[English]

Séjour Universel

À la recherche du lieu perdu

Je suis à la recherche d'un lieu où j'aurais été tout entier inclus dans une sorte d'étendue restreinte, un milieu, afin de ne pas être disloqué dans un nulle part aussi vaste que l'univers. Pour cela, j'ai du rassembler en un tout cohérent des unités simples que sont : des paysages urbains, des intérieurs d'habitations, des objets, des visages et des personnes. Ces unités, je les ai vues mais aussi entendues, au bas de l'image, elles sont une voix off inscrite dans la marge grise.

Les images n'illustrent pas la voix, chacun se tient à distance pour former un tout vivant et simple.

Sans quoi, aucune relation interne ne serait possible, aucune unité ne serait vraisemblable, ainsi peut-on dire que chaque unité appartient à notre monde et n'y appartient pas. Cet ensemble ne reconstruit aucune biographie individuelle, multiple ou mythologique, il se résigne à élaborer la consistance d'un lieu possible où justement tout aurait pu arriver.

De toutes mes conclusions, j'ai estimé qu'il n'arrive jamais rien, certes, nous vivons des péripéties qui nous occupent souvent de longues années, qui engagent des convictions sincères, mais elles ne sont en définitive que des locales certitudes que le temps se charge de faire disparaître.

Ce séjour, je l'ai construit des points de vue suivants : d'être moi-même et n'importe quel autre, car si chacun peut posséder des unités d'un lieu, notre personne est constituée de toutes les autres personnes, que nous avons connues ou pas, que nous en ayons eu connaissance ou pas.

C'est ainsi que l'universel existe et que l'on peut dire en toute tranquillité : je l'ai rencontré et j'ai pu, selon mes possibilités et mon attention, expérimenter l'éternité.

Il me semble, que de tous les processus de création que j'ai pu aborder, c'est celui du concept : 'd'impersonnalité subjective' qui n'a cessé de modifier mes réalisations.

Ce Séjour Universel est constitué de 1000 entrées, il n'est pas nécessaire de consulter la totalité des entrées, pour se faire une idée de l'ensemble, une cinquantaine d'entrées suffisent, car je l'ai conçu en me souvenant des blocs sonores de Gyögy Ligeti où des unités sonores entrent et sortent de la partition sans que la cohésion de l'ensemble n'en soit affectée. Il n'est pas toujours possible d'entendre tous les sons, certains peuvent nous échapper, on gardera, malgré tout, une intelligibilité harmonique accessible et parfaitement transmise.

C'est ce challenge que j'ai voulu donner avec des images et des 'récits coupés courts' : un bloc constitué d'unités, expérience que j'ai déjà mise à l'épreuve dans mes sculptures qui regroupent un grand nombre d'unités de base pour former un bloc, plus exactement une sorte de cube où tous les éléments ne sont pas visibles.

Je me suis posé cette question simple que l'on oublie souvent : au juste, que retient-on d'une exposition ou pour le formuler autrement, l'expérience esthétique a-t-elle lieu seulement devant l’œuvre?

Il y a presque toujours un après exposition qui est de l'ordre de la conversation, avec soi-même ou avec d'autres personnes et il n'y a aucune raison que l'expérience esthétique ne trouve pas dans ce hors lieu une existence décisive ou un oubli définitif.

La voix off est déjà de ce lieu, comme il est impossible de s'en souvenir de manière complète, on en retiendra que des parties et je ne suis pas loin de penser qu'il en est de même pour l'image.

Il me semble que l'expérience esthétique est de l'ordre de la recomposition faite de souvenirs partiels dans un lieu cette fois-ci imaginaire où cette expérience va vraiment avoir lieu.

Ainsi, image et texte ne seront pas associés sans raison, faut-il se souvenir que dans un temps fort éloigné puisqu'il s'agit du Moyen-Age, texte et représentation imagée ne faisaient l'objet que d'un seul lieu.

Guy Champailler

Page d'accueil : tirage unique, impression numérique à pigments micro en-capsulés Epson Ultra Chrome K3 Vivid Magenta sur toile Epson Canvas Matte Watter résistant 375g/m2, par l'Atelier Martin Garanger.

[Français]

Universal Stay

In search of a lost place

I was looking for a place where I could be part of a type of extended restraint - a setting, in order to avoid being broken into a nothingness as vast as the universe. For this, I needed to assemble simple pieces into a coherent whole. Simple pieces such as urban landscapes, home interiors, objects, faces and people. These pieces, I not only saw, but heard. At the bottom of the image, they are a narrative inscribed in the grey margin.

The images don’t reflect the voice, each keeps their distance to form a living and singular whole.

Without it, no inner relationship would be possible, no unity would be likely, so we can see that each piece belongs to our world and, at the same time, does not belong to it. This whole does not reconstruct any individual, collective, or fictitious life story; it resigns itself to develop the coherence of a possible place where precisely everything could have happened.

From all my observations, I decided that nothing ever happens. Of course, we live adventures which often occupy us for many years, which engage sincere convictions, but they are, in the end, only individual beliefs that time erases.

I created this work based on the following: to be myself as well as everyone else, because if each of us can own pieces of a place, we ourselves are made up of all the other people that we knew or not, whether we knew it or not.

This is how the universal exists, and we can say in complete tranquility: I encountered it and was able to, according to my ability and my understanding, experience eternity.

It seems to me that the whole process of creation that I have evoked is one of ‘subjective impersonality’, which has consistently influenced my works.

Universal Stay is made up of 1,000 entries. It is not necessary to view the totality of entries to get an idea of the whole. Only fifty or so are enough. I came up with this concept, based on my recollection of György Ligeti’s blocks of sound, where individual sounds enter and exit the score without the affecting the cohesion of the whole. It’s not always possible to hear all the sounds; some of them escape us. But, despite it all, we are left with an accessible and perfectly conveyed harmonic comprehensibility.

It’s this notion that I wanted to present with images and ‘short cut narrations’: a block made up of pieces, a concept that I have experimented with in my sculptures, which contain a large number of base units that form a block, or to be more exact, a sort of cube where the individual elements are not visible.

I asked myself this simple question that we don’t often consider: exactly what do we take away from an exhibit, or to put it another way, does the esthetic experience take place only in front of the work?

There is almost always a post-exhibit, which takes the form of a conversation, either with oneself or with others, and there is no reason that the aesthetic experience can’t exist or is decidedly forgotten outside of the space.

The narrative is already from this space, and as it is impossible to remember completely, we retain only pieces. I am beginning to think that it’s the same for images.

It seems to me that the esthetic experience takes the form of a reconstruction, which is assembled from partial memories in a place that’s now imaginary, and it’s here where it truly takes shape.

As such, images and words are not joined without reason. We must remember that in a far-off time, as was in the Middle Ages, words and images were found in only one place.

Guy Champailler

Homepage: unique print, Epson Ultra Chrome K3 vivid magenta micro-encapsulated numeric impression pigments on Epson water-resistant matte canvas toile 375g/m2, from l'Atelier Martin Garanger.

© Tchouk-Tchouk