Lettre

[English]

Madame, Monsieur.

Marcel Duchamp avait placé des visuels et quelques objets représentatifs de son œuvre dans une boite.

Cet acte n'appartient pas seulement à son temps, il appartient à la nuit des peuples qui depuis toujours capitalisent des signes symboliques pour résumer leurs vies et témoigner du voyage ultime vers la mort.

Ces tombeaux anciens, ces reliquaires, ces boites de souvenirs aujourd'hui ces disques durs servent le même motif : contenir dans un espace limité : suffisamment de réel, de symbolique et d'imaginaire pour parvenir à communiquer le songe des existences éprouvées.

Dans la boîte en valise, celle du MoMA de New York (1935-1941), Marcel Duchamp place 69 reproductions de son travail.

Aujourd'hui, il ne s'agit pas de reproduire des œuvres, même en plus grands nombres, cela ne changerait rien à l'affaire, mais de rendre possible la communication d'une œuvre dans son authenticité,  le fichier numérique constituant l’œuvre elle-même. Ainsi dans cette boite, on ne plus parler de reproduction d'un original qui se trouverait ailleurs ou qui serait perdu, il est contenu dans la livraison même de cette boite.

Aspect des choses absolument inimaginable à l'époque de Marcel Duchamp.

Par ailleurs, la crainte de la perte de l'aura d'une œuvre d'art à l'époque de sa reproductibilité technique de Walter Benjamin (1935), crainte justifiée à son époque, devient obsolète, sous condition que les artistes d'aujourd'hui travaillent avec leur temps, c'est à dire à partir d'une création entièrement numérique, il faudra sans doute plusieurs décennies pour en mesurer toutes les conséquences.

Je vous invite à consulter les visuels sur le site champailler.fr, qui ne sont que des communications faibles (format Web) mais qui donnent une idée des contenus possibles.

Pour finir je préciserai que ces visuels sont réalisés à partir de transferts graphiques et de trames aléatoires dont les répartitions et intensités sont propres à chaque visuel.

[Français]

Dear Sir or Madam,

Marcel Duchamp put images, and objects representative of his work, into a box. This act was not unique to his era. It dates back to time immemorial, as people have always employed symbols to sum up their lives and bear witness to the last journey into the afterlife.

Those ancient tombs, reliquaries and souvenir boxes served the same purpose as hard drives do today: containing, in a limited space, all the real, symbolic and imaginary elements that communicate lived experience.

In his 'Box in a Suitcase' at MoMA in New York (1935-1941), Marcel Duchamp placed 69 reproductions of his work.

Today, it is no longer about reproducing works, even in large numbers; that would change nothing. Rather, it's about making it possible to communicate a body of work in its entirety. The digital file thus constitutes the work itself. In this box, one cannot therefore speak of the reproduction of an original which might be found elsewhere, or which may been lost. The original is contained within the delivery of this box itself. This is a perspective unimaginable in the time of Marcel Duchamp.

Moreover, the fear of losing the aura of a work of art in a time of mechanical reproduction, as explored by Walter Benjamin (1935 (a justifiable fear, at the time)) is becoming obsolete, on condition that artists today work in a way that is of its time - which is to say, entirely digitally. It will doubtless take decades to take stock of all the consequences of this.

I invite you to consult the images at our website, champailler.fr , which are only weak reproductions (in web format) but which give an idea of the possible content.

Lastly, I will clarify that the visuals are made from graphic transfers and random frames, with distributions and intensities unique to each image.

© Tchouk-Tchouk