de belles nattes posées sur le sol ils ne cesse de rire

luxe calme sans reprise she put the rope around his neck

dans son premier bulletin la radio donne lecture d'un communiqué annonçant qu'ils contrôlent d'autres ont l'habileté d'investir immédiatement les hauteurs afin d'observer l'arrivée de ces bolides inconnus par le haut du ciel

pourtant quelque chose à changé on retrouve le signe la confirmation de ce changement dans l'allure des passants furtifs des enfilades de boutiques luxueuses où les portes ne s'ouvrent que sur rendez-vous partout la peur de rire aux éclats

quand elle était réaliste cela marchait pouvait-on dire normalement et cela se répercutait favorablement sur l'ensemble de sa vie en l'absence de cette approche réaliste les relations se détériorent il deviendra de moins en moins possible de rendre compte de la situation ils seront seuls les mains libres perdus avec devant eux ce paysage sans bruit

 

n'oubliez pas disait-il les brisures de symétrie par emboîtements successifs peuvent provoquer des sous-ensembles ouvrant sur des régulations fortes ou faibles et mettre en évidence des interactions faites pour le semblable  et le dissemblable à la fin du rêve vous ne pourrez pas distinguer vos origines du Néant

les circonstances de l'accident paraissent encore mal définies dès les premiers communiqués ils ont déploré les conditions épouvantables de cette propagande qui fait prendre de plus en plus d'audace à ces jeunes en recherche de styles extravagants

 

par dessus le toit un oiseau lubrique et fermé aux usages chante en hiver son long séjour au bord des plages perché sur des rochers bruns avec tout autour de lui des vacarmes ces hommes sourds et agités nus

il s'en souvient maintenant loin de ces rivages brûlants puis se penche pour apercevoir dans une maison éclairée un homme abruti buvant couché sur le sol d'une cuisine propre un vin lourd acheté au supermarché

bas prix basses mesures la bouteille roule heurte le pied d'un canapé et déverse sur le sol son contenu pour se répandre lentement

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je ne fais de reproche à personne tout ce qui m'arrive je l'ai mérité et je dis cela aussi bien pour les exclusions que pour les incompréhensions ce qui arrive est bien ce qui n'arrive pas est bien aussi cela évite le pire

les rêves sont multiples rien ne sert de choisir son seuil

l'arrivée des jours est là

vues d'une embarcation toutes les escales ont quelque chose d'irréel mais sans escale le navire n'existerait pas

ainsi cherche-il un temps pour un voyage infini et marche le long des allées fleuries inondées par le trop plein d'une fontaine

il faut s'y prendre longtemps à l'avance ou bénéficier de complicités et chacun sait qu'il ne pourra pas voir la totalité des articles certaines couleurs sont réservées

il est impossible de les obtenir pour les porter en ville à cause de cela de grandes baies sont brisées à l'aide de pièces métalliques prenant tout à tour suivant les quartiers des formes d'ornements incongrus et diffus

cet aveuglement à quelque chose de surprenant

le mouvement de divulgation s'est amplifié sans commune mesure dans ce domaine informer équivaut souvent à dénoncer

dénonciation qui apparaît d'autant plus impitoyable que la rédaction s'est livrée à une enquête minutieuse

et tous disent

donne ta laine ou je te saigne pour rire encore plus fort

il faut que tu saches que la réalité est nocive pour l'existence cette enveloppe de latex est ta nature originale tu dois l'enlever sous aucun prétexte elle est ton identité majeure elle passe avant ton nom tu es le crime parfait pour ton innocence irrémédiable

pour avoir dans une nuit sombre gagné les berges du fleuve sans prendre les protections d'un parapluie ou d'un imperméable il prend les berges inondées afin d'aller plus vite et d'éviter cette pluie fine qui transperce les os et glisse dans l'eau noire pour disparaître dans les limons

les arrières boutiques du mensonges et des regrets

par des songes forgés avec des machines des tenailles des boulons serrés une idée sociale planétaire se porte candidate aux élections et emporte le suffrage avec une telle vigueur que personne ne vient contester les chiffres

c'est le délire absolu enfin un robot est élu pour tenir le Monde

 

sur un chemin blanc du sable fin laissait aux herbes un peu d'espace pour croître ailleurs ce n'était que mouvements sourds pour piéger le voyageur étourdi un de plus disent les grains blancs pour étouffer les innocents fragiles et ne laisser derrière eux que quelques traces de vêtements chapeaux écharpes et souliers

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il prend ses valises et se dirige vers la gare il se souvient des plaines blanches et songe au vol noir du nuage de cendre traversant l'immensité

pour se fixer net au-dessus de la ville pour assombrir les ruelles où d'un geste sût il trancha la gorge d'un passant involontaire

dans des lointains fugitifs quand la verte étoile avait de ses rayons inondée le ciel chacun avait pris un siège et dans une paisible attente voyait son corps se transformer en pierres friables pour se mélanger à l'argile du fleuve aux tâches d'huile laissées par des machines

 

il s'installe dans une cabine téléphonique publique aux parois de verre feuillette l'annuaire assis sur un tabouret en métal de couleur grise il avait pris soin d'apporter une roue de bicyclette il téléphone à tous ses amis pour éveiller leur conscience afin de les inviter à venir près du gouffre

d'autres désignent des causes profondes qui produisent un incessant désir de haine par l'absence de véritable communauté

la désintégration de la confiance le laxisme l'implacable pression qui pousse chacun à accomplir des performances envers des hommes qui se laissent aller

des romances sans but

tous ces intervalles où la parole se tait non pas parce qu'elle n'a rien à dire mais parce qu'elle ne peut le dire alors le transfert est la seule solution ainsi avait-il besoin d'un objet de translation

enfin en sa possession il comprend au bout de quelques jours qu'il ne peut plus le maîtriser

sans recherche absolue

l'horizontalité est une notion totalement étrangère au monde de la matière et du vivant dans ce monde il n'y a pas d'horizontalité réelle même la surface de l'eau est courbe ainsi il procédait à de multiples expériences de lavement afin d'atteindre une perfection courbe de l'eau sur des corps volontaires et nus

tout serait pour le meilleurs des mondes et on devrait en rester là sauf si des têtus ou des incorrigibles ne venaient pas encore exiger avec leurs mains agitées comme des revolvers des principes qu'ils veulent maintenir à tout prix

sans jamais admettre l'évidence

parce qu'il se tait dans cet univers il reprend pas à pas ses gestes reprend ses modèles parvient à d'autres figures imagine un nouvel itinéraire de surprises et de convictions

franchissant la passerelle de fer il parvient à mettre un nom sur chaque chose le soir il revient à son domicile

ils le prirent à la gorge et après avoir lacéré ses vêtements ils en firent un pantin rempli de paille puis ils écrivirent sur les murs des mensonges ainsi la légende fut sauvée

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il resta longtemps dans la fraîcheur d'une eau peu profonde attendant les moisissures blanchir ses membres

 

la pureté des oiseaux reviendra aussi nette que l'attente sera vue d'en bas

 

que faire des eaux sales on peut toujours les exposer pour les stoker dans les hôpitaux ils en prendraient qu'une petite quantité quelques litres dans une vitrine

il ne dormait plus il fallait les transporter ailleurs mais personne n'en voulait elles voyagent sans fin dans des tuyaux de fonte sans revenir lavées  sans usure sur la roche et le sable

se défendre d'être un idéologue sans alternative il plonge dans la fiction et passe au bain se laissant refroidir

elle devrait porter des masques pendant longtemps sinon elle sera anéantie immédiatement

je suis un cheminot au bas de l'échelle

sur un carré blanc qui ne vaut pas mieux qu'un éclat de verre en sueur sur un billot de bois tendre

le ciel est mon attente

s'il n'avait qu'un aspect de réalité il serait simplement obscène le ciel est un voyage permanent immédiatement

le pas sûr dans une allée fleurie je marche pour lui tourner le dos de sa lumière il traverse les os et vient se cogner sur les poumons pour faire des ombres grises

ce qu'il faudrait pour pouvoir quitter ce monde en toute tranquillité c'est de pouvoir prononcer une Annonciation

un peu comme l'ange porteur de la Nouvelle à Marie

nous devons faire une annonciation blanche de la même manière que Fra Angelico a peint l'Annonce faite à Marie dans une cellule du couvent de San Marco à Florence par une surface blanche

tu devrais arrêter de trembler tu fais bouger le câble

le capital est une escroquerie intellectuelle et morale cela tout le monde le savait pour l'avoir éprouvé maintes fois pourtant chacun vivait comme si cela n'avait aucune conséquence persuadé que cela durerait toujours jusqu'au moment décisif où traversant le pont il se dit c'est une fiction rien d'autre les réglementations sont inaccessibles à celui qui vend son travail comme la règle est inaccessible au joueur

vaste champ d'obéissance

faut-il aimer en totalité tout en vrac même l'insupportable ou tout jeter mais vite le courage manque pourtant il n'y a pas d'autre alternative elles mènent toutes à la médiocrité

peu importe puisque personne ne remarque rien chacun glissant dans la boue

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je demeure dans une sorte de prison dans un cadre verdoyant où la lumière passe par le trou de la serrure je vois des nuages assoupis dans des cages de fer échouées au bord d'un rivage je les vois hésitantes à sombrer définitivement

au fond d'une alcôve drapée de soie verte et grise avec pour toute lampe un briquet de marin trouvé sur un banc de pierre

nous avons un peu peur et restons là dans l'angle du mur assis les jambe repliées les bruits que nous percevons arrivent d'un orchestre idéal situé dans les sous-sol les vibrations suivent les conduites d'eau nous savons que nos croyances sont finies

puis dans un avril froid vers dix neuf heures je suivais un cortège silencieux vers l'avant je l'ai reconnu

il portait une brassée de fleurs

en avril quelle idée de se mettre en avant avec des fleurs en plastique

ils sont tous là privés de boussole ils partent sur les routes avec des certitudes inébranlables ils épousent des causes les plus abjectes et ne cessent pas de parler de l'évanescence des parfums des tiges de jasmin

dans les mains décrivant des cercles laissant dans le ciel des signes ils poursuivent leur hâte

il espère mais en vain rien ne vient alors sur une place il trace un cercle sur l'arc il édifie une ville peinte sur le sol verglacé sont placés des plateaux munis de quatre roues pivotantes dont se servent les déménageurs dans le transport des mobiliers lourds armoire piano ou commode ancienne il parvient à se tenir debout et hurle

vos mains sales avec des crevasses profondes sur vos gueules lubriques affamées d'éclairs et de sang recouvertes de mouchoirs brodés

sur un chemin fleuri entouré de buissons verts un corps gisait dans une eau claire semblable à bien d'autres pour être sans souffle il prononçait des paroles distinctes avec des efforts immenses pour annoncer qu'il était parvenu heureux et décidé dans cette maison proche d'un pommier jauni perdant une à une ses feuilles sous l'effet d'un vent humide

il ne peut être différent et prend part à son destin sans combat ni complaisance ses lenteurs nourrissent une vie quotidienne en transition il échappe à la continuité métrique des heures en clouant des agrafes sur une planche de bois sans discernement pour l'avoir trouvée au bas de la rue laissée seule appuyée sur le bas côté du mur éclairé brutalement

le plus étrange c'est que le souvenir de cet escroc ait été totalement refoulé alors qu'il devait inciter à la prudence personne ne s'en souciait

dans l'après-midi une lueur dans le ciel

elle rêve de satin sans fin puis retire ses coudes du rebord de la fenêtre

pour l'attendre le dos tourné à la lumière

debout dans le hall elle attend le moment décisif où il faudra pleurer

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homogène lisse l'immeuble est flanqué de cinq tours cylindriques en plexiglas bleu ciel qui sont supposées égayer l'ensemble la nuit elle sont illuminées de couleurs différentes

puis elle prend le mouchoir pour relire les mots qu'il avait écrits avant de ce jeter par la fenêtre

il faudrait construire des routes des aérodromes des ports de façon qu'il ne se sente pas isolé au bout d'un monde délaissé que les dernières maisons ne soient pas situées aux antipodes

que les denrées puissent être consommées que le bois puisse être transporté que les allumettes soient toujours disponibles

que les principaux produits de consommation soient en abondance en permanence

que les radios soient entendues que la télévision progresse

que les cours d'eau produisent encore plus d'électricité que l'eau potable puisse se trouver sur chaque table que plus de logements soient construits que les forêts les fleuves soient éternellement parfaits les zones maritimes soient mieux connues et mieux exploitées que les entreprises reprennent leurs activités que les récoltes s'ouvrent que le moderne s'installe

que nous puissions partir au plus vite quitter ce monde prospère et sans fin tournant ainsi qu'une bille d'acier dans un engrenage pour casser la procédure

elle repose sur le saignement comme spectacle absolu

dans un univers lent des courbes venaient pour un espace précis remplir l'alcôve de lueurs discernables où des ombres suspendues sur la sphère d'un lustre opale orné de cuivre projetaient sur le mur un dessin obscur pris dans l'impossibilité de l'interprétation savante il se retire fuyant la venue de cet astre naissant

ces  montagnes ocres qui se détachent sur des camaïeux de la mer enserrent des vallées où l'eau est précieusement gardée

on change de paysage plus à l'ouest avec l'étendue de collines de sable on devine à l'orée des palmeraies des constructions d'argile

puis nous entrons dans une enfilade de flaques de boue et d'eau verte

ce pays transformé en terrains infernaux

ses doigts ses mains font les gestes de son origine

ces vêtements d'un bleu léger le trahissent l'hôtel est juste à côté de sa fenêtre il voit arriver les touristes valises en mains et cherche celui qu'il pourrait aider ou celui qu'il pourrait envier

le monde est sans origine

par pure coïncidence ou par pur embarras on trouve des portraits défigurés le matraquage quotidien parfait de la décomposition ils vont préparer des attentats puis tout redeviendra comme avant des jours gris clair puis des jours sombres une durée crispée glacée

les passants sont parfaitement indifférents aux poses lascives des figurants dans ce restaurant ombragé au bord de la route nationale tout le monde y est convié pour ce repas partagé sous cet immense tilleul couvert de mousse par plaques grises et brunes

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il parle de ces liaisons debout sur une table

le fleuve couvre la plaine des oiseaux sont emportés par le flot brutal ils ne survivront pas il faudrait les rejoindre en marchant sur le dessus de l'eau pour ne pas sombrer et prendre leurs ailes souillées de terre les laver et d'un geste vif les lancer dans l'air afin qu'ils puissent reprendre leur vol

c'était comme à l'hôpital chaque fois qu'on lui rendait visite les gens s'assoyaient discutaient prenaient un verre puis partaient le laissant un peu plus mort un peu plus replié sur lui-même

ils savaient tous cela comme on sait l'appartenance indivisible du sang dans le corps

 

puis vint une corruption généralisée qui contamine tous les milieux et tisse un vaste réseau de complicités ainsi l'un des principaux centre de ce trafic appartient à une secrétaire d'une beauté fantomatique souvent nue

on peut voir la rue comme un grand champs de boue on ne distingue plus les couleurs cendrées des pavés nous prenons un café derrière la vitre la terrasse brille comme une plaque de mica chauffée à blanc de partout scintillent des billes qui heurtent la glace et devenant sonores un bruit joli vient remplir l'espace

plus loin un chien parvient à renverser un bidon et l'entraîne sur la chaussée jusqu'au croisement d'une rue en pente puis d'un seul coup de patte le bidon dévale et prend de la vitesse sous le regard surpris du chien arrivé en bas il est retenu par une pierre se cale immobile puis tombe dans le canal rejoindre la vase et le limon

 

dans une pièce simple des abeilles tournaient dans l'angle du mur et d'un support de table faisant une ombre dans la clarté grise qui pouvait être interprétée comme celle d'une arme obscure au service d'un meurtre passé où des vapeurs mauves et ambres évoquaient le fumet d'une chair en lente décomposition

 

peuples divertis portant en eux leur provision de peur et d'égarement vont reprendre leur croissance mettre en place un véritable dispositif d'ordre qui les fera renaître comme par mégarde une discipline qui répond le plus simplement aux nouvelles règles à chaque détail la même source de perfection ils sont confiants et trouvent des refuges

 

elle se tient ainsi comme effet de genre une sorte d'accusation pour elle-même niant son possible temps de séduction ou de vraisemblance dans un sens dramatique et singulièrement risible une catastrophe du déjà su en espérant les failles d'une différence et repoussant à demain le pouvoir du banal et de l'inexpressif elle rit

pour être sans usage

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ils marchent accomplissant des prodiges des exploits ils ont dressé un bilan objectif en sondant leurs illusions pour en évaluer avec rigueur les prolongements futurs pour aller encore plus loin dans la recherche de compromis que tous attendent sans espoir ni fin

il fera pour la première fois ce que d'autres avant lui ont fait mille fois dans des attitudes aujourd'hui oubliées repliées dans des vestiges

heurtant sa porte d'entrée par un messager effaré par son comportement

ciel changeant comme un aveu fixe il sait qu'en fin de journée ce sera sa fin probable et souhaitée

il change de ville tous les trimestres se laissant aux mois d'été un peu de liberté préférant les belles plages ce laisser-aller constitue l'aspect le plus original de cette vie découpée sans être lassé il fini par commettre son dernier crime dans une petite ville qui n'en demandait pas mieux pour avoir enfin un fait divers

proche d'un monstre marin sur un lac d'acide fertile des anges combattaient avec acharnement pour un morceau de bois flottant servant de radeau pour un peuple en exil cherchant refuge sur une autre rive loin de la concurrence des gens du commerce ainsi sans lieu allaient sombrer pour avoir été les élus d'une seule idée

 

il faudra trouver un guide pour l'emmener jusqu'au fleuve personne n'ose l'accompagner ce n'est qu' au bout de quelques heures qu'elle est parvenue dans cette clairière magnifique entourée d'arbres étranges et gigantesques peuplés d'oiseaux silencieux

l'eau est limpide sans ombre portée aucune poussière tout semble de verre des galets noirs ronds et lisses poussés par le courant laissent échapper des bulles d'air et viennent éclore en surface avec des bruits de pluie sur des tissus soyeux

 

les grands magasins proposaient de leur apporter le bonheur ils offrent en un même lot la bague de fiançailles le chauffe-eau la machine à laver et l'appareil photo ensuite l'entreprise lançait des slogans injustes que l'on peut voir encore sur les panneaux des affiches délavées par les pluies de ces derniers jours plus loin ils dévoreront le soleil avec leurs mains blanches aiguisées comme des lames

sans larme ni arme

ce monde pacifique d'un désordre cruel

 

des chiens immobiles l’œil vitré d'une épaisseur de fonte voyaient des humains s'agiter dans le sang et pareils à des divins marquis savouraient cette mare bouillonnante d'écume avec tous ces organes assemblés la scène était si prenante qu'ils restaient silencieux à aiguiser leurs crocs avec des râpes de fer

 

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habillée d'une chemise blanche elle n'a pas manqué son examen de passage elle sut éviter les pièges tendus à tout néophyte aussi bien sur le terrain que dans les médias les obstacles qu'elle a dû surmonter y compris dans son propre clan ne l'ont pas poussé à la faute

même si de temps à autre pour certains elle n'en était pas loin ainsi de déclaration en déclaration elle parvint à réunir une troupe suffisamment importante pour tenter de jouer la comédie totale à l'échelle de la ville

dans un déluge probable des individus vendaient des ossements propres pour un usage interdit ils le savaient ce commerce était leur seule ressource ainsi de jour en jour ils amassaient un peu d'argent en vue d'acheter un cercle de friandises sucrées pendues depuis peu à l'entrée de l'épicerie

par un luxe débordant chez des gens habitués à la sagesse surpris de traverser le monde à bord d'un navire reliant les deux Pôles où sur une table basse une boussole d'argent continuait à trembler aux souvenirs bruyants de machines infernales depuis si longtemps échouées eurent la conviction de ne jamais avoir acquis la moindre faiblesse

 

dans un sable profond sous un édifice où des entreprises prospères vendaient des quantités d'objets pour asservir les peuples une bague enfouie depuis peu songeait à des alliances qu'elle avait manquées de justesse parce qu'une employée distraite avait laissé une si forte que de proche en proche l'incendie ne cessait d'augmenter ses flammes et de prendre chacun dans un tourment de cendres

 

après avoir démoli tous les galandages de l'appartement pour créer de l'espace voir loin cesser tous les courants d'air inutiles il vécut durant de longues années dans le grand placard du fond sorte de débarras sans fenêtre installant pêle-mêle son bureau-table-à-manger son fauteuil-canapé-lit et son étagère qui lui servait de tout et aussi de support au poste de radio avec l'antenne en fil d'inox accrochée au plafond légèrement ocre

 

le soleil brille le bonheur est complet tous envahissent les rues les places les avenues se couvrent de brasiers de pneus qui brûlent en dégageant une fumée dense et sombre à la fois et signe de ralliement pas un quartier n'échappe à se rassemblement les commissariats de police sont pillés incendiés tous sont joyeux les policiers ne sont pas en reste ils savourent cette liberté en tirant avec leur arme de service parfois par manque d'audace ils jettent des pierres certaines en retombant les heurtent et rebondissent sur les passants d'autres les prennent pour des cibles faciles les pierres éclatent et font un bruit discret

le ciel se couvre la pluie surprend la foule en quelques heures  plus aucune trace de ce terrible mouvement

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des rats poussent un carton dans un recoin pour déguster les restes d'un gâteau aux amandes et raisins grillés demain pas une seule ligne écrite sur l'ampleur de ce rassemblement les journaux décrivent la passation d'un marché de l'eau potable à une entreprise privée dont le directeur vient d'être libéré sous caution pour complicité et vol dans une affaire qui avait peu mobilisé les habitants par nature paisibles et chaleureux puis on a trouvé ce chat mort et le délire a repris

 

une rose dans un jardin d'hiver sous des débris de verre proche d'une carafe ancienne endurait un gel mordant sans perdre son parfum ni sa teinte orangée alors qu'à l'intérieur de la maison des pivoines fanées penchaient leur blancheur grise

un enfant soigné construisait des édifices aléatoires pour atteindre un sommet imaginaire une porte fermée bruyamment indiquait qu'un serviteur pressé embarrassé par la vue d'une servante nue fit tomber une coupe de crème arrosée de liqueur verte destinée à la chambre du mort oublié dans ce lieu à l'écart de la ville sans poussière ni ustensile un homme lâche avait honte de ses projets cruels calculés avec ferveur et patience

puis dit

le Quadrangle s'oppose au trois points de la Trinité qui au cours des temps avait toujours représenté le divin Malévitch est très clair à ce sujet il n'y a jamais eu de carré noir au sens géométrique et certainement pas au sens d'une surface matérielle c'est une question de substance ouvrière au sens du Capital

 

il ne supportait pas le commerce comme un conflit régulateur de sa violence il traversait une vaste crise de confiance et d'hystérie pour s'en remettre à l'autorité d'un père ou d'un Maître qu'il ne voyait pas venir afin de recevoir des règles d'une féodalité obsolète son attente durait depuis des mois  il savait pourtant que ces règles allaient le mener à des conflits plus durs et plus proche du meurtre qu'il ne pouvait imaginer aujourd'hui mais il ne cessait pas d'attendre

enfin dans un dernier élan il se dirige vers les terrains délaissés par la ville se laisse tomber à terre regarde longuement le ciel et meurt pour sortir de ce rêve insistant

ils se mettent nus paresseux corrompus et incapables cela plaît et la fête s'organise elle y trouve plutôt un avantage et transgresse peu les rouages de cette machine obscure pourtant elle est encore capable de saisir ce pouvoir de prendre de nouveau cette voix qui décide de tout et plus encore de rendre obéissante cette cohorte brutale

lutte de chiens lâchés dans un entonnoir d'une arrière cour à l'ombre d'un immeuble verticale vert-de-gris par une moisissure unie recouvrant les embrasures des baies vitrées donnant sur des appartements où des adolescents penchés sur des consoles ignoraient le déchiqueté des chairs de ces chiens domestiques

encouragés par les éclaboussures de sang

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il faut rêver d'un ciment en bloc proche de tes genoux pour te hisser au bord d'un abîme où coule un fleuve bouillonnant de vigueur afin d'apercevoir ton effrayante vérité

parce que toute ta vie tu as déploré la peur dans les entrailles la malchance et les vaines espérances maintenant plonge en te servant de ton crâne pour amortir dans ta chute le choc

 

abasourdie encombrée poussiéreuse elle passe en dépit d'une aimable fébrilité archéologique pour une enclave sordide un lieu construit au jour le jour  sans plan tracé par l'urgence où des immeubles neufs portent des ombres majestueuses pour des voyageurs sans mission

 

bousculant les idéologies de son temps se méfiant des présupposés esthétiques ou rationalistes multipliant les observations comparatives confrontant les situations sociologiques il adopte le point de vue anthropologique critique et ne pratique aucun ménagement le soir il se penche à la fenêtre et voit les fumées du jardin entrecoupées par les rayons obliques du soleil dans la découpe de la clôture de fer brun

 

ébauche parfaite d'une scène composée elle place les tulipes sur le rebord de la table pose un vase en forme de goutte d'eau et dispose les fleurs jaunes au-dessus des noires pour ensuite prendre la place dans un fauteuil ancien et écouter les agitations de la rue avec ses arrestations ses meurtres et à la fin un peu de sang versé

 

par ce geste vous pourrez décider vous même de ce que nous disons en revanche personne ne pourra nous désigner comme des mystificateurs ou des four-voyeurs de sens nous avons été sévères sur le vocabulaire sévères sur la grammaire en aucune manière nous avons abusé de mots difficiles ou simplement inventés l'usage de la langue celui que nous recherchons est des plus simples sans jamais atteindre la trivialité parce que nous pensons avoir aucun mérite dans cette recherche du réel supposé commun connu de tous alors qu'il échappe constamment à nos mains généreuses

un jour j'irai chez toi avec une hache

leur audace intellectuelle vaudra à ces hommes d'être poursuivis et parfois emprisonnés la plus efficace clandestinité est encore de s'afficher ouvertement sans modifier ses trajets faire son travail en toute banalité parvenir à être identique aux autres c'est là la plus grande difficulté être les mêmes obéissants serviles pour disparaître

le moment venu casser l'infernal

une ordure en vacances un limoneux luxueux au bas des grandes vitrines assis dans l'éclat du ruisseau d'argent un enthousiaste le jour de son enterrement au printemps une sentinelle dans sa cage de verre

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quand les cinémas son pleins à craquer je suis toujours heureux de rester un athlète mort

la possibilité d'un rêve sera la marque profonde qu'il aura laissé dans tout le pays en dépit d'une cruauté presque infinie de ses opposants qui pour des valeurs fallacieuses châteaux de cartes inventés de toutes pièces veulent le retour des loups

pour conjurer la peur de cette mort qu'ils sentent venir en eux

 

accusé d'être un concurrent déloyal il s'efforce de temporiser parvient difficilement à convaincre s'immobilise au milieu de la salle et jette ses vêtements comme des preuves inévitables trouvé agonisant dans l'arrière cour l'assemblée se remémore ces instants et décide après les atermoiements d'usage d'en venir aux mensonges

 

dans une vallée un lac agité dissimulait sous son écume une épave jetée la veille par des malpropres pressés de quitter ces lieux délaissés où seul vivait un honnête homme dépourvu de sang blanc immigré de force et laissé là au titre des abandons industriels passait son temps dans un va-et-vient incessant entre l'église et un container de fer

 

commerce équitable tu me donnes un cochon je te tranche la gorge tu me donnes une hachette je te transforme en allumettes d'écailles pour enflammer ton linceul mais si tu me donnes une horloge jamais tu ne perdras ton temps à servir la horde de l'ordre qui fait de toi une marionnette sanglante et complice immobile dans l'engrenage des vertus

 

dans un compartiment réservé au linge de maison de la seule armoire existante après l'incendie chez ce notaire emprisonné pour fraude et abus de confiance furent trouvées les preuves accablantes de ses délits il avait pris l'habitude de vendre par lots les biens de ses clients pour son compte personnel en falsifiant les écritures

il fut découvert par sa secrétaire jalouse de ses amours démesurés pour ses chats blancs qu'il obligeait à leur faire porter des colliers de perles véritables

en prison les clients sont venus voir cet homme lascif plutôt imposant par un ventre rond et des muscles élastiques pleurer comme un enfant dont on aurait sans raison brisé les jouets

 

il se replie dans le coin de la pièce le front dans l'angle communiant secrètement avec cette jointure du mur comme s'il apercevait dans ce pli une fente d'où l'on pourrait distinguer le lointain paysage d'un jour d'hiver enseveli sous la brume d'un lac vient la nuit il perçoit un à un les clapotis de l'eau se figer comme des marbres blancs et demeurer intacts jusqu'au matin

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c'est ici l'ancienne forêt

pour les uns comme pour les autres ces sortie masculines dans des débits de boissons et quartiers réservés plus ou moins libres et coûteux sont ici un bref retour à l'humain même si parfois la bestialité l'emporte il n'en reste pas des hommes vêtus comme des vitrines

défaits par l'asservissement et la contrainte ils se demandent où

ils peuvent encore puiser cet accord viscéral à l'obéissance

 

il ne s'embarrasse pas de finesse et de chronologie et livre pêle-mêle une quantité de situations en comptant sur leur rapprochement afin de nous restituer une diversion qui mène peu à peu à de nombreuses impasses sans qu'il soit possible un seul instant d'entrevoir une issue

vastes étendues insalubres où dans la lumière ouatée du lever du jour des barques larges et plates laissent à la surface de l'eau une légère ondulation

 

la baie s'étale magnifique comme dans ses plus beaux jours une jeune hôtesse annonce le voyageur et l'invite à patienter en prenant place dans des fauteuils profonds de l'antichambre moquette ultra-épaisse ton clair atmosphère ouatée c'est ici qu'elles exercent leurs métiers difficiles mettre un terme à des vies insolentes de richesses prises violemment

 

marchant devant les ouvrières l'oreille collée au transistor elle n'en perdait pas une note sûres d'une réussite incontestée les dirigeants s'étonnaient de son éclat ce fut une traîné de poudre spontanée sous le coup du désespoir une sorte de libération puis les soldats se sont rangés en ligne

puis sept coups secs tombent

le chemin vers le ciel est de retour ouvert dans sa lumière mate

 

dans un projet des hommes et des femmes avaient placé l'argent longtemps gardé dans l'armoire ancienne des chambres du haut ils étaient enfin heureux et assis honorables sur des chaises confortables ils attendaient encore un peu pour prendre la dernière dose de LETALIS pressés de quitter ce monde au plus vite

 

plus bas et soumis à sa cage un roitelet songeait aux membrures diaphanes d'un diamantaire épris d'un chat sauvage gardé jour et nuit par un serviteur calme sachant qu'il ne pouvait rien craindre le voici premier au bord des vitrines choisissant des étoffes grises pour cacher un souvenir d'une folle nuit d'été où il avait livré ses frères aux bouchers de la rue

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j'avais des brutes gardé le souvenir attachant de lustres antiques effervescents dans des alcôves moites immobiles comme des laves figées dans le noir solide d'une étreinte imaginaire quand sur le point d'aimer une astéroïde franche d'un seule geste aux mains multiples me serra la gorge si fort qu'un collier de sang coule encore

 

elle définit de nouveaux objectifs pour donner au pays la liberté l'indépendance et la justice sociale dont elle rêvait depuis longtemps un tel idéal nécessite une remise en question permanente de l'ordre ancien une critique sévère de l'action et une juste appréciation des forces sur le territoire puis vient cette obsession d'envoyer des photographies d'elle nue traversant les bois jouant avec les premiers feuillages du printemps

 

un soir facile des adolescents sur un sentier de ville usaient un langage éprouvé d'argot injurieux un peu ivres ils contournent un établissement propre rideaux ambres et rouges avec des lampes accrochées un peu partout et chacun suivant l'autre grimpent un escalier raide arrivent sur une hauteur pour observer les nuages bas et lents sur l'horizon rosé par des lueurs industrielles

 

elle avait pour cacher son sexe un membre inférieur replié si fort qu'un bleu longtemps dans la chair avait inscrit un signe proche de l'encolure et si des malsains voyaient là une marque de chaîne c'est avec regret qu'elle se couvrait d'une étoffe de laine tant la lumière donnait au signe la somptuosité d'une soumission maligne

 

afin d'assurer le sommeil profond du bonheur sur terre pour être sans parure vous transportez sur tous les continents des formes jolies adaptées vous cherchez l'adhésion utile

alors que nous du lion à la souris pour n'avoir élu aucun Maître à nos espèces nous sommes libres dans l'air la pluie et le vent

 

aujourd'hui une fois de plus ils m'ont envoyé les chiens pour me détourner de mon chemin

ils vont tordre mes os et les cacher sous des amas de terre et attendre plusieurs jours en surveillant que rien ne bouge afin que la destruction s'accomplisse ils ne savent pas qu'allant d'un corps à l'autre je parcours le Monde avec la légèreté du vent venu essentiellement de l'ouest

les ondes traversent les continents elles sont utiles pour les vacations approximatives des styles un peintre usé lavé par l'amertume prend ici et là des formes de vies lointaines qu'il considère siennes pour accomplir de vastes projets et mettre à son service des crédits qu'il ne remboursera jamais

demeurer assis

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s'il le faut creuser une tombe verticale sur un plancher lisse à l'étage 52 et là assis sur une chaise d'inox et de cuir noir fermant les yeux je prendrai une respiration profonde figée longtemps dans un poumon pourpre afin d'atteindre le point d'aphélie sur une orbite souterraine dans ce vaisseau de lumières rapides au bas d'un mur rosé par un soleil ivre de mesures exagérées

 

dans un monde croisé du Nord au Sud par des navires somptueux des Antiquaires silencieux voyaient pour la première fois sombrer un astre luisant donnant des reflets jaunis sur le rebord des tables où des linges salis par des blessures enfouies surgissaient maintenant alors que tout semblait accompli le voyage la destinée et la franche amitié

 

des loups pris dans la tourmente d'un novembre précoce voyaient leur proie disparaître dans une brume aveuglante brillante comme une épée ils ne savaient que faire pour garder la lutte saine quand des charcutiers certains de leur séjour arrivent de tous côtés et les encerclent au lieu de hurler en dernier recours les loups prennent des usages civiles pour s'accorder aux circonstances nouvelles

 

des enfants assis chacun dans des caisses d'emballage dérivent sur le fleuve bercés par le clapotis des ondes légères sur la rive des adultes tournent le dos à ces embarcations destinées au delta où des puissants monstres marins savent l'heure proche ils le savent depuis la nuit des temps car au delà de l'univers la totalité des informations est donnée pour toujours ils le savent parce qu'ils sont des monstres imaginaires

 

alors que j'avais un rêve simple vient de la chaussée une rumeur sanglante d'ivresse et de joie mêlée j'ouvre la porte sur ce spectacle nocturne où des rats semblables aux humains conduisaient des voitures décapotables mélange de cuir et de sangles diverses dans l'insouciance des odeurs de véhicules neufs

le matin sur le rebord de la baie vitrée un oiseau mort gisait le bec courbe tordu par la violence du choc contre la vitre

sans faire de bruit il s'envole

 

un juste appliqué à des peines futiles est venu chercher un peu de réconfort auprès de ses amis libres de toutes contraintes à peine avait-il prononcé un mot qu'il se rendit compte à quel point il les avait trop longtemps oubliés ainsi crispé dans son élan il ouvre en grand les volets qui vont heurter bruyamment le crépis du mur et vont laisser un écho sonore s'enfuir de l'autre côté de la rue

porté par une vulgarité acquise avec volupté sur le trottoir d'un ancien quartier portuaire aux opportunités nouvelles d'un commerce en pleine expansion il vendait des bilboquets flambants neufs colorés comme des pendules pour ramasser l'or des ruelles

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de nombreux ouvriers dans le faubourg se mettent à forger des gourdins avec des griffes acérées puis rassemblée à la hâte la troupe se lance à l'assaut de la ville convaincue d'obtenir par la mort un peu d'éternité longtemps espérée

arrivée sur le périphérique de la ville les soldats attendent l'équipée fantastique prend fin dans le sang les massacres et un confusion indescriptible

demain on recommencera la scène avec des nuages de couleurs différentes et des habits neufs et en première ligne on mettra les enfants les plus turbulents ceux qui n'ont qu'un avenir improbable

 

dans le passe-passe d'une technologie de bricoleurs complices et entendus des paravents de lumière s'élèvent et tournoient sur leurs axes imaginaires inondant la salle où les spectateurs protégeant leurs yeux d'un foulard ou d'un revers de bras cloués sur les fauteuils de velours sortent aveugles de cette invitation pour le prix d'un quart de glace vanille

l'agitation s'étend aux quartiers proches du fleuve des voitures des camionnettes couvertes de pancartes et pourvues de mégaphones semant à tous vents le grain de la colère les passants apportent oboles et chaleureuses solidarités de même des vedettes de cinéma du théâtre affluent dans les jardins où elles improvisent des chants révolutionnaires mais tous savent qu'à la nuit tombée ils rentreront chez eux avec le souvenir incertain d'une journée pour presque rien le lendemain des nuages prendront des formes reconnaissables de visages d'amis

 

deux fossiles s'affrontaient d'une lutte égale retenus dans l'argile depuis des siècles le jour de conciliations enfin arrivé leurs bras gigantesques lançaient des courbes de fer en tous lieux pour construire des passerelles au-dessus des meurtres et des soupçons et permettre à chacun l'éternel retour aux fictions individuelles

 

leurs noms peuvent être réinscrits dans les archives l'accusation de complot ne fut jamais prouvé de façon convaincante ils réussirent à la noyer dans une démonstration de moralisme équivoque en dénonçant leurs turpitudes homosexuelles rien n'a vraiment changé la lumière un peu plus blanche couvre le sombre des bordures taillées

 

enfant de la lumière solaire capitaine du prototype

 

par là dans la nuit seul un humain avance sans fuir sur un sentier caché par une rangée d'arbres secs laissant tomber des brindilles brunes

le pas vif il sait sa marche comme la seule ambition raisonnable je meurs dit-il sans cesse sans parvenir à deviner s'il se joue à lui-même une comédie sans fin

des oiseaux rares dans le ciel laissent des traînées noires comme si leurs ailes affûtées coupaient indéfiniment cet outremer étoilé

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une centralité désunie un massacre de trop pour l'heure il a besoin de ce bras de fer géopolitique compromis par des vassalités improbables

il s'en remet à son seul jugement pour apprécier l'infernal poursuite d'un ennemi en chute libre il sait le gouffre ouvert à tous les vents et espère une dernière bourrasque pour ensevelir les derniers corps susceptibles de le confondre

il faut comprendre que nous avons la possibilité à tous moments d'intervenir au cœur de vos enchaînements calculés pour gripper vos rouages et les anéantir en vous laissant juste assez d'air pour vos prières ce n'est pas de la cruauté mais une juste répartition des forces pour maintenir ce monde recevable dans les champs de forces au-delà de la mesure et du temps le Multivers a commencé et vous êtes du côté de la matière Monde

 

il avait une idée ancienne pour encourager les échanges mais un excès de cohérence et de réalisme l'avait mené à ses éternelles positions de replis ainsi après son arrivée dans sa chambre il pris le devant en ouvrant les fenêtres afin qu'un vent doux vienne troubler la relation ce fut le contraire le vent froid avait glacé ses membres dès le premier instant il se souvient encore du reflet gris mauve de la vitre contre l'étoffe rouge quand pris de vertige sa tête a heurté la statut de marbre

 

des forces multiples envahissent les réseaux d'un hangar maquillé pour un soir en cinéma où s'entassent des cartons immobiles par dessus des bolides éraflés griffés serrés dans des harnais de plastique aux crochets de fer en dessous des liquides sombres glissent sur le sol lisse où des torses de faïence arrachent leurs organes loués la veille par un prêteur avide de fortune et lucide qui se lance dans une démonstration géométrique pour conclure en disant la force est dans le vent

 

sans mesure ni ménagement ils vont estimer leurs derniers biens et les mettre en vente avec l'argent ils vont ouvrir un commerce en ville sans doute pour prospérer et acheter toutes sortes de choses inutiles afin d'encombrer leurs appartements et enfin fuir ce bric-à-brac moderne qu'ils détestaient avant même de franchir le seuil de la ville

ils diront plus tard notre jeux avait quelque chose de trop réel nous reviendrons avec des armes en carton noir et des appâts de glu

 

pour remplir un usage domestique ils avaient pris l'habitude de venir le soir en longeant le mur jusqu'au portail jaune cachés par un buisson aux épines nombreuses ils lançaient des billes de verre sur la terrasse qui rebondissaient sur le seuil dans l'attente de sa sortie ils riaient déjà de le voir rouler jusqu'au bas du jardin dans les jasmins fleuris les membres en l'air remuants comme un scarabée sur le dos pour finir dans le chemin mouillé le visage blanchi par la frayeur de la chute

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il lui ouvre une voie de sortie en lui garantissant son salaire pendant six mois un peu de temps pour faire ses valises et disparaître avant que les créanciers arrivent sur le seuil

en s'éloignant de sa demeure il fixe longuement la végétation du jardin pour n'avoir comme seul souvenir qu'un paradis ancien où à la saison morte les feuilles avaient des couleurs grises avec de fragiles reflets argentés

 

marche en remontant le fleuve côté gauche jusqu'au rocher en forme de cône puis sans oublier le rituel des graines dresse un bivouac pour la nuit en orientant l'ouverture vers l'Est sur le sol dirige les feuilles face contre terre et garde le souvenir de cette journée libre pour être surpris le matin par le soleil naissant

 

dans un monde épris de circonstances locales des groupes persuadés de leurs raisons historiques s'opposaient à la venue de structures étranges qui avaient vocation de faire naître des passions haletantes seules capables d'apporter un bonheur à portée de tous

au lieu de cette perspective la férocité des idées obscures puisait encore sans compter dans le gouffre inépuisable des égoïsmes

 

pour franchir la porte c'est assez simple pour franchir le fleuve aussi cela ne présente aucune difficulté mais pour prendre ta décision le courage te fera défaut il savait cela tout le laissait interdit

de longues heures à attendre sans pourvoir décider d'un mouvement infime pourtant sans se l'avouer à lui-même prendre le plaisir de l'indécision gagnait chaque jour un peu plus ses dernières forces

 

les membres engourdis serrés dans des banches de fer il souhaitait cette peur indolore qui jamais ne cesse il se souvient maintenant des marques bleuies laissées sur son corps sans résistance

dans des officines d'opinions des pressés d'aventures diverses agitaient leurs bras élégants sans prendre garde des parquets boueux sur lesquels ils étaient assis voulant édifier des entreprises funestes pour voler l'or du jardin ouvert à tous les vents de la liberté un homme seul ayant pour unique envergure sa présence gardait le trésor riche sous les ramures d'automne afin de préserver l'authenticité d'un peuple endormi

il a toujours vécu un combat insoutenable et éprouvant l'éventualité d'une paix il était devenu une perdition sans fin la seule chose qui pouvait encore le consoler c'est qu'il constatait que chez ses contemporains ce combat avait fait une fulgurante progression ainsi il n'était plus le seul à l'éprouver

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un léger sourire presque imperceptible qu'il n'arrivait pas à cacher il avait de plus en plus de mal à se supporter devant un miroir je suis responsable s'ils me découvrent je suis fini

je suis accroché au ciel avec des lanières de cuir et j'avance lentement

 

dans un atelier des bois secs attendaient posés sur le sol séparés par des liteaux d'être repris par des mains habiles pour construire un abri en entrant il heurta de son pied la pile de bois surpris par ce désordre nouveau

en rentrant chez lui il ne pouvait cesser de repenser à ce chevauchement

dans la nuit des lampes bougeaient dans le local en projetant des lueurs sur la cour quelques jours après ses chaussures noircies par le feu portaient encore des traces de cendre

l'insolence est un droit

arrogances galvanisées de certitudes

fabriques de vertus

pour rester sagement dans l'ombre hirsute falsifiée percluse de férocités immondes

nous les morts sommes les insolents vrais

 

dans l'écarlate d'une flaque de sang un visage recherché depuis longtemps semblait surgir d'un néant de flammes ayant si peu convoité la compagnie  des songes je fus surpris de cette opportunité si vite arrivée

fallait-il être assez sot pour croire à ce portrait venu d'une flaque qui soudain sous l'effet d'un ciel changeant se transformait en tragique souvenir

vous les grossistes du carnage convulsés par la peur vous pensez pouvoir régenter en ces lieux universels une censure incapable d'approcher avec mansuétude les promesses de l'aube

des versets rouges de sang

 

puis des affairés minutieux serrés les uns contre les autres constituaient un noyau dur dans cette assemblée éparse de gens venus chercher le réconfort d'une cohésion civile afin d'oublier leurs parcours d'erreurs  ils étaient là pour la densité l'aggloméré des relations aimables ainsi ils avaient plus aucune prudence à se lier aux mercantiles chaleurs des encouragements mutuels

il avait pris pour habitude d'envoyer des photographies de lui-même par divers détails pieds œil fesses sexe dos mains un morceau de bras un genou enfin toutes les parties de son corps en prenant garde de les distribuer dans des quartiers différents de sa ville il espérait qu'un jour être découvert par assemblage de tous ces détails il faisait cela pour la gène d'être découvert et de s'exposer entièrement nu

le ciel dure depuis longtemps il était là dans les champs les soleils penchants les chaussées déformées à l'horizon la courbe incessante

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nous avions nos habitudes parfois pour rester dans le noir la porte restait fermée et puis d'un geste brusque la lumière faisait son entrée juste à midi nous étions ravis qu'ils nous arrivent encore d'en être surpris

 

l'heure de adieux éternels

des hommes choqués balayaient tout sur leur passage pierres blocs divers décidés par une aventure nette de prendre pour motif la destruction de l'univers ils perdaient en route des complices amusés égarés par des brillances de vitrines n'ayant que pour but le butin de la démarche alors que les autres silencieux comme des plaques de plomb commençaient à scier l'espace

avec acharnement au point d'être pris pour des cyclones terrestres dépourvus de mesure et de discernement pour fléchir rapidement

 

nous avions pris les habitudes des gens d'ici avec leurs voix discordantes nos gestes aussi avaient changé sans pour autant être malheureux certains d'entre-nous se suicidaient dans les passages souterrains au-delà du périphérique ce n'est pas un renoncement simplement de la fatigue celle qui tombe dès le commencement du jour sans raison apparente sans bruit une sorte d'apaisement un assouplissement final

les muscles dociles donnaient les derniers ordres le ciel était au rendez-vous

 

des courageux fiers de leur isolement dans un bois proche de rochers abrupts savouraient les restes d'un repas de chasse

sans siège ni cuillère à l'ombre glacée d'un épais feuillage de chênes penchés

on voyait à leurs vêtements usés qu'ils avaient derrière eux la traversée de l'immense plaine où seuls les plus forts avaient résisté aux marécages incertains peuplés de créatures sans couleur lisse comme des coupes

de cristal placées dans une lumière lunaire qui par des jeux successifs  inondaient la totalité de ces lieux noirs de solitude

sans jamais se démettre de leurs élégances apprises ils tenaient entre leurs doigts des restes humains sans jamais se confondre

 

sol de pierres blanches veste à carreaux jean posé sur le bois d'une chaise éclairée par des lueurs mauves et grises d'une enseigne sur le toit d'un immeuble éloigné d'une distance mesurable elle se lève et se penche sur une vasque d'eau parfumée de fleurs séchées

elle compte encore sur des indiscrétions pour gagner un peu d'argent et le placer en lieu sûr elle se sait perdue et détestée seule au milieu de son désordre volontaire joué sans distance

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des choses cylindriques des écuelles des géométries diverses envahissaient le minuscule bureau qu'il occupait depuis peu après les attentats il s'enfermait à clef les directives étaient sans équivoque aucune porte ne devait être laissée libre d'accès et puis au fil du temps les portes sont restées ouvertes la belle saison venue plus personne n'y pensait qu'il puisse y avoir le moindre doute sur la mise en danger d'un tel laisser aller quand son corps fut trouvé gisant dans un sang noir ils ont dit c'est à cause de la chaleur inacceptable de ces derniers jours

 

nous étions parfois heureux surtout l'hiver quand le soleil donnait des douceurs pâles alors pris d'un élan on descendait vers les quais d'embarquement les habitués nous laissaient entrer et là avec nos mains on touchait la tôle froide des caisses de métal

celui qui restait en contact le plus longtemps devenait notre héros le temps de remonter vers le quartier Nord ivres de notre candeur précaire et enjouée

 

le prix des choses marqué sur chaque objet obligeait chacun à courber un peu plus le dos pour sortir de ce piège lumineux un fois dehors tous avaient oublié leur savoir vivre

 

dans un bois noir et sombre charbonneux luisant comme une montre des lueurs dansaient sur un objet compliqué pour l'atteindre il fallait enjamber la cendre incandescente sali par le tournoiement  d'une mécanique aux ordres fantasques des serviteurs habitués à l'obéissance après tant d'errantes demeures jetaient là leurs turpitudes vaines

dans une maison loin d'ici près d'un bois un humain se cachait dans une alcôve grise couleur cendre au sol posés sur une tables des alcoolats de menthe de citron de mélisse donnaient un air respirable légèrement enivrant et pour parfaire le lieu un lustre éteint or et blanc jetait son ombre sur un grand mur laissant plusieurs gris mêlés représenter un brouillon de fleurs

 

sur l'autoroute en direction du Sud nous avons fait une pose sur le parking du Soleil à l'ombre d'un camion d'où s'échappait un peu d'huile rendant le sol glissant mais avec des stries de couleurs changeantes avec une paille retirée d'un gobelet de soda nous avons tracé une figure dans ce liquide qui peu à peu se dissolvait dans le goudron puis le camion à laissé place à une brûlante plaque de soleil la paille alourdie par le noir gras et mou est restée collée longtemps avant de s'agglutiner puis s'est dissoute sous l'action conjugué du goudron de l'huile et de la chaleur

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l'entretient s'est bien passé chacun à fait le nécessaire pour être à la hauteur maintenant qu'il était de retour il lui semblait qu'il aurait pu faire un geste de sympathie une sorte d'inclinaison pour montrer sa soumission mais il ne l'avait pas fait non pas par orgueil il n'y avait pas songé tout simplement il ne connaissait pas les usages appropriés

à un moment ou à un autre il lui a manqué un mot

le gris de la pièce avait eu raison de lui maintenant il le savait

 

si proche du but pourquoi abandonner il avait laissé si peu de choses derrière lui un meuble hérité des lustres en verre seul le piano avait pu être vendu au dernier moment en fermant la porte il avait laissé la clef en se disant que tôt ou tard une personne prendrait ces objets ou mieux prendrait place en ce lieu

il oubliait les attaches précises l'idée de revenir était exclue

au bout de la jetée ses jambes môles se sont courbées dans un bruit sombre et lent

sans steak ni tranche de beurre des humains repliés dans un immeuble chauffé par des combustibles huileux commentaient l'actuel avec la vigueur nécessaire pour émettre assez de stress aux foules pendues aux portes de ce refuge précaire puis vint l'idée commune et communiste de crier fort la chanson du maître afin de donner à ce quartier neuf des allures anciennes qui s'exposent doucement aux dociles servitudes

pour avoir un peu de liberté des gens persuadés de leur confort croyaient prendre au piège des fugitifs en mal avec la justice sans se douter de rien la brutalité vint rompre le silence il ne resta de ce vacarme que des restes

où des bêtes féroces se disputaient l'avantage pour finir les corps

à côté un dancing modèle plein de chuchotements équivoques et de tourments vils laissait à chacun un peu d'espace pour sourire aisément sans embarras

 

pour des raisons obscures un juge épris de nuances subtiles en remontant le chemin des vignes à Montmartre pris la décision cruelle d'être sévère pour une affaire pénible alors que le ciel et les lilas invitaient à la clémence il prononça la peine la plus lourde certain que le pivot du Monde sous terre serait de son avis il n'en fut rien il sombra dans un lieu vaste cerclé de fer pour finir aux berges de la Seine sous les tilleuls noyés par la pâle lueur des lampes puis son corps a rebondi deux fois avant de sombrer dans l'eau

 

peu à peu il revenait à ses origines le premier livre une histoire du surréalisme un monde éloigné une Amérique des drogues végétales des expériences fortes loin d'ici dans cette ville immobile sur une autre rive une fuite éperdue la mer sans réponse avec son aplat stupide

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pour les très simples sans esprit les ignorants sans alphabet le pardon encore mais des autres que faire ici demeurant à nos côtés semblables avec cette lumière qui mêle en un tout nos envies retrouvées mélangées au vin et l'eau pour une élection avantageuse

il n'en sera rien qu'un dégoût amère attendre des siècles la décantation c'est oublier que la pourriture enfouie en terre noble augmente la violence des fleurs

par la grâce des cruautés par la glace de l'alcôve courbe les tourments de l'âme en espérances figées fardeaux longtemps épuisés par les raclures des sols acides je viens vers vous remplir vos instincts saisis d'épouvantes amenuiser vos ampleurs de violence concentrées au point noir d'un immobile témoin venu pour vous emporter loin d'ici des cours peuplées de juges et de certitudes

la nonchalance

il était occupé à faire claquer ses dents en attendant le bus près des carrefours où des pauvres accomplissent des acrobaties des gestuelles de désespoirs vains il regardait l'ombre portée par ces énergumènes qui se soumettaient à tant d'artifices qu'il finit par rire d'un éclat tel que ces ombres entrelacées formaient maintenant des géométries sèches évoluant dans des tumultes de fer

 

il avait subit de nombreuses transformations pour être ce jour un personnage resplendissant sexe tout neuf nouvelles fesses gueule aux lèvres épaisses comme des rebords d'écuelle en faïence grenat sang de bœuf et pour toujours des seins de velours

assis au Rex il éclaboussait la salle au point que des craquements sourds se faisaient entendre sur les sièges

vos amis clients prennent du bon temps sous le ciel clément dans un pays de ruines antiques pour moitié exportées dans la grisaille  souillée par vos nappes d'huiles qui s'étendent au bas de vos immeubles effervescents et retombent en gouttelettes d'argent pour des clapotis charmants

portés sans gant dans les vitrines dorées du Guilty flamboyant il marche vers elle pour lui dire soyez plus habile

des idolâtres convaincus de leur passion étaient parvenus à persuader une assemblée de croyants qu'une image pouvait être un peu plus qu'elle-même une icône susceptible de profanation et chacun de se déchirer pour élire plutôt celle-ci ou une autre au point que le chapiteau secoué par tant d'humeurs mélangées se fracassa net sur ce spectacle désolent

ne laissant dans le ciel inchangé qu'une lueur indécise et maladroite

 

une disparition avait eu lieu partout le même désarroi d'autres affirmaient qu'il s'agissait plutôt d'un effondrement pourtant l'édifice avait été toujours le point de ralliement pour les touristes d'autres disaient que c'était tout simplement un attentat ou encore la malchance puis le doute lancinant les avis contraires suivis d'exaspérations puis on ne pouvait que constater au fil des jours que rien n'avait vraiment disparu malgré le trouble perceptible

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dans une demeure cachée près d'un bois aux cimes longues des humains géométriques gesticulaient dans un vacarme de plastique sautillants comme des oiseaux en cage imaginaient des demeures fantasques de blocs tombés d'un ciel livide avec pour seule entrée l'obligation d'un discours raisonnable afin de convaincre la chance opportune d'ouvrir l'espace au-delà des cimes

 

par les vitres on regardait les arbres mouillés les moisissures s'étendent lentement puis recouvrent les caisses de bois laissées là à la pluie au froid sans savoir ce qu'elles pouvaient contenir peut-être rien des restes de quelque chose

au printemps elles n'y étaient plus pourtant nous ne cessions de regarder cet emplacement vide sans lumière sans ombre

 

étions-nous persuadés qu'un pareil bouleversement puisse encore maintenir le peu de solidarité qui restait des mots d'ordre il y en avait partout mais personne ne savait d'où ils provenaient tous obéissaient avec la docilité des chiens sans soupe ni écuelle décidés à sauver leur peau certains provoquaient le désastre sollicitaient le ciel d'un déferlement d'éclairs rapides

limpide dans ses décisions il n'en était pas moins choquant pour établir des correspondances faciles appliquées sur un registre cadastrale il en établissait de multiples liaisons avec une infinité de notes qui toutes convergeaient dans la conviction que seule une force cohérente totalement souterraine pouvait être à l'origine de sa névrose de soupçonner chaque pierre de ce monde responsable de sa condition de ruine intérieure

 

une autoroute est faite à six voies pour étendre l'emprise

des mobiles sont avancés pour recouvrir et ensevelir tous ceux qui par le raisonnement simple et de bonne fois éclaire la supercherie et montre le désastre qui se prépare

mettre bas la fragile démocratie en la recouvrant de querelles fabriquées controverses des images ou retour du religieux

côté verso les affaires augmentent la violence d'airain du capital malin

la question est a-t-on ou n'a-t-on pas une conscience politique et si non on trouvera toujours assez de ferrailles pour se casser les dents et graisser les articulations

des inconnus libres parvenaient sans que personne ne puisse les détecter à franchir tous les seuils

des banques et ses nombreux serviteurs absorbés dans des calculs compliqués parvenus à réduire presque tout en mesures ne se doutaient pas qu'ils puissent naître des dimensions précises pour l'espace inéluctable des insoumis permanents

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aimer l'anarchie non pas pour elle-même mais pour observer l'obéissance si bien partagée cul contre cul dans la même foire que souvent les vomissements me reprennent et je ris d'un rien pour apaiser la montée des craintes celle d'être laissé pour compte

le beau paradoxe

 

pour être habile un joueur fuyait les rencontres les séductions afin de se fondre le plus possible dans l'agitation insouciante des villes ainsi devenu presque une ombre l'heure étant venue d'accomplir avec lenteur l'acte irrémissible il est aujourd'hui dans l'attente indéfinie de lueurs géométriques qu'il ne peut apercevoir faute de savoir avec certitude d'où vient le pardon

 

dans un établissement à étages qui préserve encore les odeurs des labeurs des origines

transformé en usage de vitrines pour des objets d'émotions se réclamant de vertus démocratiques une porte s'ouvre laissant passer un d'air frais et ne trouvant d'autres issus pour vagabonder que des plafonds de ciment

les lustres brusquement agités se brisent laissant des traînées noires suspendues à des fils

pour ravir le visiteur éperdu

seulement quelques uns ont vu venir le crime s'installer en tout lieu chacun croyait l'édifice sain après le massacre général l'humanité allait être une nouvelle fois nue

chacun persuadé

mais le mal venu une fois revient

avec plus de vigueur cette fois habillé de costumes propres façades en verre et inox siégeant en tout point avec l'objectif de saper toute équité possible ils connaissent les chemins pour faire de ce monde une hilarité confuse de soumissions en solution finale graduelle irréversible

 

nous avions pris l'habitude de longer le grillage au bas du ravin avant de nous enfoncer sous les taillis touffus encombrés de boites de fer et toutes sortes de choses étranges ils avaient poussé sur les anciennes illégales décharges de l'usine où nos pères nos mères avaient donné leurs vies nous étions là cachés pour éprouver un repli improbable pour éprouver la vacuité des labeurs consentis pour des semblants de libertés vite reprisent nous étions à l'abri pour l'après-midi

c'est la fin de l'hiver les premières douceurs arrivent les uns les autres reprennent leurs habitudes de circulation partout les restants de neige se mélangent à la terre brune dans une infinité d'ocre et de verts sombres le gris n'est pas en manque il reste sur les bas-côtés des routes là où les maison ne sont que cendres et bois noircis par les incendies récents

des lueurs tiédissent les portes de fer

les bourgeons des lilas tirent au vert

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chaque jour des certitudes sont avancées chaque lendemain d'autres certitudes effacent les précédentes seule demeure la lumière un peu blanche des lampes depuis que l'on était passé aux ampoules économiques au début elles piquaient les yeux nous nous sommes habitués

maintenant quand je regarde son visage c'est encore à l'écran qu'il paraît le plus vivant avec ce beige rosé velouté légèrement pourpré

 

l'horreur revient se mélanger à l'or des heures j'entends les mentalité de la tourbe lent pourrissement imperceptible gagne chaque jour le terrain des insouciants des naïfs volontaires

la pureté reviendra

la clairvoyance est là proche à deux pas visible portée par des insolents libres en grâce insupportable

ne mélangez pas l'horrible haine et la pureté le compromis sera d'une odeur intolérable inadmissible liqueur de fiel et linceul pour tous

 

les mondes se juxtaposent leurs coïncidences sont presque parfaites à quelques détails infimes leurs perception sont repérable légères oscillations décalages d'intensité lumineuse à cela s'ajoute le trouble que nous avons d'imaginer plusieurs mondes possibles proches contingents ainsi plongés dans l'incertain nombreux sont ceux qui feront le choix d'un même Monde partout en toutes circonstances par peur des multiplicités ou complicités cachées

 

un astre pour se nourrir plongeait ses racines de verre dans les tombes de deux frères à l'abri d'un mur il s'y plaisait tant qu'il resta ainsi longtemps à prendre la chaleur des ossements des poussières des restants de chairs au point que parti depuis de longues années de ce lieu tiédi par un soleil jaune il fut surpris d'entendre des conversations feutrées faites de sanglots étouffés de reproches mutuels suivis de sons étranges comme des frottements de chairs d'échanges clairs

ces frères ensevelis côte à côte dont l'un portait le nom de Vincent

 

pour répondre à des signes lointains un violent mélancolique tournait autour d'un bassin où des enfants propulsaient à l'aide d'instruments électroniques des jouets sans importance cet homme pourtant libre enchaîne son esprit à de ridicules perspectives et ne parvient pas à se défaire d'un tourment profond se jette à terre pour prendre dans ses mains des restes de nourritures pour soigner des oiseaux apprivoisés

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des humains cachés par une dictature admise en tous lieux vivaient lentement pour accomplir le moindre geste il fallait calculer prévoir les effets risquant la lacune l'oubli la faute pour se retrouver dans l'immensité des campagnes à chercher le refuge parfois l'hospitalité avec quatre pommes les certitudes sans restrictions au printemps pouvaient encore apparaître neuves lavées de tout soupçon

le regard précis sans fenêtre ouverte les ordures emportées pour ne rien laisser paraître

un prisonnier dans sa cellule regarde le mur assis sur une chaise de bois jaune attachée par un câble au lit inquiété par la réverbération du robinet d'inox à cette heure du jour il se penche sur lui-même et projetant une ombre grise brise la symétrie du losange orange avec le coin du mur avec un geste lent étire le bras suffisamment pour projeter un cercle brun sur le bas de la porte sombre et grise un soir

 

à le voir déambuler dans ce super-marché du centre ville on ne soupçonne pas qu'il vient d'échapper à un massacre il passe d'un rayon à l'autre il observe avec attention les images collées sur les boites elles renferment du poisson des maquereaux ou des sardines il se souvient de son pays laissé à l'abandon des féroces hardes de chiens capables de tout  il n'a pas voulu résister par lâcheté  le mal tient le monde comme un jouet et les hommes attendent leurs récompenses

il achète une barre de chocolat et des oranges dans un filet de nylon transparent pour laisser voir la marchandise sans passer par les caissières épuisées penchées assises sur leur chaise aux tissus abîmés

 

habiter dans un bois dense serré contre des loups les gueules en attente pas à pas dans l'humidité des mousses attendre la sobriété des nuits

admettre le vent glacé prendre par le gel les restes de rosée amis sauvages le sang bouillonnant reprenez vos précautions antérieures laissez l'être humain à sa sordide estime fuyez par la plaine l'eau versée des alcools en détruisant les téméraires amitiés

nous avons plusieurs solutions mais toutes ne sont pas applicables pour tous nous sommes à la recherche de la plus grande probabilité possible de garantir à chacun un accompagnement individualisé afin de préserver la singularité de ce moment difficile nous avons déjà derrière nous une expérience qui a montrée son efficacité mais cette fois nous comptons sur votre participation sans ressentiment possible pour passer ce seuil

cette fois ci et nous espérons que ce sera pour la dernière fois nous vous demandons de collaborer et d'offrir aucune résistance elles seront inutiles car nous avons tout prévu pour éviter ce genre de phénomène qui par le passé n'avait fabriqué que des souffrances endurées par des populations qui ne demandaient qu'à continuer à vivre quelque soit les Maîtres des circonstances pour leurs tranquilles ambiances

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c'est évident nous allons parvenir aux buts fixés c'est l'ensemble des membres qui dans un seul acte pour donner l'exemple fera ce sacrifice nécessaire il en va de la crédibilité de notre mission nous n'avons aucune alternative et moi-même je vais accomplir cet acte après tous les autres comme un capitaine je quitte le navire en dernier en respect des protocoles et des procédures qui par le passé ont toujours donnés des résultats

l'univers partira en fumée dans vos pays vous avez creusé vos tombes depuis longtemps vous avez de la terre jusqu'au cou vos TGV poursuivront leurs routes sans vous ils s'en iront loin nous avons nos solutions nous ne voulons pas vous suivre dans votre enfer laissez nous c'est la seule chose que l'on vous demande

partez d'ici emportez vos maladies dans la nuit vous avez tué le soleil et toutes les voies lactées

ici dans l'obstination dans le puéril des hommes sérieux dans une ville choisie avec prudence avaient tous engagé leurs convictions sans veillez à l'infernale mâchoire du quotidien par une volonté farouche ce monde refuse l'équitable

plutôt la terreur de l'injuste qu'une courtoisie transmise d'une main à l'autre où le semblable est ressenti comme une offense

je ne veux plus rien entendre de vous

 

ils viennent avec leurs masques envahir des chambres fermées donnant sur la mer pour se loger dans l'inaccessible

vertige des sensations fortes devant un abîme de flots bruyant où des vagues construites dans des matières lustrées arrivent à leurs pieds fragiles et musclés

la méchanceté viendra avec facilité

cette nuit là nous étions sans arme voués aux rencontres fortuites des bêtes sur le côté glissaient entre les arbre une nuit sans lune sombre

puis plus rien le sentier soudain abrupt laissait entrevoir un horizon matinal et beau projetant sur nos bagages de cuir des brillances d'une richesse de luxe ancien

circulation de la dette circulation des capitaux chacun est habitué c'est la règle ou la fausse règle plutôt circulation des mensonges circulation des vérités question de grandeurs chiffrées ou non

la fosse ou le barreau pour d'autres l'esquive le recouvrement la parole planétaire une sorte de poisse collante indestructible pour perdurer les jeux infinis de la cruauté douce et amère

 

sur une rivière blanchie par la violence éphémère d'une clarté inconnue un corps glissait entre les flots argentés des fleurs accrochées à sa chevelure donnaient une illusion permise d'être le premier témoin d'une alliance sereine quand se retournant les seins laissant dans le sillage de l'eau un reflet mat voir le corps en entier blanc et rose satin maculé d'outremer comme des coups portés à la chair

le regard surpris puis repris il n'y avait rien sauf un mal qui persiste depuis

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des immobiles dans un piège de glu sans adhérence volontaire se résignaient à entendre une mélodie ancienne capable de projets étourdissants pour les mobiliser définitivement dans le mouvement d'une ville construite à la hâte quand l'édifice qui les protégeait reçu le coup violent d'une décision absurde

pris au dépourvu d'un tel dépassement ils ont fait le choix de s'entendre sur leur disparition afin d'agir avec promptitude

 

un soleil d'hiver glaçait les membres cherchant l'abri sans conséquence pourvu qu'il soit un refuge atteint qu'il faille pour cela obliger l'honnête bourgeois de donner une plume de ses ailes un service payé sur le champ et encore en bonne monnaie sinon rien

les parvenus ne pensent plus au froid qui ronge ils sont tout au plus pris dans des songes où des rayons de lumière arithmétique laissent des courbes avantageuses sur leurs visages mélancoliques inscrirent des signes sauvages à chaque fois qu'ils regardent la lueur s'étendre sur les haies remplies d'oiseaux morts sans signe de faiblesse

 

par excès des arrogants épris d'un injuste châtiment s'en allaient avec habileté par la traverse qui permet de surmonter l'immeuble et de distinguer nettement la fenêtre ouverte donnant sur un lit défait d'un geste commun ils lancent leurs objets de malédiction et attendent les cris qui vont traverser le quartier pour se répandre comme une coulée de fiel jaunir les premières lueurs de l'incendie

 

pour avoir garder un souvenir il demeure des jours entiers privé de transparence dans un îlot insalubre perdu il place ses mains dans le peu d'espace qui lui reste devant lui persuadé qu'une aurore viendra le libérer de ce tourment partiel il sourit aux visages des curieux venus voir cette scène où nul ne se doute que le point d'origine de toute chose est proche et sera révélé

 

j'ai gardé des journées libres un peu d'avance en piétinant dans l'enclos des cochons ils furent si aimables avec leurs lourdeurs roses dans la lumière feutrée de la paille si éloignés des limailles de fer versées turbulentes dans les enclos des humaines passions qu'il m'arrive d'être en peine de ne pas retrouver la pâleur des mouvements harmonieux de ces bêtes tendres

au loin l'oxyde de la ville propulse ses reflets embarrassés et noirs

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dans des refuges des humains accablés par des absurdités médiatiques brûlaient lentement des restes trouvés dans une pharmacie où les portes et rideaux de fer jonchaient le sol dans une boue orange l'explosion avait produit un nuage mortel les seuls survivants riaient en longeant les voies ferrées

de l'autre côté du fleuve dans une haute tour de verre noire des assassins essuyaient des plateaux d'argent avec leur bouche entourés d'un horizon clair

pour passer le bras de mer nous avions pris l'habitude de prendre la passerelle de fer pour distinguer au travers des grillages serrés les chargement d'obscures marchandises circulants avec une telle lenteur que nous pouvions aisément compter le nombre de conteneurs aux couleurs vives le soir dans la nuitée de nos adolescences ils servaient de diversion à nos désirs troublés par nos vigueurs accumulées

 

une vie privée abjecte des joies faciles sonores projections de gestes obscènes loin des surveillances ils accomplissent leur besogne avec le plaisir des jours de printemps innocents tranquilles persuadés de proposer le bien ils sont libres et puissants précis jusqu'au matin

ils sortent des ténèbres lavés des inquiétudes possibles blanchis jusqu'à l'os par l'impétuosité des soleils naissants

 

pour avoir semé des larmes dans un bassin de pierre sous un soleil voilé de nuages bas laiteux nacrés comme une surface de coquillage un oiseau frileux cherchait les cris inadmissibles de cette femme poursuivie par un songe dévorant croyant bien faire et pressant son vol heurta avec violence la vitre d'une maison close le son résonne encore

elle défait la soie pour se mettre nue devant la glace pour enfin entendre le choc

 

un froid venu si fort que j'en avait le mal répandu dans tout le corps

de la vie je n'ai connu que l'effort suspendu aux folles espérances si bien que maintenant passé en outre-tombe je vis l'intense action avec un cœur de poussières et d'ombres entrelacées des bois des sources et des forêts pour attendre ici l'écho fertile

je demeure fervent et sûr sans attendre demain où je ne serai plus

 

on a cru voir là l'image mortifère de la société de consommation il n'est pas sûr que les sociétés aient trouvé là une perte elles ont trouvé ce qu'elles attendent souvent une mort exposée faire tomber les corps si possible pour un total anéantissement les broyer les mélanger au purin des villes et applaudir en jouant des coudes en serrant des dents mâchoire organique et rouge

liquides et saumures transportés en charrette

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dans un dispositif élaboré avec des précautions multiples une mécanique pourvoyait à la marche d'un revenu des camps tous le regardaient avec crainte pour avoir dans son sillage tué des vipères dans la maison de son frère pour soigner les habitants voués à une mort certaine d'une maladie nouvelle il gardait sur lui un morceau de cuir qu'il nouait sur son bras rougi par des blessures infligées sans mesure sur l'os et la chair par ces rampants portés par un venin acide telle une source irriguant une roseraie docile

 

il faut savoir insister dans ce domaine comme il faut savoir admettre que leur justice immédiate n'est rien d'autre que de la haine si tout était justice l'humanité saurait pourquoi son destin l'amène ici elle saurait pourquoi sommes nous toujours à la recherche d'un disparu sans corps retrouvé c'est une peine si extrême que les brûlants désirs convoités ne suffisent pas à tarir les souffrances exprimées

 

la persécution tournait à son avantage

des idées lui arrivaient par blocs puissants identiques à des électrochocs il se savait attaché sur un lit de planches noircies par de la cendre régulièrement un écoulement d'eau traversait la pièce en laissant sur le sol des mélanges moirés sur une table sans style une mésange dans sa cage voyait la scène protégée par les fils de fer chacun savait attendre l’effondrement programmé

 

longtemps j'ai voulu être ailleurs sur une vaste étendue de terre où après de longues marches la vue de la mer pouvait devenir le but du voyage

c'est ici dans cette auge de béton et d'humains bouillis de chairs diverses et de ciment qu'il a fallu apprendre l'insignifiance le calcul pour rester vivant pour rester en place sinon une fois perdue la chance ne se représenterait plus

nous avions oublié la stratégie des semelles de vent

sur la place des marchants de glaces attendaient le bénéfice escompté pour ces mélanges de pistaches et de framboises sucrées

 

dans une enfance retrouvée un jeune garçon vivait dans une alcôve pourpre avec un chien noir fidèle et calme c'est en août que l'on a retrouvé les corps mordus les chairs bleuies veloutées parsemées de taches blanchies par les moisissures

de tous les témoignages des proches et de ceux qui ignoraient l'existence même de ces êtres aucun ne s'est aventuré à préciser

lequel avait consenti le premier la déchéance

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ici dans cette maison il y a des murs avec des blancheurs et de nombreuses inscriptions on peut les lire elles sont à tous enfin à ceux qui sont ici pour toujours écrites avec presque rien gravées parfois ici la blancheur est tenace elle ensevelie doucement les corps d'une légèreté aimable puis arrive l'heure des drogues personnes ne veut s'y soustraire elles sont notre nuage

 

des luxueux portaient des messages en ville voisine pour annoncer le désastre naissant avec des charmes superflus les plus désinvoltes lançaient des friandises pour approcher les effrayés soupçonneux chacun pris dans la surprise de ce divertissement oubliait la portée du message et se joignait allègrement au cortège chacun applaudissait

quand fût l'heure de trépasser sans souffrance ni regret

 

j'attendais sans surprise une conviction afin d'échapper à l'étau de fer qui comprimait ma poitrine dans un établissement édifié sur un emplacement réservé aux activités périphériques d'une ville en voie de développement pour apparaître de nouveau lavé de toutes les courbures d'une astreinte journalière au pied d'une machine huilée assourdissante quand sur le point de défaillir vint un nuage blanc dissoudre le métal

 

pour être à minuit proche d'un canal à remplir des récipients propres

des eaux se lèvent une ombre verte de berge à berge puis une lame de couteau neuve me prend à la gorge et me saigne dans un tourbillon de flammes propageant à la surface de l'eau des gouttelettes orangées décrivant des cercles multiples au point d'embraser les herbes hautes fleuries en ce jour d'avril

 

entre ses doigts il laissait couler un peu de sa poignée le sable le long d'un chemin qui le conduisait vers un abri de planches où un crucifix jaune suspendu dans ce local noirci par la fumée offrait l'illusion aux personnes affligées d'être en présence d'une lumière pouvant servir de consolation ainsi ce repli de planches devint le lieu de débauches certaines chacun surpris par sa faiblesse apprise en d'autres lieux

 

est-il possible que nous puissions être des monstres nous sommes seulement des observateurs sans complicité nous avons pris des mesures pour demeurer en dehors des enchaînements des principes qui élaborent chaque jour l'exploitation des dépourvus pour constituer un Capital vidé de toutes échelles de valeurs nous avons là un abîme sans bruit ni nom sur ces tombes ces linceuls de cendre

pour le seul horizon des communs qui chaque jour nous servent le gaz et l'électricité à volonté

des lâches avaient un soir venu posé leurs mains sur mon épaule j'avais plié le genou à terre une marque noire sur l'os reste encore ce n'est rien au lieu même de la stupeur une marque plus profonde creuse sa béance où s'écoule un liquide innommable avec des bruits de claquement de langues j'ai depuis le souvenir incessant d'un visage violent si bien que sur ma peau givre un froid persistant toujours au soleil levant

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des coups secs contre la vitre un oiseau sans doute un intrus imprudent

cherchant lieu pour remiser sa honte d'être en ce monde incapable de dire assez

des turpitudes absconses du contemporain permanent véritable prison pour l'éternel au lieu de chercher dans les intervalles multiples des temps des entrelacs pour agrandir la respiration pour nuancer de signes verticaux nos mémoires immédiates gorgées de certitudes

 

des masses sombres parsemées de vulnérables lueurs vertes au fond d'un espace fermé aux regards furtifs

des passants envahissaient lentement la chaussée pour émettre par intermittence un son grave afin de diriger les flots d'eau dans leurs bouches de fonte tous savaient l'inéluctable chemin et se conduisaient comme des ivrognes perdus dans des lacis de chaînes

afin de ne pas sombrer si vite et si proche du but

 

par bien des côtés chaque chose demande à être nuancée selon des procédures simples ainsi pour se défaire des relations désastreuses il pratique le louvoiement partiel ponctué d'affirmations mais toujours à titre de victime il oscille entre l'effondrement et la pointe acerbe

prêt à rendre gorge à son adversaire volte-face troublant qu'il prolonge de fantaisies décoratives sans jamais convenir aux vulgarités qui permettent si bien l'esquive et la dépréciation de soi

 

un sol de marbre jusqu'au bas de la rivière entouré de peupliers couvert de neige avec sur le lointain des épingle de verre retenant une soie grise aux motifs ajourés pour laisser passer un flot de plaintes venu d'une ville engloutie par le déluge de fantasques projets

pour édifier une haute tour où devait venir le signe d'un recommencement sans trêve ni méfiance

il présentait des tumescences sur le visage cachées par ce bouquet disproportionné qu'il tenait à bout de bras comme une flamme vive

des tulipes jaunes panachées d'outremer traversant la chaussée sans regard pour personne à la poursuite d'un éloge critique qu'il voulait adresser à son Maître défunt depuis hier pour avoir enjambé la barrière du balcon fleuri

 

dans une cité un enchaînement de scènes probables a provoqué des complications historiques au point que de vives altercations sont venues se joindre à une situation déjà tendue

en l'absence d'un meneur pourvu de charisme suffisant chacun a interprété l'obscure situation pour se donner toutes les raisons possibles de sombrer une fois de plus dans la violence sans retenue

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des forces résistaient encore dans ces corps meurtris accablés pour être debout il fallait puiser dans les derniers soubresauts des réseaux nerveux avec économie afin de prolonger la durée et de permettre à la chance de se montrer ceux qui n'avaient pas cette patience ou ce dernier espoir laissaient glisser leur corps sur les parois de la berge

sans bruit des cercles à la surface de l'eau s'évanouissaient lentement

 

libre il affiche des parures de soie des boucles d'argent des étoffes motifs carreaux jaunes et briques brûlées le rose aussi n'est pas en reste caché pour être selon les circonstances dévoilé sur les allées en plein soleil proche des baies vitrées pour les reflets il accomplit un parcours de signes afin d'atteindre l'élan l'étourdissement abrupt certain d'offrir une image équivoque et populaire plaire aux occasions diverses sans choix ni programme

laid à l'aube laid à l'aurore

le doré des astres accable la peine de la journée

être dans un entonnoir de glu

détresse de fuir ou de se cacher rien n'y fait la journée suspendue et verticale

la nuit les choses s'améliorent la faveur du sombre l'espoir d'une durée prolongée le rêve vient consoler le regret la froide illusion déjà le jour se lève fait de nacre et de sueurs froides

 

des lumières partielles plongeaient la ville dans une atmosphère de silence opaque chaque fois qu'un bruit parvenait à surmonter l'univers creux au-dessus de la ville il soumettait les rues à des flots de mélodies

cinglantes au point que du haut des tours des tourbillons de verglas sonores noyaient la continuité géométrique des parcours incessants des automobiles

 

des portiers proches d'un univers glacé d'écarlates veinures incrustées dans le linéament d'un réseau fluide laissant passer des adolescents novices des mondes parallèles afin d'écourter leur vie sur Terre et permettre ainsi de les sauver des brûlures permanentes infligées aux humains dociles d'avoir accepté la partition des conditions de vie au point d'être devenus des inégaux de statut et de droit

 les humains sur la Terre sont distribués en tous lieux dans le creux des vallées sur les berges dans les montagnes avec des rochers aux estuaires dans des maisons de bois si proches des marées qu'elles sont emportées détruites par des vagues incessantes

mais les hommes de nouveau reconstruisent au même endroit leur séjour dans la vacuité des lumières changeantes rosées par les étoffes suspendues aux lanières des avancées fragiles qui servent de passages fréquents d'une maison à l'autre

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un meurtre a été commis dans une banlieue proche d'un pont dans le bas d'une dépression de terrains laissés à l'abandon le corps est abîmé un peu noirci souillé par de la terre beige quand ils sont venus prendre le corps des badauds indifférents étaient là sans doute des témoins parmi eux en silence effrayés frustrés d'être privés de manifestations émotionnelles

les lieux les corps les temps ne cesseront pas de se renouveler

 

il arrive parfois que des personnes simples placent des fleurs à l'angle de la rue des fleurs achetées en fin de marché ou trouvées avant le passage des éboueurs elles sont un peu fripées sans pour autant être fanées elles sont là appuyées contre le mur pour tenir pendant quelques heures debout

en soirée elles laissent quelques pétales rejoindre le bas côté du trottoir en signe d'évanouissement elles se comportent comme des âmes assissent sur le haut des crânes des mendiants nos saints d'aujourd'hui

 

des soleils lointains jouaient à l'horizon pour épandre sur le sol la gelée hivernale afin que des loups égarés puissent retrouver leur chemin dans le mélange de la rosée cristalline et des pourritures accumulées dans l'automne qui se transformaient lentement en une terre grise moite avec par endroit des taches de couleur moka et des linéaments visqueux aux reflets luisants ainsi qu'une étoffe de velours qui chatoie dans une alcôve peu éclairée

 

les oiseaux vont et passent dans le ciel d'en haut ils ne nous regardent pas ils ne savent pas combien nous sommes sur la Terre

à les regarder d'en bas si bas que le ciel immense rend le bas plongé dans une épaisse couche de poussière et d'huile

quand épuisé la laideur couvre les visages d'abîmes courbes un œil survient et pour prendre chacun par une main nous pousse vers le fleuve de sang qui s'écoule du ciel

 

nous avons trompé nos adversaires et tous ceux qui s'opposaient à nos manières de vivre par des provocations qui chaque fois nous obligeaient à nous exposer davantage au point que nous sommes sûrs qu'ils n'attendaient qu'une chose que nous allions encore plus loin jusqu'au jour où par surenchère ce sont eux qui ont rejoint le vertige inlassable du mépris à partir de là nous sommes devenus dociles pour les observer sombrer avec lenteur

les mondes que voici sont les miens pour avoir vécu dans le mépris toujours j'ai regardé le ciel venant j'ai accompagné les poussières descendant des toits sous mes semelles le vent d'horreur des attentes infinies impatient pour toujours j'ai tenu la marche forcée jusqu'au matin debout devant l'astre naissant des signes certains

j'ai appris du songe choisi la voie sans issu surpris par tant de minuties pour ficeler les reproches nombreux au bas de la ruelle close des  lilas embaumaient les égouts furieux

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pour craindre les morsures des êtres doués d'impulsions de survie il se couvrait de boue fangeuse limoneuse jusqu'à l'aveuglement afin de se confondre avec l'immédiat des arbustes des mousses en ce lieu d'automne doux contre les rochers blancs sous le soleil il se tenait debout afin de sécher les dernières humidités de cette parure puis dans l'attente de pluies torrentielles se livrait à des combats joyeux pour ne former qu'une nacelle de membres où viendront prendre place des bêtes féroces

des esseulés graissaient des essieux approximativement avant de prendre de la vitesse avec des rythmes enivrants sur des engins lancés dans des pentes afin de parvenir si vite au bas des rochers qu'ils ne pouvaient apercevoir les équipées adverses ainsi certains d'être devant ils laissèrent pour toujours le lieu jadis tant aimé pour atteindre le plus bas sans regret la vallée fertile si longtemps étendue comme une canaille assassinée dans sa marée de sang

 

demain dimanche nous irons au bord de la mer avec des paniers d'osier remplis de petits pains et d'andouillettes grillées assis tous ensemble sur le sable gris on regardera passer les beaux nuages au loin plus gris avec du sombre outremer mélangé au ciel clair puis ce sera la fin de la journée un peu étourdi par l'iode nous prendrons le chemin du retour pour regagner notre joli logis au-dessus de la voie ferrée qui tremble aux passages des TGV brillants et vernis

 

ils savent parfaitement se tenir debout ils sont pourtant éloignés dans les banlieues contrains de vivre les uns contre les autres dans des parking provisoires en situations interminables

épuisé lavés de toutes certitudes ils attendent une déclaration choc quelque chose pour être renvoyés dans leurs pays à peine oubliés par des acteurs aux services violents sans scrupule ils attendent d'être prix au piège pour ne plus avoir à penser n'ayant l'alternative que d'une maladie à une autre la galle ou le cancer au choix

 

pour n'avoir plus d'attache aucune il parvient à marcher sans relâche ni refuge sur ce chemin de calcaire blanchi par la lumière abrupte pour atteindre la plaine cette terre remplie d'eau par flaques inégales tant de clarté pour presque rien le sol immense inutile pourvu d'étrange végétation il avance sans penser à rien à l'univers dans les marges stellaires il écoute son pas sans raison

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mes frères mes puissants je suis sans politique aucune j'ai attaché mes mains librement aux poignets des amitiés incertaines j'ai grandi sans ombre maintenant que l'heure se précise je reviens vers vos fantômes affichés dans cette enceinte libérale gorgée de mensonges appris fondés sur les illusions rapides des événements sans fin

je suis pris soyez sans mesure et faites le crime que j'attends

 

parvenu au seuil de la demeure convoitée je fus surpris par ses dimensions modestes ai-je rêvé si longtemps pour cet abri incommode livré aux froides nuits suis-je encore dans la prison des espérances immédiates trompé une fois de plus par les largesses supposées de ce Monde étroit crispé sans secours ici dans cette ville puissante qui veut être la règle

pour un monde instruit et libre sans vérification le dos glacé contre le sol mouillé je distingue une clarté s'enfuir où mes membres se disloquent un à un pour laisser place à des vapeurs d'essence acide

 

nous avons la preuve que l'argent n'existe pas

 

il pleut dans la nuit comme il pleut en plein jour  sans bord défini la chaussée décline sa pente

pour l'instant privé des saccages denses

il marche sans pas pressé sans but les bras fermés sur un bouquet de lilas qu'il porte depuis une disparition éternelle d'un tourment brûlant encore ses cendres dans ses poumons essoufflés épuisés

 

silence au-dessus d'une plage des corps recouverts de satin pourpre cerclés de métal ancien avec un cuir tendu entre les muscles pour donner au mélange de sable et de chair un aspect luisant

elle se jette du haut du promontoire glisse dans l'eau pour resurgir si loin que pas un seul bruit parvient à nous détourner de notre attention aux bruissements huileux des algues contre la roche claire

 

elle pouvait recevoir une promesse dans un appartement ensoleillé aux fenêtres en ogive brisées donnant sur un jardin baigné d'ombres discrètes parsemées de points plus clairs

elle parle sans cesse de ses amies comme pour s'excuser elle n'écoute jamais sa présence ici est due à quelques déceptions pour attendre des jours plus immédiats plus francs

pour son premier jour dans la ville elle lui offre un jouet miniature blanc et noir

sur une table voisine un homme se penche replaçant de temps à autre ses lunette sombres demi-lune au sol des carreaux de marbre cernés d'inox

c'est peut-être là qu'il faut rechercher la raison immédiate de sa fuite de son délire de cette confusion à ne jamais être là où elle voudrait être afin que l'on ne puisse pas la reconnaître soupçonnant des présences qui ne sont jamais parvenues à la moindre réalité des êtres absents et pourtant si souvent sollicités qu'ils semblent occuper l'espace comme des parfaits vivants bruyants

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dans la salle le public ne s'émeut guère de ce genre de circonstances trouvant un sujet de distraction cette troupe de fidèles qui ont ici au fil des ans lié amitiés et complicités observent un silence et se dispersant échangent des gestes simples

 

une pluie fine traverse le tapis de feuilles encore rouge de cette saison qui n'en finit pas de prendre des jours de retard au point que chacun se laisse anéantir par faiblesse et par indifférence et attend un réveil brusque

ni l'orateur ni son auditoire ne le savent

pourtant l'information est fondée sur une analyse provenant d'un rapport obtenu de bonne source

ces hautes tours avec ses glaces brillantes aux reflets mica

brûlées par l'ampleur de la déflagration d'un mélange de soufre et d'hydrogène seront leurs dernières demeures

 

cette loi qui date du régime passé et qui est tombée en désuétude sans être abrogée menace pêle-mêle les vagabonds les mendiants les proxénètes les toxicomanes les homosexuels les mineurs abandonnés et pervertis

tous ceux que l'on juge ayant une conduite déplacée peuvent être menacés et être poursuivis sauf les artistes qui confondus dans la compromission sans retenue bénéficiaient de mansuétudes convenables ajustées à leur degré de servitude

pour une mort si douce volontaire affirmée

 

par l'injure une machine analytique une fonction infirmière

sur des balcons blancs ils prennent la mesure du temps et sautent avec joie devant eux le vent disperse les cendres et laisse place à leur chute

 

dans l'inquiétude ils se mettent à parler à haute voix tour à tour les paroles se croisent sans se répondre vraiment superpositions d'interrogations particulières de tonalités à peine perceptibles les voix résonnent dans ce décor monté à la hâte sur le pourtour des inconnus s'installent sur des fauteuils de velours gris ils regardent ces personnes sombrer lentement dans l'hystérie les paroles deviennent incompréhensibles la mort s'avance profitant de la confusion

notre péril provient de notre manque de précision nous le savons

une paix terrestre s'installe des fontaines se construisent laissant à leur surface de leurs eaux recyclées continuer l'image du ciel

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cette voie de la recherche personnelle n'est bien sûr que le fait d'un minorité mais a aussi entraîné la production de stéréotypes rénovés voués à la consommation courante une conviction esthétique s'installe laissant place à une nouvelle insignifiance

chacun est heureux de son résultat

ils ont pris la route menant à la mer il ne semble pas s'apercevoir qu'une fois de plus encore ce n'est pas lui qui choisit l'itinéraire dans son sac des objets informes

puis il regarde sa robe légère le calme plat des vagues comme autant de plis transparents donnent une impression de profondeur maritime

 

un solide mur d'enceintes des caméras vidéo un peu partout une entrée étroitement surveillée un stricte contrôle des visiteurs dès l'approche de la salle de rédaction il faut monter sur le toit terrasse pour voir le ciel dans un enchevêtrement de lignes électriques de câble et d'antennes tous sont occupés sur leur clavier à reconstruire un monde de farces et d'interrogations pertinentes

ils ne savent pas encore le gouffre qui vient

sur la terre comme au ciel les réseaux issus des nouvelles technologies sont exploités pour renforcer le contrôle d'une part importante des mouvements des idéologies de la production de l'emploi et des profits

Cathédrale de verre ou Capital même édifice

ils viendront persuadés de tout parfaire les sommets

à la recherche d'un temps exemplaire à la recherche d'un temps éprouvé par la peur d'un temps enroulé dans une cage de fer

un bilan pour d'autres une réussite incontestable nuits d'harmonies noyées dans la violence au coin d'une rue dans l'ombre il demeure et reprend son souffle suivant du regard l’œil d'une caméra braqué soudainement dans sa direction il reste dans l'ombre avec dans l'estomac des tourbillons d'étincelles de substances acides

 

le chemin d'eau peu profonde mène après divers méandres sur une plage de là c'est en barque qu'il faudra repartir par un nouveau chenal plus étroit balisé de façon incertaine pilets des Bahamas ou sarcelles se croisent en tous sens auxquels se mêlent pigeons à têtes blanches et cormorans bruyants

il rentre chez lui et regarde son chat au fond d'un seau une eau donne quelques reflets de couleurs sombres chaque monde aperçu est vaste comme une lâcheté ensevelie à jamais dans l'ombre

un individu sans attache s’accommode en apparence de sa nouvelle vie paisible et semble même illustrer un bon retour après ses transactions douteuses qui incarnaient la réalisation d'un fantasme archaïque mais de si longues années de vie dans les milieux hystériques ne restent pas sans trace il disparaît aussi mystérieusement qu'il est apparu noyé dans le débordement du fleuve

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avec l'obligation de paraître il accroche une robe de crêpe rouge chine près de la lumière laisse des marques carmin et rose sur la faïence et les carreaux d'émail blanc

jusqu'à ce que tombe une nuit noire ramenant le bras sur sa tête il se souvient d'avoir été surpris par sa main engourdie

 

l'élocution n'a nul besoin de tragique l'énergie de la diction doit être sobre mais elle ne doit pas être souterraine elle doit se transformer se métamorphoser en unité suffisamment forte pour qu'à l'intérieur de la voix puisse s'imposer les intervalles

 

afin d'effacer ses gestes passés privés à l'usage des corps étrangers complices et provocants elle s'amusait seulement pour passer le temps pour atteindre l'heure où enfin elle ira dormir enlevant son gilet rouge dans cette chambre sur la colline boisée de saules pâles et verts elle s'amusait à découdre son gilet

 

le mouvement de divulgation des fausses nouvelles s'est amplifié dans les recoins d'ombre des enfants montent la garde il sont nombreux dans la ville à ne pas savoir ce qu'ils fond puisqu'ils n'ont reçu aucun ordre

ils savent les premiers que la terre va trembler mais ils ne veulent absolument dire aucun mot pour avoir connu les adultes sans domination de leurs instincts

depuis des centaines de satellites permettent de réaliser une couverture totale en temps réel et de photographier nos moindres gestes

et pourtant ces hommes tranquilles aux allures de fonctionnaires consciencieux qui vous regardent avec chaleur avec un point de soulagement dans le regard vous assènent des vérités terribles

des nuées de gaz lacrymogènes flottent sur les parterres de fleurs et donnent des allures d'automne à cette scène de misère sans pardon

 

les voyages n'ont du moins rien de banal et chacun y va de son récit

en raison d'une tempête tout va à l'envers dans cette région où un hiver tardif en avril a succédé à un printemps précoce en février ce qui annonce un ravitaillement en eau difficile l'été prochain ils ne cessent de raconter ces histoires interminables comment leurs barques on été ballottées contre les rochers ils savent parfaitement qu'ils n'ont rien à dire

nous nous sommes efforcés de dresser un bilan objectif de ces années de sonder les illusions qu'elles ont pu susciter et d'en évaluer avec rigueur les prolongements futurs

mais nous voulons aller plus loin dans la réflexion et amorcer une vaste concertation les exigences de l'actualité immédiate nous confirment une fois de plus que nous avons perdu notre temps dès le début pour avoir pris trop de confiance en nous le vocabulaire était inadapté il faudra tout recommencer

tel était le seul mot qui avait un sens aujourd'hui recommencer sans cesse recommencer toujours pour quitter ce monde sans déchéance

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chansons charnelles incandescentes dont la licence laissait les passants interdits les lèvres les mains liées menottes aux poignets ces hommes appuyés contre le mur laissaient dans la muraille l'empreinte de leurs corps en ne cessant pas d'applaudir diffusaient une onde sauvage

leurs missions ne se confinent pas à l'acquisition d'informations économiques politiques ou stratégiques mais s'étendent à des opérations visant selon le cas la subversion la déstabilisation l'infiltration ou au contraire la contre-insurrection et la consolidation d'un pouvoir acquis

guerre intestine clandestine visant à harceler les coupables comme les innocents

le ciel tremble de toute sa terre

salué dans un déferlement de joie l'île retrouvera ses graves où séchaient les morues et ses chemins de solitude l'univers n'a nul besoin de nos services

derrière les vitrages oxydés par la lumière une femme seule repose sur les carreaux bleus de faïence la robe rouge relevée le visage à moitié reposant sur le bord du bassin elle repose la gorge tranchée

sur des avenues lointaines des lions secouent leurs crinières bordées par de larges étendues de goudron noir luisant et mat sous le soleil triangulaire de midi

 

des billes de verre translucides font en tournant scintiller leurs couleurs du noir bleuté au vert acide hautes de plusieurs mètres elles ne semblent pas embarrasser les passants qui d'un revers de manche les poussent et repoussent s'en heurter les rebords des trottoirs ou se briser à grand fracas dans les vitrines neuves les commerçants semblent accepter ces démolitions comme une faveur et à chaque fois c'est l'occasion de fêtes et sujet aux rires des enfants espiègles dont on a depuis longtemps admis la responsabilité dans le croisement de ces trajectoires de ces boules énormes et attirantes

 

logique du soir et ordre dispersé

 

l'incroyable difficulté à définir une forme narrative où la figure d'un personnage puisse naître comme un premier jour neuf il avouera plus tard aux enquêteurs venus l'interroger il n'y a aucune auto-biographie possible

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depuis une heure des roches blanches défilent sous le ventre de l'avion immensité aride coupée par des lits de fleuves secs quelques filets d'eau nés de rarissimes averses dessinent les membres d'un corps mutilé par des crevasses éboulements failles ocre noires où les veines apparaissent seulement quand la lumière meurt

 

récit quotidien dominé par un moi intime vite repris par un discours général servant de masque

ensuite un partenaire est indispensable au moins dans un premier temps pour mieux appréhender les différences il faut enfin recruter des agents pour mener les interrogations

enfin une attente interminable pour atteindre ce point de l'histoire  où il ne restera que l'état naturel des lieux

 

espace ordonné hiérarchisé expression de rapports sociaux et de production elle est aussi une citadelle blanche aux formes pures que la course du soleil accompagne tout au long du jour

peuple d'exil en exil

c'est l'heure indécise d'un demi-sommeil

sale grise baignée par des reflets laiteux renvoyés sur le haut des vitres et projetés sur un sol de cendres

un billet pour la grande balançoire

c'est une charge très lourde voire insupportable surtout si comme les prévisions permettent de la craindre elles se perpétuaient pendant plusieurs années

sur la frontière des gardes se sont soulevés mettant le feu au poste et aux immeubles jouxtant le poste de commandement  empêchant l'accès au pont qui libère la ville nous avons encore aucune information sur l'incendie

 

par cet acte ils veulent abolir les frontières où vivre dans la forêt de bois noir en plein été

 

musiciens marchands de friandises de photographies bonimenteurs vendeurs de colifichets et d'objets de sainteté se disputent la place ces derniers vendent indifféremment des croix des Christs Saintes Vierges Bouddhas ou Confucius en fer peint en bois en plastique de couleurs métalliques

 

ces flots de sang qui ne savent où aller il cherche des heures durant le froid du carrelage sa nuque bien à plat sur les carreaux ces bras voulant retenir l'espace se repliant sur le rien la fuite du corps qui cède aux vertiges nombreux qui se pressent dans ses organes

pour atteindre une lumière blanche avec ce moyen futile il se souvient de la pluie fine sur la vitre embuée

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au-delà de leurs différences et des conséquences que l'on peut éventuellement en déduire sur le plan juridique ces causes semblent avoir un aspect commun la force impitoyable avec laquelle elles amènent voir contraignent ces hommes démunis à accepter la peur

dans les hauts quartiers d'autres situations procurent d'indéclinables progressions vers l'apaisement

 

les jours passent les jours s'effilent le long des après-midi interminables elle vient s'asseoir près de lui elle reste frappée par les parcs la propreté des rues le métro les chaussures aux pieds des enfants les lacets convenablement noués la bibliothèque et surtout la grille de l'école

en haut de la rue derrière une vitre elle attend vos ordres

des enfants chantent se tiennent par la main dans la cour l'ombrage gagne les parterres de fleurs fanées par le soleil ardent

 

avec ce collier rose et noir fabriqué dans des pièces de verre d'un lustre repeint les pièces défaites de son armature de cuivre assemblées par un fil sur trois rangs superposés il marche dans l'avenue le soir sous les platanes ternes par la saison jaunis par les éclairages des lampes placées à l'aplomb des parterres de fleurs chrysanthèmes violacées et déjà proche d'un brun de Venise que la lumière du jour saura rendre à leur couleur mauve

les invités se prêtent au jeu voulant une nouvelle fois entourer le défunt ils jettent à la mer les cendres en attendent la levée du jour pour rompre le silence

elle s'ennuyait considérablement en sa présence à cause de ses mains souples et blanches sans doute il existe d'autres mains comme celles-ci seulement elles étaient là à portée du regard lorsqu'il fallut s'éloigner d'elle ses mains recouvertes de gants devenaient inaccessibles alors par jeu mais uniquement par jeu il lui tendit sa main large et franche

 

elle se lève et décide de partir

pour fuir cet édifice rouge sang couvert d'un toit de tuiles grises et bleutées la brume se mélange à la mer des buissons brûlent lentement en silence

 

au loin si loin l'identique

 

la horde a cru voir quelqu'un et essaie de le débusquer apparaît alors une être paralysé par des flammes pour conjurer la mort qui vole au-dessus de lui il se courbe puis se relève en direction de cette meute et la salue les mains jointes

les toits se détachent des murs prennent leur envol le ciel aimable se tache de roses écloses rose un peu plus loin des ouvriers walkmans sur la tête reviennent de la mine de nickel en plaisantant sur l'idée sotte de creuser chaque jour un peu plus profond

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comme des frères des amis ils évitent de regarder devant eux livrés aux émotions souterraines ils rêvent de jouer dans des édifices neufs avec des libertés qu'ils n'osent pas pour l'instant avouer certain de parvenir à une éclatante lumière

 

des jeux de roues avec des pneus de bicyclette prennent un caractère de tourbillon quand pour parfaire la ronde ils s'élancent en groupes et décrivent dans la boue des sillons d'écume s’enroulant autour des bassins blancs

un jour il mangera ses mains jusqu'au poignet afin d'effacer tous les gestes accumulés privés à l'usage des corps étrangers complices et provocants le lendemain il laisse ses jambes s'enfoncer dans le lit du fleuve

 

resserrer les rangs déployer une énergie collective trois colonnes sont réservées au compte rendu de la réunion trois colonnes traite du développement et dix huit lignes seulement du sort des étrangers dans les neuf autres pages la question réapparaît une seule fois sous la forme d'une photographie de l'agence le reste est consacré aux questions diverses un peu de science la dernière page à la fête locale couverte d'images dont une seule en couleur représente un enfant immobile les bras pris dans une mécanique d'écrous de fil de fer et de baguette de cuivre

avec des dehors soignés et courtois souvent égaré il traîne nonchalamment  ses mains se posent sur toutes choses il a le regard fuyant d'un homme traqué cherchant sans trêve le moyen de se protéger

il ressentait dans ses veines un mélange de joie profonde et l'évidence d'une peur impitoyable presque insupportable le soir venu le calme revient une lumière bleutée laisse des marques sur le sol de marbre gris vert veiné de noir il se souvient d'avoir marché sur deux tâches d'huile devant sa porte il est certain qu'elles sont un signe des bruits se font entendre puis il constate que sa salle de bain a été utilisée et se perd en imagination pour éprouver les corps possibles dans ce décor de faïence blanche

 

le choix des mots demande seulement à être remis à jour et nuancé

le choix reste la dernière liberté cendre ou dégradations lentes

 

la rivière s'étend sur la plaine tel un long foulard de soie un peu vert un peu bleu coupé d'agrafes comme des ponts d'ivoire où quelques points scintillants

sans doute les glaces des automobiles font en passant des reflets

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un matin de février par ciel clair les astres de la nuit sous les charpentes des fabriques de Chelsea descendent lentement pour balayer les restes des copeaux métalliques accumulés derrière les machines en faisant un bruit de feutre sur de la laine

il reprend la direction inverse du temps et dans ces espaces vibrants des tableaux brûlent sans trace de fumée ni odeur

 

elle reste assise les jambes ouvertes dans la soie et le velours mat des rubans de lin rose à ses chevilles

 

au milieu d'un cercle de spectateurs des hirsutes dansent et exécutent des pas dissymétriques ils portent dans leurs mains tendues des objets difficiles à reconnaître devant le micro un agitateur en chemise de couleur et blue-jeans délavé rythme les cris et les éclats de toutes sortes de voix à l'aide d'un gourdin de verre qu'il agite avec violence autour de lui

assis sur des chaises apportées du restaurant tout proche des policiers comptent les visages de ce rassemblement improvisé qu'ils notent sur des carnets personne ne semble voir arriver l'orage

 

sans luxe mais avec calme dans des vapeurs bleutées d'une chambre close la volupté s'impose fragile et enivrante

 

il possède une chaîne d'hôtels ainsi voyageant d'un à l'autre il est sans demeure il possède une concession de jeux de hasard et semble l'ignorer il possède une concession dans un cimetière perché en haut d'une montagne

en attendant il se livre avec minutie à l'exploitation des humains presque tous dociles ils viennent et repartent anéantis mais heureux d'être encore vivants la pluie s'installe avec un rien de lumière opale

 

l'acquisition de techniques et leurs améliorations sont de moins en moins spectaculaires elles demandent une attention obscure médiocre mais elles seules permettent à la générosité de trouver sa mesure et non la parade de gestes sans conséquence

maintenant ils sont libres d'apporter d'autres arguments un cadre normatif très précis avec contrôle et arbitrage puis sûrs d'eux-mêmes  ils prennent la direction de la piscine pour se mettre à nu

 

il se peut que non loin de là la mer revienne et nous surprenne une fois encore avec ce navire noir qui brisera les quais neufs et les parterres de fleurs

ils surgissent bombe ou revolver à la main d'une contrée banale anonyme et jusque là respectueuse des lois ils ont en commun de s'être pris pour des justiciers et de ne pas le regretter

il est de haute taille avec une belle carrure n'enlevant rien à sa silhouette svelte un regard rapide et une manière furtive de laisser place à aucune ponctuation

retrouvé au bord de l'agonie la gueule broyée dans un lac noir de boue et d'immobiles papiers froissés avec l'inscription le calvaire de soi

aux lisières d'un monde occidental une invraisemblance commence souhaitée chacun devant soi le fleuve qui l'emportera

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beaucoup de commentateurs se sont étonnés d'une curieuse remarque au cours de sa prestation d'autres ont dit qu'il n'a jamais songé un instant à nier le fait connu de tous mais en feignant de ne pas comprendre ne voulait-il pas laisser entendre clairement qu'il fallait chercher ailleurs l'explication

la pluie recouvre maintenant la chaussée des pas glissants furtifs viennent de l'autre côté de la place éclairer cette situation confuse

 

exactement comme tout le monde à l'écart pour faire rire un peu les gens

improviser à la hâte dans un esprit de surenchère sans avoir à résister à la vague des facilités sans aucune sévérité il se prête au jeu pour survivre

il arrive qu'un enfant choisisse de vivre dans une autre maison

il arrive qu'une corde se balance accrochée sur une poutre brune

des témoins se sont jetés du haut du pont sans raison

 

rien sur la Terre les fruits en abondance servent le crime les regrets assourdissants sombrent dans la peur ses yeux rougis chavirent dans son visage bruni il dort sur un bout de plastique mince sur le trottoir entre des inconnus méfiants et amers en face d'un building ruisselant de poussières huileuses des enfants ont tracé un dessin dégageant une surface mate

univers heureux sordide de joie ils sont confiants regardant au bas ce monde détaché des humanités

par provocation il se résigne à vivre et parvient ayant plus d'un tour dans sa poche à gagner sa vie facilement et prendre du bonheur à tout va sans compter curieux d'être là

une lente incertitude circonscrite d'un désarroi permanent pour employer son temps à presque rien il s'accorde aux divers renoncements épuisé il donne son argent

 

il zigzague à vélo sourd heurté par les voitures

dans son appartement envahi de vieux journaux de chaises cassées dans ce lieu laissé grand ouvert on découvre une salle de bain close la baignoire pleine d'une eau entre le bleu et le gris sur la tablette du lavabo des crèmes pour le visage et sur la porte une quantité de vêtements où l'on aperçoit encore les étiquettes de la laverie cernées d'un trait de crayon rouge

un cabaret coquet lampes-globes lumières tamisées quelques individus résignés accoudés au bar au fond des tables vides les nappes blanches bien tirées laissent voir des traces encore brillantes avec d'autres plus huileuses ou moins prononcées semblables à des touches d'aquarelle

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pure coïncidence pur embarras le matraquage quotidien parfait de la décomposition ils parviennent au bout de quelques semaines à nous convaincre

silence des caves et caricatures de portraits

 

dans des maisons fermées sur le seuil des planches sont disposées et des fleurs séchées mélange d'offrande et de souvenirs chacun se clôt à l'intérieur et semble ne pas voir monter au-dehors cette lumière blanche et nette

dans le gris des chambres des jouets d'enfants pliés ficelés grossièrement attendent

les ressorts à clef montés au point de rompre

dans l'après-midi nous avons vu l'immense navire dans la baie dans l'après-midi nous avons entendu l'immonde dire il faut briser l'étincelle avant que vienne la flamme

on le dit parti en croisière sur un paquebot avec son panache de fumée il laisse derrière lui des souvenirs descriptibles

la douceur languissante du temps immobile retrouvé cette fois dans les pages arrachées d'un livre après bien des détours il se confie et dit à voix basse expulser l'ornement est une insulte lancée à mes occupations favorites

ils inventent des jeux et pensent anéantir le pouvoir avec des rires tous disent ils ont raison c'est la seule issue

 

des enfants souriants triant de quoi manger sur des ordures entassées à la porte des grandes avenues

des enfants se liant parcourant le danger sur les talus entourés d'une sorte de géant immanent et loué

des enfants suppliants hurlant de tout leur corps par une belle journée d'été

dans une maison fermée de toits noirs des femmes et des hommes sans geste autour d'un transistor en plastique jaune et brun tenu sur le corps par l'une d'elles se privent d'espace pour mieux entendre les notes

des chiens sales et luisants rodent autour de la maison entourée d'une épaisse brume ocre provenant de l'usine à ciment

d'autres cherchent à s'orienter d'autres encore échangent cruches en plastique contre fruits et sucre contre chapeaux

et par là ils vont influer sur la décision prétendue autonome et en dernière instance instruire l'incertitude majeure qui va concerner le caractère durable ou éphémère des propositions portant sur les déclarations que l'on peut recueillir sur place auprès de certains experts en prévision plus tard ils s'inscriront à contre-courant de bien des idées reçues sur la réalité telle qu'elle est habituellement présentée

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nous allions comme des conquérants ivres

sur des positions insupportables mais tel est notre avenir

en l'absence de toute angoisse de toute introspection pour une désinvolture extraordinaire

ils expriment des idées et parviennent à modeler les corps comme des jouets en plastique

 

tuer les chats et les chiens épargniez les humains afin qu'ils connaissent la souffrance ils diront sans honte nous sommes des témoins impuissants et glorieux

désirs trouvés sans réponse gestes perdus immobiles

 

les hommes et les femmes savent ce qui leur reste à vivre ils ne le savent pas par les augures mais ils le savent chaque regard est rempli de cette connaissance et ce n'est que très rarement qu'ils se croisent ce n'est que très rarement qu'ils osent parfois se démunir et se perdre dans des aveux mutuels

ils ne savent pas s'en remettre passivement au hasard souvent mal défini dont personne ne sait ce qu'il recouvre mais dans l'imperfection du sens on devine qu'une clef a été perdue

ils choisissent de se laisser distraire la route est libre l'argent sera facile

 

dans la chambre les volets repliés elle laisse le drap recouvrir son corps retenant sa respiration fermant les poings comme si elle allait soudainement livrer un combat tourne la tête et s'endort

en face une armoire les portes grandes ouvertes remplie de linges blancs en piles

ne sachant où une lettre froissée recouverte d'une écriture déliée annonce le printemps

 

comme un guerrier usagé déchiré par des convulsions amères trouées de lumières noires il ne cesse de marcher dans les rues devant la certitude des constructions urbaines il se souvient de son enfance

de part et d'autre ils poursuivent des buts ils s'orientent vers la satisfaction vers la rapidité ils se prennent pour des challengers dont l'avenir est sûr gagnant

d'un système déjà éprouvé il appartient à chacun d'eux de vérifier l'objectivité de l'intuition qui fonde les décisions il dira plus tard sans conviction qu'un masque immobile lui barrait le visage infirme d'une perception qu'il a toujours désirée ils inventent de nombreux complices

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poussées par des faits qui se moquent des circonstances pressées par des pratiques sur lesquelles plus personne n'avait de prise forcées par l'évidence d'un développement irrémédiable que l'on aurait dû prévoir de nombreuses personnes étrangement vêtues traversent la ville en tous sens en formant de vastes réseaux mouvants et informes la ville s'ouvre violée par tant de démesures improbables exécutées dans l'ivresse

 

au milieu d'eux debout sur une chaise vêtu d'un jeans et d'une veste sombre sur une chemise parfaitement blanche un homme les yeux recouverts d'un bandeau de tissu rouge reste là durant des heures sans mot dire

au-dessus sur la poutre qui soutient la salle une corde oscille sous l'action d'un fort courant d'air venant d'une porte mal fermée

 

lorsqu'elle vint la première fois lui rendre visite il ne put s'empêcher après son départ de boire dans son verre un poison qui le ronge encore bien des années après des formes dans la nuit entravent son sommeil

 

leurs visages rappellent les images des journaux puis ils s'étourdissent d'amour méthodiquement le plus souvent ils ne sont capable que de feindre les émotions

on ne peut les atteindre ils ont beaucoup de complices autour d'eux tout devient facile même les personnes prudentes sont joyeuses l'entière chance est disponible

 

combien d'inévitables attentes de procédures pour éloigner le temps où il sera enfin arrivé presque par mégarde à son lieu habituel de résidence on reste surpris par l'éclat particulier d'une lumière mouvante dans le ciel noir

combien de fictions encore sur les sièges de velours pourpre dans le cinéma principal de la ville

des forêts de sapins pour unique source sonore

on peut s'amuser dans toutes les capitales on peut rire danser on peut se distraire à la campagne c'est différent les oiseaux chantent à notre place et ne laissent pas assez d'espace pour la respiration

 

senteurs délicieuses d'amandiers salades ou jus de fruits teint velours où des mèches légères se relèvent sur la nuque soutenues par un gel tout un immeuble organisé comme un paquebot de croisière où tout le monde évolue en cadence au milieu d'un océan de poudre jasmin doré

il se décide à jouer sur cette ambiguïté qui a toujours prévalue entre les revendications pour un nouvel ordre appuyé sur des considérations de justice et d'équité où les coutumes locales sont utilisées pour renforcer les luttes intestines et ainsi briser toutes possibilités d'accords il ne parvient pas à ses fins par des forces loyales perdues dans des raisonnements interminables il signe le plus mauvais accord de son existence

il dira plus tard je n'ai aucun regret j'ai voulu ma perte et ce plaisir ne se partage pas

construire des belvédères et proclamer éviter l'affrontement où la part du gain est indexée sur la perte de l'autre cette chose là est possible

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ils reprennent le chemin qui descend droit sur la plaine au loin des fumées s'étendent sur les rives avec certitudes ils construiront des projets des édifices pour recouvrir leur tristesse d'un manteau de cuir

un bleu royal dense règne isolé dans un creux de la nuit sur leur poitrine couverte de tatouages en forme de fleurs ou d'arabesques la lumière de côté fait apparaître les fines nervures des seins

 

ils ont une importance décisive comme agents de la communication parce que la domination s'exerce principalement à travers les falsifications que propagent les descriptions de la réalité dont les contradictions sont masquées ils ont aussi cette responsabilité d'offrir une description alternative ils le savent mais se gardent bien de le faire

ils aiment jouer tard dans la nuit dans le sous-sol de l'immeuble

dans cette salle de béton sur une hauteur d'un mètre ils empilent feuille après feuille des ballots qu'ils placeront sous la presse ainsi réduits puis broyés en poudre passés au tamis avant de nouveau être pressés en plaquettes de cent gramme pour l'exportation

ils rêvent de biscuits aux écorces d'oranges sanguines

 

tout le monde s'attend à des exécutions on accepte avec un curieux fatalisme les nouveaux deuils m^me si l'on sait qu'une grande partie d'entre-eux ont été entraînés dans cette aventure parce qu'ils en ignoraient la finalité

la modestie souterraine ne suffit pas la lame de couteau reste affûtée prête pendue au-dessus de nos têtes comme des anges dociles et protecteurs ils essuieront  la lame sur le duvet de leurs ailes de plumes

 

quand on a soudainement l'étrange et agréable impression d'être choisi par son langage elle brouille la narration romanesque fait du présent et du passé imbriqués l'un dans l'autre le cheminement d'un imaginaire en fuite

devant les situations embarrassantes il reste plongé dans un univers en proie aux affres d'une existence difficile les désirs et les malchances vécus comme des ivresses

 

le lendemain une grande lettre était posée sur le bureau le lendemain nous allions tous sur les hauteurs voir s'étendre jusqu'au bout des plages jusqu'au bout des rochers se distinguant à peine du tumulte des eaux une mélancolie sans bord

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il se décide d'acheter des battons de réglisse pour lutter contre la solitude il finit par modérer ses plaintes et ses critiques par crainte d'une dégradation de son visage afin de mener une vie encore supportable

les peupliers dans la cour témoins friables agités par le vent simple mise à disposition des tremblements de la chair devant l'inéluctable

 

dans le secret des administrations des évidences

un employé range des documents tourne une à une les pages d'un carnet place les clefs dans la boite de fer à l'entrée gauche cachée sous le vestiaire et s'endort

une ambulance si jolie rouge et blanche traverse la nuit et disparaît au carrefour pour venir le chercher

dans l'après-midi elle se souvient d'avoir regardé les branches du cèdre secouées par le vent et disparaître les nuages gris dans le noir

un cri monte dans la rue le ciel est clair elle regarde ses mains

dans la rue des jeunes passent en vrombissant sur des engins à moteur aux tables des cafés des hommes et des femmes échangent des conversations s'abritant sous des ombrelles noires nous sommes des seigneurs de plastique

 

comment se démettre de la situation présente les propositions parfois contradictoires ne font pas défaut certains estiment que le système est possible mais que son application est insuffisante d'autres exigent des réformes profondes dans l'immense débat sur les voies on entend fréquemment des critiques si peu persuasives que beaucoup désertent et vont vivre en d'autres lieux

la comédie est incertaine

 

la description se heurte constamment à un réel auquel il est aussi difficile de donner une cohérence que de tenter de lui impulser une signification particulière il ressent la consistance de la ville comme une poignée de sable chaque grain est bel et bien une quantité de solidité mesurable mais la totalité ne cesse de lui glisser des mains

châteaux de sable construits à la hâte où seule la trajectoire d'un ballon coloré vient vérifier l'exactitude

 

psaumes politiques

ils sont les seuls à maîtriser les excentricités cette atmosphère éphémère pleine d'électricité dans les allées vertes au milieu d'un jour d'avril sans excentricité

composer en utilisant toutes les fuites possibles afin d'éviter le procédé le danger du texte asphyxie immédiate d'un corps plongé dans un acide brûlant convulsions spasmes le battement sanguin à l'orifice des canaux auditifs aussi huilé qu'un moteur neuf

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les scansions les silences la façon monocorde dans la voix la phrase qui déborde pousse au loin l'expérience et lui donne cet air absolument acceptable

les démarches et les initiatives

cette confusion toujours à l'ordre du jour

par injures et réprobations

 

il s'agit d'une violation indifférente

peut-être un simple emportement cet homme qui ignore les jugements de justice à son propos criard et stupide signes probables d'une corruption des valeurs du bon sens le sang et la mémoire estropiés piétinés pour asservir les dernières déclarations d'une information désuète il se jette dans la foule pour se faire pardonner

 

c'est une question que l'on ose à peine poser mais dont chacun sait qu'elle ne pourra pas être indéfiniment et pudiquement passée sous silence il va de soi au vu des faits que la poursuite de cet ambitieux objectif va désormais supposer de patients détours plus exactement une sorte de révision des principes qui permettent d'asseoir les fins sur des bases plus largement acceptées

ils inventent des alliances

éloignées des cohérences

violences et normes des circonstances ignorées la persécution plus grave que le meurtre

 

cette voie n'est bien sûr que le fait d'une minorité mais a aussi entraîné la production de stéréotypes rénovés voués à la consommation courante

le poids des réalités s'impose elles ne sont pas toutes à déplorer on ne souffre pas physiquement et surtout c'est le calme imposé où chacun y trouve son compte

 

il disait ne pas connaître la haine le dégoût puis il ne disait rien

ville adoptée sans partage

hérissée de très hautes tours et de passerelles aériennes ville de lumière beauté surprenante New-York au bout de l'aéroport avec cette ivresse des lents passages des navires dans l'estuaire

des couleurs aussi dans ce port où des hélicoptères peints vont et viennent dans la baie en dessinant un ballet nautique où se mêlent les vols des macareux  des couleurs aussi dans cette tour où des portes cintrées ouvrent sur de grandes pièces dessinant de vastes espaces où se mêlent des lustres vénitiens venus d'un autre monde avec des parures de glaces cernées de marbres bruns et grenat pris sur d'autres continents vent glacial

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le spectacle n'est peut-être plus à l'ordre du jour mais l'enjeu n'en est que plus aventureux car aujourd'hui les attitudes ont changé il semble que les conditions se trouvent réunies pour traiter de la population et du développement dans le sens d'une transition harmonieuse vers un monde de circonstances et de discours

le bonheur bientôt pourra être échangé contre de la menue monnaie délivrés des labeurs ils seront éternellement gagnants chacun dans sa réussite

pour des trêves d'affluence et de précautions des désirs élaborés

elles sont deux paisibles localités sur les bord de ce fleuve aux eaux claires et profondes changeantes au moindre rayon de soleil étincelantes d'argent et de vert-bleu c'est un des plus beaux fleuves qui se fraye un passage à travers un paysage féerique de montagnes et de forêts leurs habitants vivent en bonne intelligence et passent à longueur de journée d'une rive à l'autre grâce à un pont que tous franchissent sans encombre

 

pour vivre légèrement il est aussi craint que jalousé du seul fait que ses manières s'écartent des traditions de discrétion et de mesure toujours acceptées en ces lieux d'aisances certaines

seuls sont cités des faits bruts sans commentaire et sans indignation mais les faits dérangent le confort mental il mettra un point d'honneur à s'en remettre au vide

au milieu de la ville sans nuage

sans partage dans des lieux vils

au milieu de la ville sans bagage

sans échafaudage au bout d'un fil

 

les victimes quand elles le peuvent se vengent les intrigues ont pour cadre ce lieu pour protagoniste des types de banlieues reproduisant les caractéristiques des récits de policiers et de politiques mêlés dans les plus parfaites conventions formes de répétition de causalités infâmes de l'aléatoire et du défini

ils viennent pour obéir avec application pour servir la certitude des isolements

une ville dans une palpitation d'ocre sauvage près d'un littoral semé de monstruosités verdâtres formes ovoïdes glauques aux reflets violets s'étalent sur les plages de sable doré

échoués cargos de métaux défaits bruyants longent la côte nulle place n'est laissée libre ces formes de plus en plus difficiles à déplacer sur la route menant à la jetée les autorités commencent à renoncer à leur enlèvement les barges de dragages enlisées ne peuvent intervenir la route de bord  de mer impraticable un barrage de navires est resté sans effet elles plongent par-dessous et viennent et rebondissent dans la baie infestant l'air devenant aussi aigre que les conserves laissées ouvertes sans précaution durant les jours de chaleur la ville se vitrifie lentement des touristes nombreux viennent ici pour atteindre une sensation de veines et d'artères où coule un sang putride aux saveurs sucrées

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des oiseaux dans le ciel comme une récompense surgissent du passé pour être vulnérable il rêve de sol limoneux et sombre dans la violence

 

il peut impunément calomnier et diffamer il est inattaquable il le sait il en abuse ses victimes ne peuvent le poursuivre en diffamation et ses accusations les moins fondées les plus mensongères gagnent en crédibilité

tous les témoignages concordent au bout d'une vie se croyant défaits de la totalité des désirs il découvre que sa seule intention traînée depuis des lustres était d'obtenir de l'argent pour simple raison de l'obtenir et de l'accumuler

 

prêt-à-porter du langage d'une histoire portée par l'aventure confiant à l'imbrication des phrases un salut possible d'une sourde prière sans demande réelle pour l'action d'un instant plié au monde médiatique

 

nous étions plusieurs dans une cellule les discussions battaient lourdes entre autre certains proposaient la grève de la fin à minuit la porte de la cellule s'ouvrit violemment comme si un coup terrible de vent l'avait poussée des hommes en tuniques blanches bottes rouges firent irruption et occupèrent tous les points stratégiques puis le procureur du tribunal entre accompagné par des inconnus

ces bottes magnifiquement rouges si belles que personne ne trouve raison à protester à fuir cet idéal sonore

 

l'émotion livrée à elle-même parvient aux plus lamentables équivoques si elle n'est pas une initiation

sauvé par des traces courbées par l'orbe d'un astre on ignore où se trouve sa demeure

la mémoire est une illusion tout peut s'effacer en un rien de temps demain nous recommencerons avec le même visage la mort sûre vient avec le nombre aux lisières des mondes

 

elle aime les villes comme on aime les hommes elle les quitte mais garde des amitiés inlassables elle y revient pour sentir leurs odeurs les circulations leurs prostitutions et leurs incroyables fuites devant les événements tragiques

leurs ascenseurs leurs triangles de pelouse interdite elle reste longtemps immobile

un glacis de rose à poudrer le soir les bras ou le décolleté une huile volatile qui s'évapore sur la peau sous la vapeur avec crème au jasmin brûlé

des soins préventifs suivis d'une douche rafraîchissante l'hôtelier n'a cessé de leur dire qu'ils sont les seuls dans l'établissement puis vint une passion confuse informe

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la contradiction un tour de passe passe pour créer une illusion une affaire de rhétorique malsaine mal comprise et pourtant on ne cesse de la convoquer pour défaire et refaire les arguties

 

faut-il réussir ou être incompréhensible

 

le ciel vacille les visiteurs échangent des paroles puis s'en vont longeant les murs prenant du recul et semblent à tout moment hésiter d'une orientation à l'autre c'est ainsi qu'ils remplissent l'espace oubliant la Terre qui les porte

vert écume et pastille de soda

la réduction des individus en série normée codée coupée de toute communauté organique et remis en communication artificielle à travers les réseaux de l'organisation des hautes technologies est une réussite incontestable

 

la preuve est faite que l'on peut maintenant combattre

après plus de trois ans de lutte ils parviennent à être des combattants chevronnés redoutables et invincibles ils sont des milliers qui connaissent le terrain comme leur lieu de naissance ils ont livré des dizaines de combats victorieux ils sont habitués à lutter à un contre dix et à vaincre les troupes d'élite entraînées armées et conseillées leur unité est plus solide et plus indestructible que jamais

les nuages au loin prennent des teintes sauvages et passent au noir c'est ainsi qu'ils se désignent la constellation de la malédiction

 

parquée sur des pelouses bien vite converties en latrines la horde supporte tour à tour les averses puis le soleil torride une terrible promiscuité partagée par des désirs mal définis de viols d'insultes certains lancent des morceaux de verre brisé laissant échapper dans leur trajectoire des éclats de soleil

l'heure d'un métier construit par des preuves

les prétendues variations d'une pensée empruntée soumise aux lois incertaines du risque et de la provocation

un élémentaire de la convenance jugé utile d'une logique portée par l'aventure le refus de voir le monde de le croire accompli

au dos des paravents il reste serré sur lui-même plié à se déformer les membres d'un torrent d'injures immobiles

par le jeu de la sélection des conditions de vie et d'occupations des diverses formes de passe-temps l'appartenance à une catégorie expose à des risques spécifiques de mortalité ils inventent toutes sortes de sexualités pour transgresser les clivages

récemment encore il a ouvertement critiqué les textes qui mettent au premier plan les destins malheureux qui selon lui déforment l'essentiel de ce qui constitue la réalité

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dans la chaleur et la fumée le quartier émerge autour d'un espace vide densité obscure semée de détritus épars ustensiles de bureaux jetés du cinquantième étage barres grises tordues presque fondues bouteilles de verre liquéfiées des traces des traînées blanches partout la désolation il reste trois voitures sur le vaste parking à peine identifiables les magasins éventrés laissent partir des vapeurs on distingue un hall d'immeuble saccagé ses vitres brisées ou grises de cendre quelques néons épargnés diffusent une lumière blême peut-être s'agit-il d'émanations vives contenues dans les métaux noirs l'air tremble l'impensable est arrivé les hautes tours sont à terre

le ciel au-dessus de la ville absorbe lentement les poussières les blessures se propageront sur tous les continents

 

jamais plus recommencera

 

témoin d'un même scénario cette ligue improbable d'une sauvagerie sans nom assassine des marins en pleine mer

partout ce n'est qu'enjeux multiples de possibilités inverses et contradictoires partout le choc est brutal

il ne suffit pas de dire ce monde ne me convient pas gardez-le

impossible de fuir son espèce et pourtant mes membres brûlent de tous ces meurtres accomplis

même caché au fond de la forêt sombre l'air vibre de vos répugnantes orgies je demeure innocent et candide torturé par la vomissure d'autrui l'air en spirale monte à la cime des sapins et s'enfuit au cœur des galaxies amies pour échapper au mal incessant je suis

 

là se trouve l'apparence des vérités qu'elles soient acceptables ou non qu'elles soient effectivement discutées et servent de base ou qu'elles s'inscrivent dans la longue série des interprétations qui s'opposent comme autant de thèmes l'important est de savoir si elles traduisent une observation probante et si elles s'inscriront dans les mémoires

 

en cédant aux pressions de toutes sortes par goût des compromis des malversations des malentendus après de longues suggestions pour réduire les opportunités il revient aux propositions aléatoires

on doute qu'elles apportent aussi rapidement les solutions souhaitées en outre on peut se demander pourquoi sous prétexte de favoriser cet agencement si mal cerné il refuse de se présenter au public et au lieu de prendre la fuite comme il a coutume de le faire il reste immobile dans les coursives éclairées pour projeter son visage dans une glace comme un boule de feu suppliante sous l'armure

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en d'autres lieux chômeurs truands sous-prolétaires sans affiliation politique il en fait des serviteurs-soldats en chemise grise et matraque en main instrument majeur à la hauteur de leur savoir faire pour devenir leur chef il les tiendra avec une solde de papier

 

une voix monte localisée sur les dernières marches de la passerelle le discours se fait intelligible et prend corps c'est un acteur sûr de lui il prononce des quantités de phrases dont les ténacités dans la diction en donnent une apparence homogène rêve longtemps désiré sans destinée

les voyageurs continuent leurs quêtes lentes et méthodiques guidés par l'intuition du compréhensible ils ne savent rien de lui

des réalités lamentables et dangereuses injustifiables déclenchées par distraction

ciel défait mains isolées il n'y a plus rien d'absurde

 

il grandit dans un ville claire avec des immeubles entourés d'allées goudronnées le père est parti et n'a donné plus aucun signe de vie la mère a trouvé un petit emploi de bureau la grand-mère élève des poules et des lapins dans le jardin tout cela ne suffit pas pour assurer l'indispensable à la fin de chaque mois on s'interroge s'il faut payer le pharmacien ou l'épicier plus tard souvent malade il se rendra au bord de la mer quand le père revint il le sut en allant à la poste percevoir les premiers mandats

quelques années plus tard dans la boite réservée à la correspondance une des dernières photographies prise avant sa mort accrochée par des épingles brillantes pointues il garde encore la trace rougie sous un ongle lorsque par mégarde l'aiguille s'enfonça brutalement sous l'ongle

journée sans suicide cela ne devrait pas durer

                  dans la tourmente de l'incertain il se met à chanter

il est le comédien de sa propre singularité il cherche des traces il est heureux il prend le temps d'enfoncer son pied nus dans le sable salé au bas des dunes

il dit que les couleurs sont perdues à jamais nous n'avons plus accès à leurs éclats primordiales

 

sur des eaux des femmes cueillent des nénuphars qu'elles découpent pour les faire bouillir et verser ce précieux liquide dans des coupelles de fer avec des anses de porcelaine

 

sûr de lui dominateur et arrogant tape à l’œil presque vulgaire des yeux tricheurs qui gâchent tout à donner aux filles de la plage le délire des jeux et de l'insouciance elles laissent leurs bras s'étendre sur la poudre blanche d'un sable lavé gorgé de sel

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ils dissimulent tous leur mécanique interne ils ne montrent qu'une réalité improbable selon un impératif de solidarité ce sont des savants généreux présents dans les moindres détails dessin d'une réalité édulcorée lissée

une tache noire un seul bruit de pas sur le parquet toujours plus faible à mesure qu'il s'éloigne il ressemble à un paquet d'ombre son nom sonne comme un corps jeté brusquement dans le vide

durant quelques secondes puis sans rien changer à l'éclairage à la disposition des sièges il se mit à crier ouvrant grandes les baies vitrées faisant des gestes en tous sens dans un langage absolument compréhensible

en bas sur la place tout le monde commence à chanter battre des mains et marteler le sol on construit un empilement de télévisions usagées les chauffeurs de taxi forment de leurs voitures un plus grand cercle les phares allumés vers le centre attiré par la lumière et le bruit tout un peuple d'hommes et de femmes descend des quartiers proches gestes désespérés nés de l'improviste comme naissent inlassablement les mouvements d'eau sur le fleuve

au centre le feu rend aveugle

de sa force et de son vertige il creuse des sillons rouges dans les mains qui se joignent pour former un cercle pour crier ensemble

qui ne voit pas en lui monter le cadavre ne connaît rien de la volupté

 

sans réponse des maillots de satin

 

il peint sous une immense voûte et là il s'abandonne sans limite à la façon d'interpréter les sujets célestes il donne à tous une expression particulière au risque de se méprendre dans un enchevêtrement de jambes et de bras pris dans un lent mouvement de périphérie il parvient à rendre plausible la vision des corps que l'on croyait à jamais perdue

 

fêtes foraines pour danser avec le vent

 

regarder les images les cartes et à voix haute lire les descriptions des montagnes des glaciers des fleuves des passages à gué dans les rivières de cette ville qu'on dit la plus grande avec ses arbres centenaires laissés comme des témoignages et enfin sur l'art consommé des jardiniers à imiter la nature avec ces parterres de fleurs à l'entour des bassins

avec un peu de chance nous louerons une barque et si le temps est au beau nous laisserons l'embarcation dériver jusqu'au milieu de la retenue d'eau pour contempler les rives

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la terre roule un vacarme enivrant le sol jette ses brouillards opaques dans les vallées où des fleuves indomptés encerclent la ville de plusieurs anneaux laissant des lumières différentes sur chaque berge

 

il laisse des traces et au lieu de se fondre dans l'anonymat il lance des appels pour que son image de criminel ne soit pas ternie

il s'engage dans un sentier couvert de feuilles noircies par l'humidité il sait que son retour est vain le ciel se couvre laissant encore un peu de jour éclairer la pointe des arbres

 

génération de cristal tant elle semble transparente une génération qui hésite mais qui finit au jour dit à l'heure dite en complet-veston dans le monde des adultes et des robots

 

ils ont construit un bar au fond un buffet renversé sous une hauteur de plafond réduite sans porte ni fenêtre des illustrations douteuses accrochées aux murs pour s'asseoir des coussins une banquette de voiture un rocking-chair sans dossier l'ensemble dans un épais nuage de cigarettes où scintillent des spots rouges il a fallu créer des emplois payés avec les recettes barman caissier porteur d'eau réparateur de flipper et même banquier la banque avait été fondée sur les jeux il était le fils d'un employé un peu froid discret avec le goût obsessionnel du secret il allait devenir dans les années suivantes un parfait entremetteur pour des scènes improvisées mais il ne fut jamais vraiment admis dans la basse ville

effrénée sans direction elle se lève et recommence ils se prennent par les bras à demi-nus à-demi conscient portés par l'immédiat

puis chorégraphies torrides textes moites entre basse lascive rythmes et voix hautes les mélodies amères l'esprit agile et la conscience rock paroles mensongères voix rose ambiance légère et lourde évocation anniversaire les mouvements sont répétitifs les synthétiseurs ambulance et les instruments maculés de brillances faciles

puis quelque chose de plus subtile de plus sophistiqué un peu blanc rose par exemple

ils inventent des systèmes qui n'ont que quelques lignes

puis il chante avec deux boys en collant latex rouge et volants sombres autour de leurs bras grêles pour le final fourreaux de fourrure véritable et paillettes fuchsia

des danseuses immobiles un comique ridé aux paupières bleues puis l'ingénue grivoise le barman crooner le travesti catcheur à la peau lisse et d'autres encore cachés dans une lumière ouatée d'ambre et de gris vermeil

il choisira une heure tardive pour son suicide par distraction ou simplement pour accomplir d'autres tâches plus urgentes

il laisse traîner les indécisions il parvient à se maintenir presque droit sur la barre étroite du balcon

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les circonstances dans lesquelles est survenu l'incident paraissent encore mal définies nombreux sont ceux qui à l'aide de témoignages et de preuves de toutes sortes essaient de faire admettre qu'il ne s'agit en aucune sorte d'une manipulation

ils sont allés jusqu'à couvrir le seuil avec des fleurs coupées très courtes ne laissant apparaître sur les dalles de grès grises qu'une multitude de pétales froissés violines on dit dans l'entourage qu'il aimait ce rapport de couleurs sans doute le trouve-t-on dans des peintures placées sur les murs du hall

 

le matin décharné passera les limites du fantastique

aux alentours des champs de terre creusée mouillée de chaux vive il s'éveillera bien vivant de ces nocturnes et tout se terminera dans le soleil après la chute de quelques sanglants rapaces sans cri de soulagement

 

il regagne la maison située sur les pentes douces de la colline au-dessus de l'océan la ville dans son dos comme une plainte un reproche s'étire le long du rivage ces serpents de lumière routes et rues languissantes moites où les derniers visiteurs respirent cette âpre odeur de poussière de pneumatiques usés sur le bitume

 

il cherche son nom et trouve les clefs de son logis puis deux tours dans la serrure huilée

pour se sortir à son avantage des promesses et des dilemmes dans lesquels il paraît s'être enfermé et pour tenter de transformer un sursis en succès il se conduit vers de nouveaux abîmes comme un enfant qui refuse les jouets qu'on lui confit

la nuit demeure encore quelques instants sur l'horizon et plonge comme une vague noire liant chaque chose à l'état innommé dans un  embrouillement  d'images déversées sans bruit ni rumeur

ma jeunesse à l'aise

veste près du corps les pans souples de la chemise un manteau fluide léger pulls ondulants gilets à fines rayures contrastées qui donnent des effets de reflets changeants ligne nette d'un blouson noir barré de fermetures métalliques sobrement dorées

se jette dans la lumière suivi de son ombre dont la robe comme un ensemble de gris infiniment repris se chevauchent se croisent se fondent les uns sur les autres variations sournoises détournées par des tissus soyeux au toucher comme la peau d'un animal privé de clarté

 

préférez l'adhésion la plus commode la plus servile surtout la nuit

d'un univers gagné par la lenteur c'est avec peine si les respirations demeurent perceptibles dans l'alcôve ils jettent au mur leurs derniers souffles

pour retrouver l'immense paradis convoité

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pour vivre dans le présent il ne trouve aucune raison d'adhérer à un système de valeurs duquel il est exclu d'avance il se marginalise une fois de plus il transforme tout en coup de force et prend au jour le jour le plaisir de vivre il est le seul gagnant d'un monde que plus personne ne peut décrire dans sa totalité

une fois de plus il se penchera à la fenêtre et suivant des yeux les déplacements furtifs d'un jeune chat aux prises avec une boule de laine il laissera ses mains reposer sur la fermeture de la cage

 

des cerisiers il ne reste plus que les branches elles demeurent là sans fléchir attendant de nouvelles ramures c'est la période la plus calme dans le jardin ni vraiment l'hiver pas encore le printemps le sol par ses couleurs ressemble à une gravure gagnée par la moisissure

 

pour être façonné par l'épreuve pour être mûri par l'incertitude il ne s'accorde aucune culpabilité de ce monde criminel

vos crimes se sont les vôtres

 

nous ne voulons en aucun cas provoquer nous jouons un rôle de modération dans la vie publique à la fois discret et en quelque sorte effacé mais chacun de nous a en plus haute estime l'insolence

 

par la beauté du gel

par la beauté de la fonte des glaces sur le fleuve

je rejoins la débâcle dans ces eaux mêlées de saisons passées

je rejoins le spectacle avec ces os arrangés d'avenirs pressés

 

acceptez l'inextricable du visible et du recouvert de l'invisible et du montré

merci

© Tchouk-Tchouk